Largement victorieuse du club émirati d’Al Ain lors de son entrée en lice (5-0), jeudi 19 juin, la Juventus de Turin, prochain adversaire du Wydad Athletic Club lors de la Coupe du monde des clubs, dimanche 22 juin (17h), sort d’une saison au moins aussi étrange que la visite de la délégation piémontaise à la Maison blanche.
Une séquence filmée le mercredi 18 juin et devenue virale. On y voit le président américain Donald Trump, manifestement peu au fait du football européen, enchaîner des discours à connotation politique, au beau milieu d’un hommage improvisé à l’équipe italienne.
Derrière lui, les visages fermés trahissent un certain malaise. Que ce soit le propriétaire du club, John Elkann, l’entraîneur Igor Tudor, mais aussi plusieurs dirigeants, dont Giorgio Chiellini, désormais directeur de la stratégie et Damien Comolli, manageur général.
Aux côtés de Donald Trump se tiennent également quelques joueurs bianconeri, notamment les internationaux américains Timothy Weah et Weston McKennie, visiblement embarrassés par une scène surréaliste.
Cette situation ubuesque symbolise une saison 2024-2025 loin des attentes. Sur le terrain comme en coulisses, la Juventus a vécu une année sportive instable, rythmée par des remous judiciaires, des changements à la tête du club, une direction sportive en transition et des résultats irréguliers. Une saison loin des standards d’un club au palmarès comptant 70 titres, dont :
– 38 titres de Serie A ;
– 15 Coupes d’Italie ;
– 9 Supercoupes d’Italie ;
– 2 Ligues des champions ;
– 3 Coupes UEFA.
Mais l’hégémonie de la Juventus de Turin sur le football italien n’est plus qu’un lointain souvenir rangé au fond du tiroir des oubliettes. La Vieille Dame n’a plus remporté de titre majeur depuis la saison 2020-2021 : une Coupe d’Italie et la Supercoupe d’Italie. Le Scudetto lui échappe depuis 2020, tout comme cette stabilité qui l’avait autrefois conduit à des années fastes.
Une image durablement entachée par le scandale du Calciopoli
Fondée en 1897, la Juventus a longtemps été une place forte du football européen, forgée par une culture de la gagne et des joueurs légendaires : Del Piero, Buffon, Platini, Pirlo… Toutefois, cette image s’est progressivement fissurée. Elle a été durablement entachée, d’abord par le scandale du Calciopoli en 2006.
Accusée d’avoir influencé la désignation des arbitres dans plusieurs rencontres de Serie A, la Juventus a été lourdement sanctionnée : relégation en Serie B et retrait de deux titres. Près de vingt ans plus tard, le club a de nouveau été rattrapé par les soupçons, cette fois liés à des irrégularités comptables, des plus-values fictives lors de transferts et des salaires dissimulés pendant la pandémie du Covid-19.
Certes, à travers le conglomérat industriel Exor (Fiat, Ferrari, Stellantis…), le club turinois appartient toujours à la famille Agnelli (depuis 1923). Cependant, face à la pression judiciaire, Andrea Agnelli, président depuis 2010, a dû démissionner, entraînant avec lui tout le conseil d’administration où siégeait l’illustre attaquant tchèque Pavel Nedved.
La direction du club a été reprise en main par Gianluca Ferrero, homme de confiance de John Elkann (PDG d’Exor), nommé président en 2023. Il est épaulé par le directeur général Maurizio Scanavino, chargé de piloter une délicate transition juridique, économique et sportive.
Igor Tudor a succédé à Thiago Motta
Un binôme renforcé depuis quelques semaines par l’ancien directeur sportif de Tottenham et ex-président du Toulouse Football Club, le Français Damien Comolli. Bref, une instabilité qui a déteint sur les résultats du club, malgré les promesses nées de la nomination de Thiago Motta aux commandes de l’équipe première.
A la tête d’un effectif rajeuni, Motta a connu un début de saison irrégulier. Les résultats de ses hommes ont souffert d’une attaque peu efficace et d’une défense poreuse. Au soir de la 20e journée de Serie A, la Juve pointait à une préoccupante 9e place. Lors de la fenêtre de transfert hivernale, des ajustements ont été rapportés à l’effectif pour lui redonner un second souffle et davantage de dynamisme.

Mais l’effet escompté a été de courte durée. D’où l’éviction de l’italien Thiago Motta au profit d’Igor Tudor. Moins porté sur la possession que sur les transitions rapides, le technicien croate a mieux exploité les profils à sa disposition. Il a notamment fait confiance aux qualités du jeune Turc Kenan Yildiz, véritable révélation de la saison, et de l’ailier portugais Sérgio Conceição.
🚨🇹🇷 𝐎𝐅𝐅𝐈𝐂𝐈𝐀𝐋 | Kenan Yıldız’s goal vs Torino has been named the ‘most beautiful’ of the 2024/25 Serie A season by the fans. 🗳️✨ pic.twitter.com/jcasn38C3v
— EuroFoot (@eurofootcom) June 20, 2025
Résultat : une remontée progressive au classement, une dynamique enfin positive en championnat, et, au bout du suspense, une qualification pour la Ligue des champions grâce à une 4e place arrachée sur le fil.
Cela dit, la Juventus traîne encore ses casseroles. Entre une réputation écornée, une instabilité structurelle et une direction en reconstruction, sa trajectoire reste difficile à lire. Le Wydad affrontera donc une équipe en convalescence, mais dotée d’armes offensives capables de faire mal à tout moment.