L’inauguration du musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, en 2014, avait marqué la vie culturelle de Rabat et du royaume. Ce lieu a permis de donner l’impulsion pour le développement des musées au Maroc. Il a même joué un “rôle de locomotive culturelle dans le cadre de la vision royale portée par le programme “Rabat, ville lumière, capitale marocaine de la culture”, déclare Mehdi Hameda Benchekroun, président du Centre régional de tourisme (CRT) Rabat-Salé-Kénitra.
Cette addition dans le monde culturel a pu marquer “un tournant fondamental” dans la politique muséale nationale : en brisant l’élitisme de l’art, en positionnant Rabat comme capitale culturelle rayonnante à l’échelle continentale. Notre source ajoute que le musée a pu “donner confiance aux autres institutions pour investir l’espace muséal”.

Un modèle réussi et dupliqué
Du côté d’Abdelaziz Idrissi, chef du département des musées et ancien directeur du musée Mohammed VI d’arts modernes et contemporain (MMVI), l’impulsion muséale est née avec la création de la Fondation nationale des musées (FNM), qui est la structure mère du MMVI. “La FNM a tenté de reproduire le même modèle dans d’autres villes, avec des structures répondant aux normes de la muséologie”, précise le spécialiste.
Le succès du musée Mohammed VI a permis de faire émerger une génération de lieux culturels “nouveaux ou renouvelés”, précise le président du CRT Rabat-Salé-Kénitra. Pour en citer quelques uns: le Grand Théâtre de Rabat, les galeries indépendantes, les espaces de résidence d’artistes, etc.
Une importance accrue
Le musée a permis d’ancrer Rabat dans les circuits internationaux de l’art moderne et contemporain. Il attire chaque année des dizaines de milliers de visiteurs marocains et étrangers, curieux de découvrir les œuvres de grands noms de l’art marocain (Mehdi Qotbi, Chaïbia Talal, Mohamed Melehi, Farid Belkahia…) et les expositions temporaires d’artistes de renommée mondiale. L’espace muséal est devenu incontournable pour la création artistique moderne et contemporaine au Maroc et à l’international.

“Le MMVI est bien plus qu’un musée : il s’agit aujourd’hui d’un symbole de la modernité culturelle marocaine, un repère artistique majeur dans le cœur de Rabat, et un aimant touristique de première importance pour la région Rabat-Salé-Kénitra”, précise Mehdi Hameda Benchekroun. Il considère le lieu comme “un point d’ancrage stratégique du tourisme culturel régional”. De plus, grâce à son accessibilité, son emplacement central et son architecture soignée, il contribue “activement à l’attractivité urbaine” de Rabat.
Nostalgie
L’ancien directeur du MMVI indique que le musée a pu contribuer à des formations artistiques et curatoriales. Il est devenu une “pépinière de talents”, en formant des jeunes conservateurs, des commissaires d’exposition et des personnes qui travaillent dans le domaine de la muséologie et qui sont en charge de nombre d’établissements culturels.
L’un des temps forts du musée, pour Abdelaziz Idrissi, est sans nul doute l’exposition inaugurale. L’événement, qui a eu lieu le 14 octobre 2014, a permis de regrouper plus de 200 artistes et 500 œuvres. Un autre moment marquant fut l’exposition de Picasso. “Faire venir Picasso au Maroc fut un moment inoubliable puisque les visiteurs se sont déplacés de partout dans le monde pour voir l’exposition”, se remémore le chef du département des musées au sein de la FNM.
Le MMVI a abouti à une production riche de récits. Le musée a constamment publié une littérature propre aux expositions, en a découlé “plus d’une vingtaine” de catalogues dédiés aux grandes expositions, où les critiques d’art et les commissaires d’exposition ont été invités.

En quête d’expériences profondes
Mehdi Hameda Benchekroun considère que le monde muséal offre une valeur ajoutée au tourisme « celle de l’intelligence, de la mémoire, de l’émotion et de l’authenticité ». La région de Rabat-Salé-Kénitra foisonne d’endroits comme le MMVI, le musée de l’histoire et des civilisations, le musée national de la photographie ou encore Chellah et le site de la Tour Hassan.
Ces sites attirent un public international à haut potentiel culturel, en quête d’expériences profondes. Ils permettent de prolonger la durée de séjour des visiteurs, déclare le président du CRT. En plus, ces endroits ont pour mission de faire rayonner la culture marocaine vivante en montrant qu’elle est autant tournée vers la mémoire que vers l’innovation. La circulation intra-régionale est favorisée grâce aux publics scolaires, universitaires et familiaux.
Pour le président du CRT Rabat-Salé-Kénitra, les musées contribuent au positionnement régional comme destination de tourisme urbain, durable et intelligent, complémentaire des circuits balnéaires ou sahariens du Maroc.

Expositions en cours
Une exposition est en cours au sein du MMVI. Elle concerne un célèbre prix Goncourt marocain. “Tahar Ben Jelloun : De l’écriture à la peinture”, du 8 avril au 30 juin 2025. Vous pouvez découvrir 40 œuvres récentes de l’écrivain marocain, des peintures acryliques colorées, poétiques et abstraites. Pour les amoureux de la littérature, dans la même exposition, vous pouvez voir les manuscrits originaux de ses romans les plus connus, dévoilant l’interconnexion entre ses mots et ses images.
Ses tableaux sont inspirés de villes réelles (Tanger, Barcelone, Naples, Matera) et imaginaires. D’après un dossier de presse du MMVI, les œuvres de Tahar Benjelloun donnent “un regard lumineux sur le monde, comme un contrepoint à la noirceur présente dans ses romans”.

Il y a quelques jours, le 15 juin, se clôturait une autre exposition mémorable intitulée “Dédales du pouvoir” de Kehinde Wiley, artiste américain mondialement reconnu. L’artiste y présentait une série exclusive de 11 portraits monumentaux de chefs d’État africains, réalisés entre 2012 et 2023. Parmi les politiciens photographiés : le président de la République du Rwanda Paul Kagamé, l’ancien Président de la Guinée, Alpha Condé, l’ancien Président sénégalais Macky Sall, et la liste est longue.

Que reste-t-il à améliorer ?
Le MMVI a accompli un travail considérable d’ouverture vers de nouveaux publics, en particulier les jeunes et les scolaires. Le président du CRT définit certains axes prioritaires qui méritent d’être étudiés, comme le renforcement de la médiation culturelle en développant des dispositifs de visite plus interactifs. Il recommande de proposer davantage d’initiatives mobiles ou itinérantes dans les zones rurales de la région pour renforcer l’accessibilité géographique et tarifaire.
De plus, il conseille de renforcer les collaborations avec les musées du bassin méditerranéen, de l’Afrique et de l’Europe pour accroître les échanges, et d’offrir une exploration virtuelle pour toucher les publics à distance, y compris les diasporas marocaines.
L’ambition est de faire du musée un lieu de vie, de transmission, d’interaction, et non un simple espace d’exposition, affirme, avec conviction, Mehdi Hameda Benchekroun.
L’ancien directeur du MMVI affirme pour sa part qu’il reste beaucoup à accomplir, notamment dans le domaine de la publication, de la conservation des œuvres d’art, de la formation et dans la diffusion du travail réalisé sur la scène marocaine et internationale.