Le secteur de la santé au Maroc est actuellement en pleine réforme, traduite notamment par la publication de plusieurs lois, ainsi que certains textes d’application.
Mais au-delà de ces aspects juridiques et structurels, l’élément clé de cette réforme réside dans les ressources humaines, sans lesquelles sa réussite serait impossible.
L’objectif principal de cette réforme est d’assurer la disponibilité des ressources humaines nécessaires, tant en quantité qu’en qualité, tout en améliorant l’attractivité du secteur de la santé aux yeux des professionnels de la santé et la fidélisation du personnel. Il s’agit, entre autres, de lutter contre le phénomène de fuite des médecins et des infirmiers, en quête de meilleures conditions de travail, de reconnaissance et, surtout, de salaires plus compétitifs.
Des avancées ont certes été réalisées, notamment en matière d’amélioration des salaires et des conditions de travail. Cependant, beaucoup reste à faire pour renforcer davantage ce volet essentiel.
Un contexte de départ accablant
Dans ce contexte de réforme profonde, le ministère de la Santé a récemment organisé une réunion dédiée à l’évaluation et à l’accélération des grands chantiers en cours.
Cette rencontre a notamment été l’occasion de débattre des moyens de valorisation et de motivation des ressources humaines, pierre angulaire du système national de santé de manière générale, et des Groupements sanitaires territoriaux (GST) en particulier.
Un bilan détaillé de la gestion des ressources humaines pour la période 2020-2025 a ainsi été présenté, lequel a retracé la situation initiale des ressources humaines en 2020, avant de mettre en lumière les avancées réalisées jusqu’en 2025.
Le contexte de départ était marqué par :
- un déséquilibre en matière de ressources humaines entre les milieux urbain et rural, ainsi qu’entre les régions, avec 25% des professionnels de santé concentrés dans les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra ;
- une forte présence des partenaires sociaux ;
- une pénurie de professionnels de santé, avec un ratio de 1,75 médecins pour 1.000 habitants ;
- un faible taux de formation.
En 2025, le ratio des professionnels de santé/1.000 hab est passé à 2,05
Depuis 2020, différentes mesures ont été progressivement mises en œuvre par le ministère de la Santé en matière de recrutement, d’amélioration des conditions de travail et d’augmentation des places pédagogiques notamment. Elles ont permis d’améliorer le ratio de professionnels de santé, le faisant passer de 1,75 à 2,05 professionnels pour 1.000 habitants.
Cette progression s’explique notamment par l’augmentation du nombre de postes budgétaires, avec la création annuelle de 5.500 postes par an depuis 2021. En 2025, une hausse exceptionnelle porte ce chiffre à 6.500 postes. Bien que tous n’aient pas encore été pourvus, plus de 90% sont d’ores et déjà occupés.
Le Maroc compte ainsi en 2025, 94.299 professionnels de santé en exercice, dont 77.086 dans le secteur public et 17.213 dans le secteur privé. Parmi ceux du secteur public, près de 59.000 sont rattachés au ministère de la Santé.
Il s’agit, certes, d’une avancée notable, mais ce ratio demeure inférieur au seuil critique fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui est de 2,5 pour 1.000 hab.
Des disparités régionales persistantes
En termes de densité médicale, le Maroc reste également en dessous du seuil critique de 4,45 médecins et infirmiers pour 1.000 habitants établi par l’OMS, avec une moyenne actuelle nationale d’environ 2,05 par 1.000 habitants (ou 25 pour 10.000 habitants), dont 1,58 dans le secteur public.
Dans le détail, la densité médicale au Maroc est d’environ 8,69 médecins et de 11,78 infirmiers pour 10.000 habitants.
La région la mieux lotie, aussi bien dans le public que le privé, est celle de Laâyoune-Sakia El Hamra, avec un ratio de 3,29, dont 3,04 dans le public.
Des ratios élevés sont également enregistrés dans les régions de :
- Guelmim-Oued Noun : 2,78, dont 2,67 dans le public ;
- L’Oriental : 2,65, dont 2,27 dans le public ;
- Dakhla-Oued Eddahab : 2,22, dont 2,13 dans le public ;
- Rabat-Salé-Kénitra : 2,57, dont 1,86 dans le public ;
- Casablanca-Settat : 2,06, dont 1,29 dans le public.
En revanche, six régions restent en dessous de la moyenne nationale de 2,05, à savoir :
- Tanger-Tétouan-Al Hoceïma : 1,89 ;
- Fès-Meknès : 2 ;
- Béni Mellal-Khénifra : 1,4 ;
- Marrakech-Safi : 1,9 ;
- Drâa-Tafilalet : 1,65 ;
- Souss-Massa : 1,5.
Évolution des postes de médecins spécialistes
L’évolution des postes ouverts aux médecins spécialistes connaît une dynamique contrastée. Après une baisse enregistrée en 2023, leur nombre est reparti à la hausse en 2024.
Ainsi, de 314 postes ouverts en 2022-2023, le nombre de postes de médecins spécialistes ouverts est passé à 241 en 2024, puis à 454 au début de l’année 2025. Fin 2025, le nombre prévisionnel de postes atteindrait 566, d’après le ministère de la Santé.
Par région, celles qui en profitent le plus en 2025 sont :
- Tanger-Tétouan-Al Hoceïma : 58 postes ;
- Casablanca-Settat : 54 postes ;
- Marrakech-Safi : 49 postes ;
- Fès-Meknès : 48 postes ;
- L’Oriental : 45 postes.
Pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030, les besoins en médecins et infirmiers sont estimés par le ministère à plus de 96.000 professionnels, dont plus de 32.000 médecins et 64.000 infirmiers.
Renforcement de la formation et élargissement de la capacité d’accueil
Parmi les réalisations phares en matière de formation, on note :
- le lancement du projet de mise à niveau des Instituts supérieurs des professions infirmières et techniques de santé (ISPITS) ;
- l’ouverture d’un cycle doctoral dans les ISPITS à partir de 2025-2026 ;
- l’augmentation progressive des places pédagogiques, visant 11.900 places à l’horizon 2029 ;
- la création de nouvelles filières, en lien avec les priorités stratégiques du secteur (oncologie, urgentologie, etc.).
En termes de chiffres :
- Le nombre de places à l’ISPITS est passé de 2.735 en 2019 à 8.360 en 2024, soit +206% pour le cycle licence.
- Le cycle master a connu une hausse de 353%, passant de 150 places en 2020 à 680 en 2024.
- Le nombre de filières est passé de 5 en 2020 à 31 en 2024-2025.
Il en est de même pour les Instituts de formation professionnelle dans le domaine de la santé (IFPS). Le nombre de places pédagogiques est passé de 315 en 2019 à 1.250 en 2024, soit une amélioration de 297%. Le nombre de filières ouvertes est quant à lui passé de 13 à 45.
Les projections du ministère pour 2030, dans le cadre de contrats-programmes, tablent sur 11.100 diplômés issus des ISPITS dans le secteur public et 11.900 nouvelles inscriptions. Dans le privé, les prévisions s’élèvent à 1.715 diplômés et 1.803 nouvelles inscriptions en 2030. Ces places permettraient, progressivement, de combler le manque en ressources humaines dans le Royaume.
En parallèle, des mesures ont été prises pour améliorer le statut des internes, externes et résidents :
- Le nombre de places pédagogiques dans les facultés de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire a été augmenté, grâce notamment à la construction de nouvelles structures.
- Les terrains de stages ont été élargis (CHU, hôpitaux régionaux et provinciaux, centres de santé).
- Les postes de supervision et d’encadrement ont été créés dans les établissements relevant du ministère.
Vers une gestion moderne et territorialisée des RH
La stratégie de gestion des ressources humaines dans le secteur de la santé amorce une transition importante, passant d’un rôle principalement opérationnel à une fonction plus stratégique.
Cette évolution devrait être particulièrement visible au niveau des GST, appelés à remplacer progressivement les CHU, en regroupant l’ensemble des établissements de santé d’une même région. Dans ce cadre, le ministère de la Santé prévoit également de moderniser les outils de gestion des ressources humaines et de renforcer le pilotage à l’échelle régionale.
Si des avancées notables ont déjà été enregistrées, plusieurs chantiers restent à mener à bien. Il s’agit notamment d’accorder une plus grande autonomie en matière de gestion RH au niveau régional, tout en maintenant un cadre de régulation centralisé, d’établir des référentiels clairs, tels que la nomenclature des actes et les référentiels d’emploi, et de réussir la mise en place effective des organes de gouvernance liés à la réforme. Ces efforts devront s’inscrire dans une dynamique plus large d’accompagnement de la refonte globale du système national de santé.



