Le rapport révèle une pratique du football à deux vitesses : d’un côté, une épopée historique au Mondial 2022 et des succès éclatants dans des disciplines comme le futsal ; de l’autre, un championnat des clubs miné par une précarité financière et une gestion jugée « anarchique », malgré des titres continentaux.

Équipes nationales du Maroc (2000-2025) : la révolution par la diaspora

Le parcours de l’équipe senior est, selon le rapport, une fresque en trois actes. La période allant de 2000 à 2005 fut celle d’un espoir porté par l’icône Badou Zaki, dont le travail a mené le Maroc à une finale de Coupe d’Afrique en 2004, perdue face à la Tunisie, pays-hôte. Le rapport déplore que cette dynamique ait été brisée par un « limogeage injuste » qui a empêché de « construire une ossature » durable. S’en est ensuivi un « long désert de contre-performances » entre 2005 et 2015, une décennie de déconfitures où le Maroc n’a pas su capitaliser sur sa génération prometteuse de 2005, qualifiant cette période de « dizaine d’années malheureusement dilapidée ».

La dynamique s’est inversée à partir de 2017 avec l’adoption d’une « nouvelle stratégie » consistant à bâtir un groupe composé à 90% de talents issus de la diaspora. Cette politique a permis un retour en Coupe du monde en 2018, mais le véritable tournant a eu lieu à quatre mois du Mondial 2022 au Qatar. L’arrivée de Walid Regragui a mené à une « révolution dans le football mondial« . En battant la Belgique, l’Espagne et le Portugal, le Maroc réalise une épopée historique et devient la première nation africaine et arabe à atteindre une demi-finale. Cette euphorie fut cependant suivie d’une « descente douloureuse sur terre » lors de l’élimination en huitièmes de la CAN 2023, ce qui, aux yeux du rapport, confirme la « malédiction » qui pèse sur l’équipe en compétition continentale.

En parallèle, d’autres sélections ont connu une réussite qualifiée d' »inéluctable », notamment le football en salle. Grâce à une politique de continuité incarnée par le coach Hicham Dguig, en poste depuis 2011, et à des moyens importants, les Lions de la salle ont établi une hégémonie continentale en remportant les trois dernières Coupes d’Afrique et ont atteint les quarts de finale des deux dernières Coupes du monde.  Leurs performances les ont hissés au sixième rang du classement mondial de la FIFA.

Cette même politique de s’appuyer sur la diaspora, combinée à un investissement local, a provoqué une « véritable renaissance » du football féminin. Les Lionnes de l’Atlas ont atteint la finale de la CAN 2022 avant de réaliser un exploit inespéré, une première pour une sélection arabe, en se hissant en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2023.

Les catégories de jeunes ont également bénéficié de cette stratégie. Après une décennie creuse, l’émergence des talents de l’Académie Mohammed VI, couplée aux apports de la diaspora, a permis au Maroc de « se frayer une place parmi les puissants du continent ». Les U23 ont ainsi remporté la CAN 2023 et une médaille de bronze historique aux JO de Paris 2024, tandis que les U17 ont joué une finale de la CAN et un quart de finale de Coupe du monde.

En somme, le bilan des équipes nationales marocaines sur 25 ans est celui d’une transformation réussie, dont la pierre angulaire est l’intégration stratégique des talents formés à l’étranger. Si des défis persistent, notamment pour l’équipe A en Afrique, cette politique a permis au Maroc de s’imposer comme une force incontournable sur la scène mondiale dans plusieurs disciplines.

Football des clubs : gloire continentale et faillite structurelle

Dans le second volet de son bilan sur le football marocain, le think tank Omega dresse un constat saisissant sur les clubs. Malgré des titres continentaux et des épopées mémorables, le rapport dépeint un paysage miné par une gestion « anarchique » et une précarité financière alarmante, créant un « contraste flagrant » avec la puissance de la fédération.

Si les équipes nationales ont porté haut les couleurs du Maroc, la situation des clubs, analysée par le rapport d’Omega, révèle la grande fracture du football national. Le quart de siècle a débuté sous les meilleurs auspices, avec un titre de champion d’Afrique pour le Raja Club Athletic en 1999, vu comme un « bon présage ». Vingt-cinq ans plus tard, le bilan est celui d’un clair-obscur, où les succès sur le terrain peinent à masquer une crise structurelle profonde.

Sur la scène continentale, les performances sont indéniables. Depuis 2000, les clubs marocains ont remporté 16 titres africains, partagés entre six clubs, et se placent comme le deuxième pays le plus titré sur la période derrière l’Égypte. Le rapport note que les clubs, bien que « moins budgétivores » que leurs rivaux nord-africains, « s’en sont pas mal sortis ». Le Wydad a notamment brillé en Ligue des champions entre 2017 et 2022, tandis que le RCA, la RSB, le MAS, l’AS FAR et le FUS ont tous garni leur vitrine. En compétitions arabes, le Raja a ajouté deux titres, dont la prestigieuse Coupe Mohammed VI en 2021 et son prize money de six millions de dollars (63,5 millions de DH).

Pourtant, ce bilan aurait pu être « plus conséquent ». Le document met en exergue les neuf finales continentales perdues, dont quatre en Ligue des champions.  Un chiffre est jugé « révélateur » du recul relatif : en 2000, le Maroc comptait plus de Ligues des champions que l’Égypte ; 25 ans plus tard, les clubs égyptiens en comptent quinze, contre seulement sept pour l’ensemble des clubs marocains.

La participation à la Coupe du monde des clubs est un autre exemple de ce paradoxe. Sur six participations, cinq se sont soldées par un « échec cuisant ». L’exception reste l’épopée « stratosphérique » du Raja en 2013. Organisée au Maroc, la compétition a vu les Verts, avec un budget de 5 millions d’euros, terrasser le champion d’Amérique du Sud, l’Atlético Mineiro de Ronaldinho, doté d’un budget de 248 millions de dollars. Cette finale historique face au Bayern Munich de Ribéry reste une performance saluée par la FIFA et la presse mondiale.

Le cœur du problème, selon Omega, se situe sur le plan interne. La professionnalisation décrétée pour la saison 2011-2012 a « pêché par un manque de mise en place des gardes-fous ». Il en a résulté une « explosion de contrats lucratifs sans aucun contrôle », menant à une situation où la quasi-totalité des clubs, à l’exception des clubs institutionnels, « dépensent sans compter ».

Le rapport dénonce une « gestion administrative et sportive anarchique » et une « situation financière structurellement déficitaire ». Le débat dans le football des clubs ne tourne plus autour du développement mais des « recrutements, des litiges, des démissions des présidents« . C’est un « véritable dilemme » pour lequel la FRMF n’a pas trouvé de solution. Le rapport constate que « si les règles de comptabilité et de gestion financière étaient scrupuleusement appliquées, la quasi-totalité des clubs marocains serait éligible à un dépôt de bilan ».

Le chantier du football des clubs est donc identifié comme « crucial » pour l’avenir. Il représente le plus grand défi pour l’administration actuelle de la fédération, dont la crédibilité sera évaluée à sa capacité à assainir un écosystème qui, malgré ses lauriers, flirte dangereusement avec l’insolvabilité.

Jawad Ziyat : “L’activation de la société est la seule solution pour bâtir un grand club”