Les dizaines de millions de dirhams empochés par le Wydad Athletic Club (WAC) lors de la Coupe du monde des Clubs, organisée en juin 2025 aux États-Unis, ne sont qu’un maigre lot de consolation au regard du bilan des Rouges et Blancs : trois défaites, huit buts encaissés et seulement deux inscrits.

Par séquences, le WAC a su tenir la dragée haute à des cadors européens. Mais ni Manchester City ni la Juventus n’étaient à leur meilleur niveau. Quant au club émirati d’Al-Aïn, il sortait tout juste de l’une de ses pires saisons depuis plusieurs années.

Bref, le tirage au sort n’a pas été clément avec les Rouges et Blancs. Mais leur production, tant offensive que défensive, aurait dû être bien plus convaincante. En réalité, le sort du Wydad dans cette Coupe du monde des clubs semblait scellé d’avance.

Et si son parcours est marqué du sceau de la frustration, les décisions stratégiques des dirigeants comme les choix tactiques de l’entraîneur ont plongé les joueurs dans un inconfort qui s’est révélé fatal à Noureddine Amrabat et ses coéquipiers.

73 mouvements lors du mercato estival 2024-2025

Après une saison 2023-2024 sens dessus dessous, l’effectif du Wydad a d’abord été profondément remodelé pour amorcer un nouveau cycle et répondre aux exigences du nouvel entraîneur, Rulani Mokoena, nommé en juillet 2024. 

Entre fins de contrat, retours de prêts et transferts, pas moins de 73 mouvements ont été recensés lors du mercato estival par Transfermarkt (34 arrivées et 39 départs).

Dans ce remaniement massif, certains profils n’ont pas tenu toutes les promesses placées en eux, à l’image de l’avant-centre Mbaye Niang, ou encore du milieu brésilien Arthur Wenderroscky.

Deux erreurs de casting. D’autant que Niang et Arthur ont pesé sur les finances du club en indemnités de transfert et en salaires. Le premier a quitté le navire trois mois après y avoir mis les pieds et l’ex-international brésilien U20, Arthur, n’a toujours pas pris son envol.

Il a même disparu du paysage au fil d’une saison où il aura disputé en tout 18 rencontres, pour un maigre bilan statistique : un but et trois passes décisives. Dans une sorte de mimétisme, Arthur a symbolisé les difficultés d’adaptation des nouveaux venus, mais aussi celles du coach sud-africain à transformer une somme d’individualités en une machine collective bien huilée.

Ces écueils, conjugués à l’impossibilité pour le WAC de jouer au complexe Mohammed V avec le soutien massif de son public, n’ont pourtant pas empêché le club de terminer la phase aller au pied du podium, à trois unités de la seconde place qualificative pour la Ligue des champions.

Sauf que la cuisante défaite (1-4) à domicile contre le Moghreb de Fès (MAS) a particulièrement entamé le crédit de Mokoena aux yeux des supporters.

L’effectif du WAC, encore une fois remodelé en hiver

Pendant le mercato hivernal, plusieurs ajustements ont été apportés à l’effectif, avec pas moins de neuf arrivées et quatorze départs, dont ceux de Mbaye Niang et du gardien Abdelali Mhamdi remplacé par El Mehdi Benaâbid, arrivé en provenance des FAR.

Ces changements n’ont toutefois pas eu l’effet escompté. Il faut dire que le style de jeu que prônaient Mokoena et son staff ne se met pas en place du jour au lendemain. C’est un processus long et fastidieux qui nécessite du temps et de l’indulgence de la part des supporters et des dirigeants.

En offrant un contrat de trois ans à Rulani Mokoena, ces derniers ont manifesté leur volonté de s’inscrire dans un projet à long terme, misant sur la stabilité et la création d’une équipe solide et dominante sur la durée. Or, l’effectif du WAC a, encore une fois, été redessiné en hiver.

Pis, le technicien sud-africain, qui n’a pas réussi son objectif de mettre en place un plan de jeu séduisant, a été remercié fin avril 2025, après seulement quelques mois à la tête de l’équipe. Le départ de son analyste vidéo quelques semaines plus tôt lui avait certainement mis la puce à l’oreille.

Désigné « entraîneur de l’année » par la Confédération africaine de football la saison précédente, Mokoena a payé non seulement une série de matchs nuls éloignant le WAC du podium qualificatif pour les compétitions continentales, mais également une élimination en huitièmes de finale de la Coupe du Trône, face au Moghreb Athletic de Tétouan, qui jouait pourtant sa survie dans l’élite.

Au moment du départ de Mokoena, le Wydad occupait la dernière marche du podium. Certes, la Renaissance Sportive de Berkane semblait intouchable en tête, mais le WAC était à six points des FAR, classés deuxièmes. Trop peu… ou tout simplement trop, pour des dirigeants qui ont choisi de tourner la page en nommant Mohamed Amine Benhachem entraîneur par intérim.

Le technicien marocain a troqué son costume de directeur sportif pour celui d’entraîneur, non sans succès dans un premier temps, puisque le WAC a fini le championnat en boulet de canon (3e), avec trois victoires, dont une contre les FAR, un concurrent direct aux accessits aux compétitions continentales.

Une dynamique positive s’était enclenchée, au point que les supporters se prenaient à rêver d’une qualification pour le second tour du Mondial des clubs. Il n’en a rien été.

Bien que la nomination de Benhachem ait d’abord eu pour effet de remobiliser ses troupes, l’élan s’est vite estompé, débouchant sur cinq défaites consécutives. D’abord face au FC Séville et au FC Porto en matchs de préparation, puis les trois revers en phase de groupes du Mondial des clubs. La qualité des adversaires n’explique pas tout.

Au-delà de la fatigue accumulée tout au long de la saison, l’organisation défensive, le manque d’automatismes, de continuité, et donc l’instabilité, ont également pesé dans la balance. Sur le plan stratégique, la direction du WAC a une nouvelle fois décidé d’apporter du sang neuf.

Outre les retours de prêts, dont certains ont été renouvelés, pendant la période de transferts estivale ouverte par la FIFA aux équipes engagées dans la Coupe du monde des clubs, les Rouges ont accueilli plusieurs nouveaux noms, dont deux défenseurs centraux : le Brésilien Guilherme Ferreira et le Néerlandais Bart Meijers.

L’ancien international marocain Noureddine Amrabat a lui aussi posé ses valises sur les bords de l’Atlantique. Un profil capable d’apporter combativité et expérience à un groupe qui en manquait cruellement. Même si le poids de l’âge s’est fait sentir au vu de sa difficulté à répéter les efforts à haute intensité, Noureddine Amrabat n’a pas à rougir de ses prestations.

C’est moins le cas pour les défenseurs centraux recrutés. Intégrés dans le onze de départ après seulement quelques jours d’entraînement collectif, Ferreira et Meijers ont dû s’adapter aux choix de leur coach, qui a décidé d’instaurer une défense centrale à trois, en titularisant à leurs côtés Abdelmounaim Boutouil.

Un système de jeu qui n’est pas aisé à maîtriser en si peu de temps. Nul doute que cette organisation a été travaillée à l’entraînement, mais cela s’est révélé nettement insuffisant. D’autant que la communication, l’un des piliers de cette stratégie défensive, a fait défaut à un trio de centraux qui ne parlaient certainement pas la même langue. Les résultats ont confirmé cette impression.

Une continuité dans l’instabilité

Finalement, excepté l’incroyable engouement des supporters, la participation à la Coupe du monde des clubs du Wydad n’était pas loin d’être cauchemardesque, surtout avec l’accident de la route dont ont été victimes plusieurs membres du staff du WAC. L’entraîneur, Mohamed Amine Benhachem, en portait d’ailleurs les stigmates lors de la défaite face à Al-Aïn.

Maintenant que le chapitre du Mondial est clos, quid de la saison prochaine ? De toute évidence, elle s’inscrit d’ores et déjà dans la continuité, mais en termes d’instabilité. Outre les joueurs qui ont signé uniquement pour participer à la Coupe du monde, à l’image de Ferreira, nombre de coéquipiers prêtés semblent s’acheminer vers un départ.

L'attaquant du WAC ne prolongera pas l'aventure avec le club.

À l’instar de Cassius Mailula, le prêt de six mois de Thembinkosi Lorch, l’une des rares satisfactions du mercato hivernal, ne devrait pas non plus être prolongé. Quant à Mohamed Amine Benhachem, il a peu de chances d’être sur le banc la saison prochaine.

En tout et pour tout, le Wydad clôt une saison marquée par des choix précipités et des espoirs trop vite envolés. Reste à savoir si les leçons seront enfin tirées ou si l’histoire se répétera comme un jour sans fin.