Jawad Ziyat a de grands projets pour le Raja. L’ancien président du club casablancais (2018-2020) brigue un nouveau mandat à la présidence de l’association des Verts, mais avec l’ambition d’impulser un nouveau modèle de gestion en activant une société sportive.

À la veille de l’élection du nouveau président de l’Association Raja, prévue lors d’une assemblée générale élective le lundi 7 juillet à Casablanca, Jawad Ziyat a accordé à Médias24, ce jeudi 26 juin, un entretien exclusif dans lequel il partage sa vision et ses ambitions pour remettre le Raja en haut de l’affiche.

Pendant plus d’une heure, l’entrepreneur à succès nous a reçu au siège de l’une des sociétés d’Injaz Holding, à Casablanca. La passion et la conviction transpirent de ses propos, témoignant de sa détermination à mener ce projet à terme.


Médias24 :
Vous venez d’annoncer officiellement votre candidature à la présidence du Raja, quels sont les grands axes de votre programme et votre vision pour le club ?

Jawad Ziyat : Aujourd’hui, on peut dire que le club du Raja souffre d’une instabilité financière qui engendre une instabilité de gouvernance. Le Raja, à l’instar de beaucoup d’autres clubs marocains, est géré principalement par l’association sportive. La loi 30.09, qui est en vigueur depuis plusieurs années, a imposé au club de créer une société anonyme.

Force est de constater que ces sociétés anonymes ne sont pas activées. Elles existent, mais elles ne fonctionnent pas. Le challenge que nous avons, ou en tout cas la rupture que nous cherchons à provoquer aujourd’hui, est de pouvoir activer la société Raja S.A. qui a aujourd’hui un capital de 300.000 dirhams. La société permettra de passer à un capital de 250 millions de dirhams qui nous permet de disposer d’un club structuré avec plusieurs avantages.

Ce dispositif nous permettra d’avoir une organisation avec des cadres dirigeants de haut niveau, exactement comme dans une entreprise

D’abord, une stabilité financière qui va permettre au club d’être géré sur le long terme et de manière raisonnée. Une vraie gouvernance stable qui fonctionnera comme une entreprise, avec un budget, avec des reportings et avec la possibilité de pouvoir anticiper le développement du club.

Ce dispositif nous permettra d’avoir une organisation avec des cadres dirigeants de haut niveau, exactement comme dans une entreprise, et ne pas mettre la pression sur le bureau de l’association comme élément moteur au quotidien de la gestion quotidienne.

Ce n’est pas possible de gérer un club qui pèse 100 ou 150 millions de dirhams en attendant que le président ou le secrétaire général finissent leur travail et viennent à 18 heures pour gérer les affaires du club.

Un club de cette taille, qui a des ambitions, qui veut se hisser sur le podium africain de manière continue, a besoin d’une organisation et de salariés de haut niveau qui fonctionnent exactement comme dans une entreprise.

Enfin, nous aurons un dispositif technique sportif de haut niveau, c’est-à-dire un directeur sportif, un directeur de la formation, qui travaille sur le moyen terme et qui assure la formation des jeunes pépites. La formation nous permettra d’avoir des joueurs de haut niveau et qui permettra également de stabiliser l’équilibre financier.

On ne peut pas avoir un club qui passe son temps à acheter des joueurs très chers, en pariant sur l’inconnu puisque vous n’êtes pas sûr de leur rendement. Donc ces éléments-là rendent possible l’émergence d’un leader africain, et on est fier que ce soit le Raja, pionnier dans le football marocain, qui soit le premier à tenter l’expérience de la conversion de l’association vers la S.A. avec un investisseur institutionnel de la place.

– Pourquoi l’activation de la société prend-elle autant de temps ?

– Cela prend du temps, puisqu’à mon avis, il y a besoin de deux ou trois éléments fondamentaux. Le premier, c’est qu’il faut trouver des investisseurs qui veulent s’investir dans le foot. Quelques clubs l’ont déjà essayé, ce n’est pas évident. Donc, il faut pouvoir attirer des investisseurs.

Pour pouvoir les attirer, il faut que le dispositif de l’association, je parle ici du mode de fonctionnement, mais également des gens à la tête des associations, soient en mesure de comprendre le fonctionnement d’une entreprise, soient en mesure d’établir un mémorandum d’information, soient en mesure de convaincre à travers un business plan, à travers un pitch.

Donc il faut convaincre ces investisseurs et leur proposer un dossier d’investissement qui les rassure. Je pense que ces deux éléments font défaut aujourd’hui à une grande partie des clubs. Et donc nous sommes là avec des sociétés qui existent, mais qui ne sont pas opérationnelles. Nous ne pourrons pas avancer.

Le Maroc, au niveau international, a fait des bonds exceptionnels. Nous sommes demi-finalistes de la Coupe du monde. Nous sommes demi-finalistes des Jeux olympiques. Nous avons atteint un niveau inégalé grâce au travail qui a été fait par la Fédération royale marocaine de football (FRMF) au niveau des équipes nationales.

Le Maroc est aujourd’hui dans une dynamique exceptionnelle avec des événements majeurs qui seront organisés dans le pays. Il est impossible que les clubs restent dans leur situation actuelle. Les clubs doivent se remettre à niveau, doivent créer la rupture avec ce modèle de gestion pour pouvoir justement accompagner le développement du pays et le développement du foot au Maroc.

– Pouvez-vous nous expliquer le montage du projet d’activation de la société sportive, et à quoi servira l’apport annoncé de 150 millions de dirhams ?

– Deux exercices de valorisation ont été réalisés. Un premier par le club lui-même en 2023, notamment par le conseil consultatif, composé des anciens présidents et de quelques personnalités. Et également, une banque d’affaires mandatée par le partenaire institutionnel a effectué le même travail. Nous aboutissons à un montant brut de 540 millions de dirhams.

Nous pensons que le Raja, aujourd’hui, vaut 380 millions de dirhams nets

– Comment se fait cette évaluation ? Quels sont les actifs, les éléments tangibles du club qui permettent d’estimer sa valeur ?

– La première chose, c’est la valeur des joueurs. C’est assez facile : on a une équipe composée d’une trentaine de joueurs. Il y a des sites connus qui donnent une valeur de chaque joueur, de n’importe quel club. C’est une valeur instantanée. Nous prenons la somme de cette valeur instantanée, de laquelle nous déduisons le montant des contrats qu’il reste à payer aux joueurs.

Cela nous permet d’avoir une idée sur la valeur nette du groupe. Cet exercice nous a amenés à une estimation de l’ordre de 80 millions de dirhams. C’est vrai que, dans le passé, le Raja avait un effectif avec une cote supérieure, mais aujourd’hui, on est à 80 millions DH. Deuxième élément très important : la notoriété, ou la valeur de la marque. En général, cela se calcule à partir du chiffre d’affaires annuel.

Une très grande marque se valorise parfois sur deux ou trois ans de chiffre d’affaires et une marque moyenne, peut-être six mois. On a abouti, avec les évaluations, à un ratio de deux années. Le Raja a des revenus récurrents hors ventes exceptionnelles de joueurs d’environ 75 millions DH.

Sur deux ans, cela donne une valorisation de 150 millions pour la marque. Cette marque, qui reste la propriété de l’association, est mise à la disposition de la société pour qu’elle puisse l’exploiter. C’est comme dans les opérations de co-branding : une marque de voiture et une marque de luxe qui s’associent, par exemple. Ici, on met à la disposition de la société la marque Raja, valorisée à 150 millions de dirhams.

Il y a ensuite l’Académie, plus quelques actifs appartenant au Raja, un appartement, des biens d’équipement, etc. Cet actif tangible, lié à la partie immobilière, a été valorisé à 280 millions. Quand on additionne les trois éléments, on obtient une valeur brute de 510 millions. Mais il faut en déduire la dette, l’un des problèmes majeurs du Raja.

En déduisant les 130 millions de dettes, on arrive à une valeur nette de 380 millions de dirhams. Je rappelle que le PSG avait été valorisé à 70 millions d’euros (environ 700 millions de dirhams) à l’arrivée des investisseurs qataris, il y a 14 ans. Si on estime que le Raja vaut aujourd’hui 380 millions en net, cela représente environ la moitié de la valeur du PSG à l’époque.

Je ne pense pas qu’on soit dans des évaluations irréalistes. Nous pensons que le Raja, aujourd’hui, vaut 380 millions de dirhams nets. Quand nous avons discuté avec le partenaire, nous avons estimé que l’Académie devait rester au nom du Raja pour le moment, puisque les travaux ne sont pas entièrement achevés.

L’Académie restera donc au nom de l’association, et sera mise à la disposition de la société, comme on loue un appartement, une maison ou des plateaux de bureaux. Ce sera une location et la société pourra en disposer pour la formation des jeunes, les entraînements de l’équipe première, etc.

En retirant donc les 280 millions liés à l’Académie, il nous reste 100 millions de dirhams : la valeur nette des joueurs et de la marque mise à disposition. Ce sera l’apport de l’association à la société existante, qui a aujourd’hui un capital de 300.000 dirhams. L’association apportera donc deux actifs immatériels d’une valeur de 100 millions. En face, l’investisseur apportera, lui, 150 millions.

Nous aurons donc 100 + 150 = 250 millions de dirhams de capital. Ce sera la plus grosse société sportive du Maroc, et nous sommes fiers que ce soit le Raja.

– En réalité, vous avez 150 millions de dirhams de cash. Est-ce que cela va servir à payer la dette ?

– L’utilisation de ces 150 millions sera décidée par le conseil d’administration. Nous revenons maintenant à des termes de gouvernance connus dans le monde des affaires. Et c’est cette stabilité que nous recherchons à travers ce conseil d’administration, qui permettra de définir les priorités.

Les premières priorités sont sportives. Il va falloir payer les litiges déjà jugés et qui peuvent nous interdire de faire des recrutements. La priorité numéro deux, c’est le renforcement de l’équipe pour pouvoir démarrer dès le mois d’août la nouvelle saison sportive.

Et la priorité numéro trois, c’est la mise en place d’une organisation humaine, avec des cadres de haut niveau, qui, comme on le disait tout à l’heure, est indispensable pour avoir une gestion rationnelle et efficiente, nécessaire pour bâtir un club de niveau international.

– S’agissant des 150 millions de dirhams apportés par le partenaire, ils sont échelonnés sur trois ans ; qu’en est-il de la quatrième année ?

– Il a été convenu qu’une grosse partie arrive la première année, et que les années 2 et 3 apportent le complément pour amorcer la pompe et régler les problèmes importants d’endettement dès l’année 1. Pour la 4e année, c’est encore trop tôt aujourd’hui pour en parler. Il appartiendra à la nouvelle organisation de travailler sur l’accroissement des ressources.

Nous avons la chance de disposer d’un nouveau terrain exceptionnel. Il est clair que les recettes financières escomptées, ainsi que la gestion marketing et événementielle à développer, devront constituer une source importante de financement. On ne pourra pas, dans un dispositif associatif, gérer efficacement ces beaux terrains et cette belle infrastructure en développement au Maroc.

Nous avons besoin que l’État et la Fédération fassent un travail exceptionnel pour élever le niveau global. Il faut que les clubs accompagnent cette dynamique et élèvent eux-mêmes leur niveau pour pouvoir développer des clubs structurés, riches, avec des moyens financiers solides et surtout une très bonne gouvernance.

– Pendant la phase de recherche du partenaire, avez-vous rencontré d’autres investisseurs potentiels, et quel était leur profil ?

On a vu une demi-douzaine d’investisseurs, au Maroc et à l’étranger. C’est pour cela que l’évaluation a été faite dès 2023 par nos propres moyens. Il faut dire que le football, en tout cas national, jusque-là ne jouissait pas, ou en tout cas n’avait pas une attractivité importante.

Les gens regardaient, mais faisaient vite un tour et repartaient. Nous avons des marques d’intention de fonds d’investissement, mais qui conditionnent leur arrivée par la venue d’un investisseur institutionnel.

C’est pour cela que nous avons mis tous nos efforts avec le conseil consultatif, et je remercie à la fois mes collègues anciens présidents, mais également les personnalités qui nous accompagnent et qui se reconnaîtront dans ce travail.

Je les remercie beaucoup puisque, par leur ténacité et avec beaucoup d’efforts, nous avons réussi à faire entendre notre voix et à convaincre autour de nous que l’activation de la société est la seule solution pour bâtir un grand club.

– Dans le scénario où une société aurait les prérogatives, quel serait le rôle de l’association ?

– La loi est claire. Elle dit que l’activité professionnelle doit être gérée par la SA. Donc, l’équipe première, c’est sûr, doit être gérée par la SA. Mais on pense également, et la loi le permet, que, dans le cadre de la convention qui va lier l’association à la société, certains éléments peuvent être mis à disposition.

On a parlé de l’Académie qui sera mise à disposition, ce sera aussi le cas des terrains de l’Oasis. Mais on pense que l’élite des équipes de jeunes doit également être gérée par la société, parce que cette élite est le futur du club. Il faut une gestion de grande qualité, avec des ressources financières, une planification et du sérieux. Donc la société prendra aussi en charge la gestion des équipes élites.

Bien entendu, nous avons aussi l’école de foot et les jeunes qui jouent les tournois ou championnats régionaux de ligue. Ces équipes-là, selon nous, devraient rester sous la responsabilité de l’association.

L’association a également un rôle social et environnemental, un rôle de responsabilité que le Raja peine à jouer aujourd’hui à cause des difficultés. Par exemple, il y a des anciens joueurs et leurs familles qui sont en situation difficile. Or, le club, avec ses moyens limités et son organisation actuelle, ne peut pas leur venir en aide.

Nous pensons que l’association doit accompagner ces dimensions, avoir ce rayonnement social et environnemental. Pourquoi ne pas créer des Raja Académies à travers le Maroc ? Cela pourrait être un rôle pour l’association.

On voit bien que certains grands clubs européens, notamment à Casablanca, Rabat ou Marrakech, ont créé leurs académies via des structures internationales. Pourquoi le Raja ne pourrait-il pas créer des académies à Agadir, Marrakech, Tanger, Tétouan ? La popularité du club le permet. Il s’agira de définir des missions précises, mais il y a de quoi faire.

Avec une entente et un travail intelligent, il est possible de répartir entre la société et l’association ces différents rôles.

Le business plan nous permet d’atteindre l’équilibre entre l’année 3 et l’année 4

– Vous avez probablement présenté un business plan au partenaire. En tant que candidat, avez-vous votre propre business plan ? Et pensez-vous que le résultat final sera bénéficiaire dans les prochaines années ?

– Alors, notre business plan, préparé dans le cadre du conseil consultatif, et pour y avoir travaillé très activement, ce sera mon business plan en tant que candidat. Ce business plan nous permet d’atteindre l’équilibre entre l’année 3 et l’année 4.

Notre souhait est donc d’atteindre l’équilibre à ce moment-là, avec l’ambition de bâtir le premier club du Maroc en termes de chiffre d’affaires, puisque nous avons une base populaire, un terrain exceptionnel, une marque forte. À nous de travailler sur les différents leviers.

Vous savez, le plus grand club marocain aujourd’hui réalise un chiffre d’affaires d’environ 100, peut-être 120, au maximum 130 millions de dirhams. Ce club-là ne peut pas concurrencer les mastodontes égyptiens ou sud-africains avec ce budget.

Je rappelle que, sur les deux dernières années, aucune équipe marocaine n’a atteint les demi-finales de la Champions League. Cette année, on avait en demi-finale deux équipes égyptiennes et deux équipes d’Afrique du Sud. Il est anormal qu’alors que les équipes nationales délivrent des résultats exceptionnels au niveau africain, nos clubs restent à la traîne.

Nous devons atteindre un chiffre d’affaires de 250, voire 300 millions de dirhams au Maroc, avec le Raja dans quelques années, pour pouvoir nous établir de manière continue sur le podium africain.

Il ne faut pas avoir un bon résultat une année, puis plus aucune équipe marocaine en Champions League pendant trois ou quatre ans. Ce n’est pas normal, pas acceptable, et pas à la hauteur des ambitions du pays qui organisera la Coupe du monde, la Coupe d’Afrique des nations et d’autres événements.

Nous avons les moyens, l’infrastructure, tout ce qu’il faut. Il faut une bonne gouvernance dans les clubs, ce sera notre leitmotiv. Avec les collègues de ma liste, notre challenge est de créer la rupture pour passer à une gestion moderne, avec une gouvernance adaptée et des cadres de haut niveau, salariés du club, qui permettront ce changement qualitatif.

– L’activation de la société n’est pas un système infaillible, comme on l’a vu récemment avec l’Olympique Lyonnais rétrogradé en Ligue 2. Comment garantir que la société Raja ne connaîtra pas une telle situation, notamment avec un repreneur ou un fonds de multipropriété ?

– Je pense que la loi marocaine est bien pensée. Elle exige que l’association garde 34% du capital, donc une minorité de blocage. Cela signifie que les adhérents gardent un contrôle, même si, dans notre système, les grands clubs ont parfois seulement 150 adhérents, voire 30 ou 40 dans certains clubs.

Malheureusement, la base élective n’est pas très importante, ce qui est aussi une cause d’instabilité. Il appartient aux adhérents de mettre en place un bureau de qualité qui siégera au conseil d’administration et signera le pacte d’actionnaires ainsi que tous les documents juridiques de fonctionnement de la société. Cela assurera que toutes les décisions soient prises de façon raisonnée et sensée.

Nous avons la chance d’avoir convaincu un partenaire de grande qualité, qui connaît le club depuis 40 ans et possède un développement économique et financier important, étant l’une des plus grandes capitalisations boursières.

Il appartient à toutes les parties prenantes de définir un mode de fonctionnement sensé. Nous n’allons pas passer de zéro à 500 millions de dirhams en un an, ni ramener Messi ou Neymar dès la première année. Il faudra bâtir un business plan sur la durée, en focalisant nos efforts sur la formation.

Seule la formation permettra aux clubs marocains de rivaliser avec les plus grands d’Afrique

– La formation, justement, est-elle la clé pour rivaliser avec les grands clubs africains ?

– Seule la formation permettra aux club marocains de rivaliser avec les plus grands d’Afrique. Nous sommes déterminés à mettre en place tout le dispositif nécessaire pour produire chaque année 2 ou 3 joueurs qui alimenteront l’équipe, qu’on pourra vendre après 2-3 ans pour accroître les ressources, et qui alimenteront aussi l’équipe nationale.

Je rappelle que, pendant longtemps, le Raja a été un grand réservoir pour l’équipe nationale, mais cela s’est perdu avec le temps. Notre objectif est d’y revenir rapidement.

Avec le comité que je présidais, nous avons réussi à vendre des joueurs formés au club, comme Badr Benoun, Soufiane Rahimi qui avait quitté le club avant d’être racheté à 100.000 dirhams à l’Étoile de la jeunesse sportive de Casablanca, et Ben Malango, ce qui a généré en 12 mois environ 80 millions de dirhams.

Nous n’avons pas eu la même chance depuis pour la production ou le recrutement de joueurs de qualité, mais c’est dans notre ADN. Il faut le faire scientifiquement, de manière organisée et planifiée.

Former un joueur, c’est comme l’agriculture : un pommier ne produit pas de pommes le lendemain, il faut 2-3 ans de soins, d’entretien, d’arrosage, de nutriments pour que cela porte ses fruits. C’est exactement pareil dans le football. Un travail organisé sur 3-4 ans permet de produire des joueurs de qualité.

– Quels sont les leviers à actionner pour accroître les revenus ?

– Le stade, le merchandising et la vente des joueurs sont nos trois leviers majeurs. Et bien sûr, les résultats sportifs comptent aussi énormément. Je rappelle que, quand nous étions aux commandes, nous avons remporté 3 titres en peu de temps, ce qui a généré environ 10 millions d’euros.

Une bonne équipe sportive et une bonne gestion remplissent le stade, attirent les sponsors, produisent des jeunes joueurs et donnent des résultats. On peut comparer cela à un fleuve avec plusieurs affluents : quand tous les affluents se mettent à verser, on obtient un fleuve puissant.

– Justement, il y a une ressource financière qui est très importante ailleurs, mais pas forcément au Maroc, ce sont les droits TV.

– C’est un sujet, en effet, qui, je pense, va être amené à évoluer. Aujourd’hui, avec les recettes des droits TV, on constate que cela ne représente que quelques pour cent des recettes du Raja (6 millions de dirhams lors de la saison 2023-2024), ce qui n’est pas le cas à l’étranger. 

Il y a une grosse mutation concernant le problème de la distribution et, vous le savez, même en Europe, les chaînes qui remportent les appels d’offres ont du mal ensuite à payer ce qu’elles doivent aux ligues professionnelles. 

On observe aussi l’émergence d’un nouveau modèle digital, facilement accessible sur téléphone. Donc, il y a une mutation, et on voit aujourd’hui que le seul pays qui tient la route, où les revenus télé n’ont pas baissé, c’est l’Angleterre. En Espagne, il y a une chute des droits télé, en France aussi.

Il va donc y avoir, à mon avis, au niveau international, une redistribution des cartes, ou en tout cas de nouveaux modèles de distribution. On espère que les droits télé augmenteront au Maroc. Mais, comme je vous l’ai dit, nous avons déjà des leviers pour faire en sorte que les recettes du club s’améliorent.

– Si les droits TV augmentent, y aura-t-il une redistribution des revenus ?

– Oui, je pense que sur cet aspect-là, les choses vont évoluer. Il est normal qu’un club populaire qui gagne des titres ait des recettes supérieures. Nous devons entrer dans un système qui encourage la performance et qui permet à ceux qui font de bons résultats de toucher plus d’argent.

Nous ne pouvons pas gérer un club sans un directeur sportif compétent

– Supposons que vous êtes élu le 7 juillet. Comment allez-vous gérer la transition, sachant que certains contrats ont déjà été renouvelés et que plusieurs engagements sont en cours ? 

– Je pense que dans toute bonne gestion, il faut assumer la responsabilité et la continuité, y compris de ce qui a été fait auparavant. Quatre priorités ont d’ores et déjà été définies, et nous avons constitué notre équipe.

Les personnes qui m’accompagnent dans la liste sont déjà réparties pour prendre en charge ces quatre priorités. La première, c’est la priorité sportive : il faut démarrer la saison en s’assurant que nous disposons des joueurs nécessaires.

Dans cette priorité, le recrutement d’un directeur sportif est la tâche numéro un. Nous ne pouvons pas gérer un club sans un directeur sportif compétent. J’aime le football, j’y ai joué, mais je ne peux pas m’improviser directeur sportif. Ce recrutement doit donc se faire immédiatement.

C’est notre premier axe. Nous avons identifié quelques pistes, dont je ne peux pas encore parler, mais le directeur sportif sera nommé le 7 juillet au soir. 

Le deuxième axe est juridique. Afin de finaliser l’accord avec notre partenaire institutionnel, il faudra signer un pacte d’actionnaires, une convention d’investissement, et une convention liant la société anonyme à l’association. Ce sont des démarches complexes nécessitant expérience et compétences, que nous avons dans le conseil consultatif.

Le troisième axe, comme mentionné précédemment, concerne la finance et la comptabilité. À savoir définir les priorités, identifier les dettes à éponger. Toutes les dettes ne seront pas transférées à la société ; par exemple, celles dues par les anciens présidents ou adhérents resteront à la charge de l’association.

Enfin, le quatrième axe est organisationnel, avec le recrutement d’un directeur général, d’un directeur financier, la mise en place d’un organigramme, exactement comme pour un nouveau business. Une équipe ou task force spécifique devra s’en occuper. Voilà les quatre chantiers prioritaires. Notre objectif est que, dès août, voire septembre, la société soit pleinement opérationnelle.

– Qui présidera réellement la société ?

– Dans l’accord que nous avons aujourd’hui sur la table, le conseil d’administration est composé de dix administrateurs. L’association Raja en propose quatre, issus du bureau qui sera élu, tandis que le partenaire en propose six. Par conséquent, c’est le partenaire qui décidera qui assurera la présidence de la société.

– Pour conclure, revenons sur votre premier passage au sein du Raja. Quel bilan faites-vous de cette période ?

– Ce sont de très grands et très bons souvenirs, même si l’ombre du Covid était toujours présente. Ce sont surtout de grands souvenirs parce que nous avons repris le club dans une situation calamiteuse : une dette de 100 millions de dirhams, pas de compte bancaire, pas d’organisation, pas de joueurs.

Nous avons reconstruit, côté sportif, une équipe performante. Nous avons relancé la formation en rouvrant le centre qui était fermé depuis longtemps. Nous avons rétabli la situation financière. Tous les voyants étaient au vert.

Cela nous a permis de gagner deux titres africains, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps au Raja. Nous avons également remporté le championnat dans un environnement très difficile, marqué par l’impact financier terrible du Covid et l’instabilité associative.

Au bout de deux ans et quelques mois, devant cette débauche d’énergie et cette fatigue mentale, j’ai dû céder la place à mon ami Rachid Andaloussi qui a porté le flambeau en remportant deux titres supplémentaires et en menant d’excellentes campagnes de recrutement.

Ce passage reste exceptionnel. J’espère qu’avec les collègues qui m’accompagnent dans la liste, nous écrirons une nouvelle page du Raja, cette fois sous le sceau de la société.

– Qu’est-ce qui vous fait vibrer dans cette aventure ?

– Je vais vous dire : dans la vie professionnelle, on peut conclure un très bon deal et rendre dix personnes heureuses. Mais comparer cela au fait de monter une belle équipe qui donne des résultats, et de voir un stade rempli de 50.000 personnes heureuses, célébrant un trophée ou un championnat, la satisfaction personnelle est bien supérieure dans le second cas.

Je me souviens qu’à une époque, le club était dans une situation très difficile : les joueurs se faisaient agresser sur l’autoroute par les fans, on n’avait pas de compte bancaire, on ne savait pas comment payer les déplacements, notamment en Afrique. Nous étions désemparés.

Nous étions en avril, et sept mois plus tard, en décembre, 45.000 spectateurs étaient présents pour la finale de la Coupe d’Afrique. Le Raja a gagné 3-0, les gens sortaient du stade en chantant, heureux, sans aucun incident à l’extérieur. Tout s’est très bien passé. Le soir, avec mes collègues, nous étions fiers d’avoir contribué à ce bonheur.

Quinze jours plus tard, en Afrique, dans des conditions épouvantables, nous avons gagné malgré tout. Vous recevez alors un appel de Sa Majesté le Roi, très heureux de ces résultats. C’est le nirvana. Cela peut vous faire courir, vous lever très tôt le matin, vous motiver à dépenser du temps, de l’énergie et de l’argent, au détriment de votre famille et de votre vie professionnelle. Mais on le fait pour le Maroc, pour la jeunesse, pour le pays.