Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25% lors de sa réunion trimestrielle tenue le 24 juin 2025.
Ce statu quo intervient après deux baisses successives opérées en décembre 2024 et en mars 2025, dans un contexte marqué par une désinflation confirmée et une croissance plus robuste que prévu.
« Elle (la décision, NDLR) était attendue vu le contexte économique actuel. On s’attendait à un statu quo, surtout après deux baisses successives. Bien sûr, on anticipe bien une poursuite de l’assouplissement monétaire d’ici la fin de l’année, mais pas forcément lors du conseil passé de juin », confie un analyste de marché à Médias24.
Un avis que partagent plusieurs professionnels du secteur, qui estiment que la Banque centrale conserve une posture ouverte, tout en intégrant une dose de prudence face à un environnement géopolitique encore tendu.
Pourtant, ce statu quo ne faisait pas l’unanimité avant la réunion. Dans une note publiée le 16 juin, BMCE Capital Global Research (BKGR) penchait plutôt pour une nouvelle baisse du taux directeur de 25 points de base, au regard d’un ensemble d’indicateurs favorables : une inflation maîtrisée, une croissance dynamique et une détente continue des taux sur le marché primaire.
« Étant donné (i) la poursuite du cycle d’assouplissement de la Banque centrale européenne, (ii) une inflation bien maîtrisée au Maroc accompagnée d’une activité économique bien orientée mais très demandeuse en financement, la Banque centrale devrait, a priori, opter pour une baisse des taux de -25 pbs selon notre dernier sondage. Toutefois, la Banque centrale pourrait intégrer dans son prisme d’analyse les impacts possibles, notamment au volet de l’inflation, du conflit armé entre l’Iran et Israël », lit-on dans la note de BKGR.
Dans le cadre de cette analyse, BKGR avait mené un sondage auprès d’investisseurs institutionnels marocains. Il en ressortait que 63% des participants anticipaient une baisse du taux dès le Conseil de juin, tandis que 75% tablaient sur deux baisses au total en 2025. Aucun des sondés n’envisageait de remontée de taux, même en cas de résurgence des tensions inflationnistes.
Enfin, 88% jugeaient la politique monétaire actuelle adéquate, ce qui montre que la baisse attendue s’inscrivait dans une logique d’accompagnement, plus que de correction.
Néanmoins, BKGR nuançait déjà son scénario central en soulignant que « Bank Al-Maghrib pourrait intégrer, dans sa décision, le facteur de risque géopolitique lié au conflit Iran–Israël. Une variable jugée suffisamment sensible pour inciter la Banque centrale à temporiser, malgré un environnement macroéconomique domestique favorable ».
Une pause monétaire assumée, mais temporaire selon AGR
Du côté d’Attijari Global Research, le maintien du taux directeur à 2,25% ne constitue ni une surprise, ni un changement de cap. Dans sa note publiée le 25 juin, AGR affirme que la décision de Bank Al-Maghrib est « en ligne avec le consensus du marché », soulignant qu’il s’agit d’une pause « amplement justifiée par les nouvelles prévisions d’inflation et de croissance ».
Ainsi, la Banque centrale aurait simplement choisi de prendre un temps d’observation après deux baisses successives, sans remettre en cause sa stratégie d’assouplissement monétaire.
Sur le plan des prix, la désinflation se confirme. L’inflation est tombée à +0,7% en avril, puis +0,4% en mai, soit des niveaux bien inférieurs à l’objectif de stabilité des prix de Bank Al-Maghrib (2%). L’inflation sous-jacente, quant à elle, est descendue sous 1,1%.
En conséquence, la Banque a révisé ses prévisions pour 2025 à +1%, contre +2% dans ses projections de mars. AGR y voit le reflet de la transmission réussie de la politique désinflationniste menée en 2023 et début 2024, mais aussi d’un environnement international désormais moins inflationniste, en dépit des tensions géopolitiques.
La croissance, elle aussi, évolue favorablement. Bank Al-Maghrib a relevé sa prévision pour 2025 à +4,6%, contre +3,9 % auparavant. Cette révision s’explique par le redressement de la composante agricole (malgré une récolte revue à 44 MQx) et par le dynamisme persistant de l’activité non agricole, portée par les dépenses publiques d’investissement.
Pour AGR, cela montre que l’économie n’a pas besoin d’un soutien monétaire immédiat supplémentaire, mais plutôt d’un accompagnement graduel.
« Cette pause monétaire s’inscrit toujours dans le cadre d’une politique de fond accommodante visant à soutenir prioritairement la croissance économique », insiste AGR.
Mais cette pause ne ferme pas la porte à une nouvelle baisse. Au contraire, AGR estime que Bank Al-Maghrib conserve une marge de manœuvre visible pour ramener son taux directeur à 2% d’ici la fin de l’année 2025. Trois facteurs plaident pour cette option, selon la note :
- Le différentiel entre le taux directeur et l’inflation, qui reste élevé, permettant une baisse sans compromettre les rendements réels ;
- Le maintien des taux réels en territoire positif à moyen terme, dans un contexte de reflux généralisé des pressions inflationnistes ;
- L’absence de tensions sur le dirham, avec des spreads de liquidité proches de la borne inférieure, et peu de risques immédiats de dérapage externe.
En somme, AGR considère que la décision de juin marque un simple temps d’arrêt, et non un virage. La Banque centrale reste dans une logique de soutien à la croissance, tout en ajustant son rythme face à des risques encore présents sur le front géopolitique et commercial.