Le secteur de l’assurance affiche une progression de 13,8% depuis le début de l’année 2025, contre 24,5% pour l’indice MASI. Cet écart reflète une dynamique plus modérée des valeurs d’assurance dans un marché globalement bien orienté.

Alors que la Bourse de Casablanca bénéficie d’un contexte porteur, les titres des compagnies d’assurance enregistrent des hausses plus contenues. L’indice sectoriel reste en retrait par rapport aux niveaux atteints par d’autres compartiments du marché.

Cette évolution soulève des interrogations sur la perception boursière du secteur, son profil en tant que classe d’actifs et les facteurs qui influencent sa trajectoire dans le contexte actuel.

Un secteur défensif, stable et à dominante institutionnelle

En bourse, le secteur de l’assurance se distingue par un profil structurellement défensif. Ses titres présentent une volatilité réduite, des parcours stables et une présence durable dans les portefeuilles institutionnels. Cette spécificité s’observe aussi bien dans la structure de l’actionnariat que dans le comportement des cours.

« Ce sont des valeurs perçues comme des instruments de rendement. Quand on a des dividendes projetés autour de 4% à 4,5%, avec une bonne visibilité sur les résultats, ce sont des dossiers que les investisseurs long terme conservent, souvent sans les arbitrer fréquemment », commente un analyste de marché.

Il souligne que ces titres s’inscrivent dans une logique de stabilité plus que de performance immédiate. « AtlantaSanad, Sanlam ou Wafa Assurance affichent des PER compris entre 15 et 20 fois, ce qui reste raisonnable compte tenu de leur rentabilité. Mais leur faible liquidité et leur flottant restreint limitent leur réactivité face aux dynamiques du marché ».

En effet, même en période de hausse marquée du MASI, les compagnies d’assurance cotées réagissent peu. Leur indice sectoriel évolue de façon lissée, avec des écarts de performance nettement en retrait par rapport à d’autres secteurs plus cycliques ou plus volatils.

Le flottant réduit renforce cet effet. Les trois compagnies sont en grande partie détenues par des groupes bancaires ou des actionnaires stratégiques, ce qui restreint la capacité d’entrée pour les investisseurs individuels ou opportunistes. L’exposition du secteur à des flux spéculatifs est donc marginale.

Ce positionnement défensif explique en partie la sous-performance relative du secteur par rapport au marché global. Il constitue aussi l’une des raisons pour lesquelles les assureurs cotés restent souvent en marge des arbitrages de court terme.

2025 et 2026 : entre amélioration opérationnelle et contraintes réglementaires

Le secteur de l’assurance entame une phase de transition marquée par une amélioration attendue de ses indicateurs d’activité, mais également par un durcissement du cadre réglementaire et fiscal.

En 2025, la progression du chiffre d’affaires est portée par deux leviers identifiés dans les prévisions sectorielles. D’une part, l’amélioration de la collecte d’épargne, rendue possible par le recul des taux et un environnement plus favorable à l’investissement financier.

D’autre part, la reprise de la branche automobile, qui contribue à renforcer la dynamique du segment Non-Vie. Ces deux facteurs expliquent la hausse projetée de 5,8% des primes acquises, avec une croissance de 6,9% sur le non-vie et de 4,2% sur le segment vie.

« Cependant, cette trajectoire positive s’inscrit dans un contexte fiscal plus incertain. Les compagnies d’assurance sont exposées à des contrôles fiscaux ciblés. Par ailleurs, l’hypothèse d’une taxation sur les bénéfices exceptionnels ou « superprofits » pourrait affecter la capacité bénéficiaire du secteur en réduisant la part du résultat net distribuable ou réinvestissable ».

Un autre élément structurant de l’année 2025 est l’entrée en vigueur de la norme comptable IFRS 17

Cette dernière impose une nouvelle approche d’évaluation des engagements d’assurance, avec une modélisation plus fine des flux de trésorerie futurs.

« Son application généralisée pourrait conduire certaines compagnies à constater de nouvelles provisions, en particulier sur les contrats à long terme ou les portefeuilles sensibles aux changements de paramètres techniques. L’impact de cette bascule comptable sur les résultats publiés reste à surveiller, même si elle ne remet pas en cause les fondamentaux du secteur », commente l’analyste.

En 2026, les effets des politiques d’assainissement mises en œuvre les années précédentes devraient se traduire par une baisse progressive de la sinistralité. Cette amélioration technique contribuerait à renforcer les marges d’exploitation, notamment dans les branches les plus exposées aux risques fréquents comme l’automobile.

Toutefois, les incertitudes fiscales déjà présentes en 2025 devraient se maintenir. Le risque de redressement ou d’évolution du cadre fiscal constitue un facteur de prudence pour les compagnies, notamment dans la gestion de leurs politiques de dividendes.

2026 verra l’entrée en vigueur de la solvabilité basée sur les risques (SBR), applicable aux comptes clos en 2025

Ce nouveau référentiel prudentiel implique une évaluation plus rigoureuse des risques assurantiels, financiers et opérationnels. Il est susceptible de conduire à une baisse des marges de solvabilité affichées, bien que celles-ci devraient rester largement au-dessus des seuils réglementaires.

L’objectif est d’aligner les exigences de capital sur la nature et le profil de risque de chaque assureur, ce qui renforcera la discipline prudentielle, mais pourrait aussi modifier la perception de la solidité financière des compagnies auprès des investisseurs.

Des fondamentaux solides, mais une valorisation qui reste contenue

Sur le plan fondamental, les trois compagnies d’assurance cotées présentent des trajectoires bénéficiaires bien orientées. Les projections pour 2025 et 2026 confirment une progression continue des revenus, des résultats techniques et des bénéfices nets, portée par une amélioration de la collecte épargne et par la dynamique retrouvée de la branche automobile.

AtlantaSanad devrait enregistrer un chiffre d’affaires de 4,8 MMDH en 2025, en hausse par rapport aux 4,6 MMDH de 2024.

Son résultat d’exploitation est attendu à 675 MDH, tandis que son RNPG atteindrait 516 MDH, avec un ROE estimé à 20,4%.

Wafa Assurance, de son côté, reste la première compagnie du marché par la taille. Son RNPG projeté pour 2025 est de 839 MDH, pour un chiffre d’affaires dépassant les 11,4 MMDH.

Sanlam Maroc, enfin, poursuit l’assainissement de son portefeuille, avec un S/P Non-Vie ramené à 71% et un résultat net de 445 MDH prévu en 2025.

Or, malgré ces indicateurs globalement favorables, la valorisation boursière du secteur reste modérée. Les trois titres se négocient entre 14x et 21x les bénéfices prévus, avec des rendements projetés compris entre 3 % et 4,5 %. Le marché semble reconnaître la stabilité financière des compagnies, sans pour autant anticiper une revalorisation rapide de leurs actions.

« Les ratios sont sains, mais la croissance reste limitée. Le marché intègre le potentiel, mais aussi les contraintes structurelles du secteur », estime notre analyste.

Il précise que « les assureurs cotés sont rentables, mais évoluent dans un cadre prudentiel strict, avec peu de relais de croissance visibles à court terme. Cela pèse naturellement sur leur valorisation« .