HPS poursuit en 2025 sa transformation vers un modèle SaaS (Software as a Service), fondé sur la facturation récurrente des services, plutôt que sur la vente ponctuelle de licences. Cette évolution transforme la structure des revenus du groupe, en privilégiant des flux réguliers et prévisibles, étalés dans le temps.
Au premier trimestre 2025, les redevances issues de ce modèle progressent de 22%, tandis que les revenus du segment Paiement, qui pèse 86% de l’activité, enregistrent une hausse de 10,5%.
Cette dynamique est portée par la montée en charge des plateformes PowerCARD et BankWorld et par l’élargissement de l’empreinte géographique du groupe.
Pourtant, sur le plan boursier, la trajectoire est moins lisible. L’action recule d’environ 5% depuis janvier. Cette baisse tranche avec la solidité opérationnelle affichée par le groupe, et soulève une question centrale : pourquoi le marché ne reflète-t-il pas les fondamentaux de croissance de HPS ?
LeBoursier de Médias24 a contacté Brahim Berrada, directeur général de HPS, qui revient en détail sur la perception du marché, les leviers de croissance à venir et les effets de la transformation vers le SaaS.
PER élevé : une décote jugée transitoire par le management
L’action HPS se traite autour d’un PER de 45x, un niveau nettement supérieur à la moyenne du marché. À titre de comparaison, le PER moyen du marché s’établit à 20,8x, en léger recul par rapport à 21,5x en 2024. Cet écart de valorisation place HPS parmi les titres les plus chers de la cote en apparence.
« Le PER est un indicateur souvent peu pertinent dans notre industrie, notamment pour les sociétés en phase d’investissement ou de transition vers des modèles à revenus récurrents comme le SaaS », explique Brahim Berrada.
« Le multiple EV/Ebitda, plus représentatif dans notre secteur, est l’indicateur privilégié par les investisseurs internationaux et les comparables cotés sur des places financières internationales ».
Selon le directeur général de HPS, « le recul de notre titre en bourse en 2025, bien que modéré, contraste en effet avec notre trajectoire opérationnelle, marquée par une solide progression de l’activité, la croissance des revenus récurrents, et une transformation accélérée vers un modèle SaaS ».
Pour étayer cette lecture, le management a mené une analyse comparative avec ses pairs internationaux, à partir des données Capital IQ 2023. Le graphique issu de cette étude positionne HPS comme un acteur en croissance sous-valorisé par rapport à ses comparables.
HPS projette une croissance de l’ordre de 20%, mais se négocie à un multiple EV/Ebitda de 20x, soit nettement en dessous de la ligne de régression sectorielle
« Les sociétés comparables avec des profils de croissance similaires, voire inférieurs, se négocient sur des multiples bien supérieurs, souvent au-delà de 40x ».
En d’autres termes, » HPS devrait se situer sur la partie haute de la courbe de valorisation, mais reste aujourd’hui valorisée avec une décote significative ».

Source : Capital IQ
Deux facteurs expliquent, selon Brahim Berrada, ce décalage. « D’une part, la prudence structurelle du marché marocain, perçu comme moins profond et moins liquide que les grandes places internationales ; d’autre part, la temporalité propre au modèle SaaS, qui décale dans le temps la reconnaissance des revenus et des marges, alors même que les fondamentaux s’améliorent structurellement (hausse des revenus récurrents, contrats avec des clients Tier 1, backlog élevé et visibilité contractuelle renforcée) ».
« Nous pensons que cette décote est transitoire. À mesure que la croissance se matérialise en cash-flow, que la part du SaaS dans notre activité atteint sa pleine maturité, et que notre présence internationale progresse, le marché devrait ajuster progressivement sa lecture du potentiel de HPS », ajoute-t-il.
Une stratégie d’expansion mondiale au-delà du socle africain
Au-delà des considérations de valorisation, c’est la trajectoire stratégique de HPS qui retient surtout l’attention. Le groupe continue de repositionner ses priorités géographiques et d’élargir sa présence sur des marchés à fort potentiel, en rupture avec sa configuration historique.
« L’Afrique reste une base stratégique et historique essentielle », souligne Brahim Berrada.
Nous visons un renforcement important sur des régions stratégiques pour le futur de HPS, à savoir l’Asie-Pacifique et l’Amérique du Nord
« À l’horizon 2027, la part de l’Afrique et du Moyen-Orient devrait reculer autour de 35% à 40% du chiffre d’affaires, contre 58% en 2024″.
« L’Asie et l’Océanie dépasseront les 15%, portées par des contrats récemment signés en Australie et en Asie du Sud-Est ».
Les Amériques, elles, progresseront grâce aux perspectives de développement aux États-Unis et au bureau de Montréal, pour représenter environ 15% de l’activité.
L’Europe devrait, de son côté, se stabiliser entre 30% et 35%, avec un accent particulier sur les institutions financières Tier 1.
« Nous continuerons de renforcer notre capacité d’exécution locale grâce à nos filiales régionales. Cette présence géographique diversifiée contribuera à atténuer les risques et à maximiser notre potentiel de croissance globale ».
Une rentabilité attendue en amélioration à partir de 2026
Avec une part des revenus récurrents désormais portée à 56%, le modèle SaaS s’impose progressivement comme le socle économique de HPS.
« La transition vers un modèle SaaS impacte mécaniquement la rentabilité nette à court terme, en raison du décalage entre les investissements initiaux (infrastructure, implémentation) et la reconnaissance échelonnée des revenus », explique Brahim Berrada.
À moyen terme, ce modèle devrait toutefois renforcer la structure financière du groupe. « Il renforce considérablement la visibilité et la récurrence des revenus », tout en permettant « une hausse structurelle de la marge brute et de l’Ebitda, une fois les plateformes déployées et les charges stabilisées ».
Le retour sur fonds propres (ROE) devrait également progresser « à mesure que le Backlog SaaS se transforme en revenus d’exploitation ».
Nous anticipons une normalisation du profil de croissance et une amélioration continue de la marge nette à partir de 2026, avec un effet positif sensible sur la génération de cash et la rentabilité financière
Une croissance de plus de 20% toujours visée en 2025
« Nous maintenons notre objectif de croissance annuelle supérieure à 20% pour 2025 ». La performance de 7,2% du premier trimestre 2025 reflète directement la phase de transition engagée vers notre modèle SaaS.
« En effet, la totalité des projets vendus en 2023 et 2024 ont été contractualisés en mode SaaS, ce qui implique un décalage naturel dans la reconnaissance du chiffre d’affaires ».
« Dans ce modèle, la reconnaissance du chiffre d’affaires intervient principalement après la mise en exploitation, contrairement au modèle On-Premise, qui reconnaît les revenus (notamment de licence) dès la phase de déploiement ».
Ce décalage devrait se poursuivre au T2, mais un tournant est attendu à partir de l’été. « À partir de mi-2025, nous entrerons dans une phase de montée en charge opérationnelle de ces projets : les projets SaaS vendus les deux dernières années commenceront progressivement à générer des revenus récurrents, avec un effet croissant jusqu’en 2027, moment où le Backlog SaaS atteindra son plein potentiel ».
Concernant CR2, « la pleine intégration financière en 2025 apportera une contribution mécanique à la croissance. Mais l’effet le plus structurant vient des synergies commerciales, déjà activées. La complémentarité entre les plateformes BankWorld et PowerCARD renforce notre proposition de valeur et favorise des opportunités d’Upsell et de Cross-sell ».
Et de conclure : « Ces leviers conjoints : montée en puissance du SaaS, synergies CR2, et expansion géographique, soutiendront l’accélération de la croissance sur le second semestre, en ligne avec notre guidance annuelle ».
Les analystes voient un fort potentiel, malgré un PER élevé
Plusieurs analystes de marché estiment que HPS dispose d’un important potentiel de croissance, en lien avec l’accélération de son modèle SaaS et l’élargissement de son empreinte internationale.
Selon l’un d’eux, « les investisseurs ont parfois tendance à s’arrêter à un PER élevé, sans intégrer pleinement les perspectives de croissance. Or, dans le cas de HPS, c’est justement cette croissance anticipée qui justifie la valorisation ».
« Ce titre attire clairement davantage l’attention des investisseurs internationaux que des locaux. Ces derniers sont parfois plus focalisés sur les ratios immédiats, alors que les étrangers sont habitués à valoriser des trajectoires comme celle de HPS : récurrence des revenus, backlog solide, et rentabilité future en progression ».
Source: medias24.com