Le Maroc reste confronté à une problématique sanitaire persistante liée aux piqûres de scorpions et aux morsures de serpents, notamment dans les zones rurales et reculées du pays. C’est ce qu’a affirmé le ministre de la Santé, Amine Tehraoui, dans une allocution lue en son nom par le secrétaire général du ministère Abdelkrim Meziane Belfkih, à l’occasion d’une journée d’étude organisée le mardi 1ᵉʳ juillet 2025 au Centre antipoison et de pharmacovigilance à Rabat.

Le ministre a rappelé que ces envenimations touchent en priorité « les zones rurales, les familles vivant dans des régions isolées et les catégories sociales fragiles  », insistant sur le fait que ces situations d’urgence, bien que peu médiatisées, «  nécessitent une réponse rigoureuse, rapide et équitable ».

Chaque année, le Maroc recense en moyenne 25.000 cas de piqûres de scorpions et environ 250 cas de morsures de serpents, des chiffres qui traduisent selon lui « une réalité médicale sérieuse, qu’on ne peut ni sous-estimer ni ignorer  ». Le ministre a également pointé du doigt des facteurs aggravants, tels que ‘l’éloignement géographique, le manque d’information ou encore la difficulté d’accès rapide à des traitements appropriés ».

Il a rappelé dans ce sens qu’une stratégie nationale de lutte contre les intoxications est en place depuis plus de vingt ans. « Elle repose sur des données scientifiques actualisées et s’articule autour de quatre piliers fondamentaux : la prévention, la prise en charge médicale, la surveillance épidémiologique et la sensibilisation communautaire« , a-t-il expliqué.

Le ministre de la Santé a souligné que la stratégie a permis d’obtenir des résultats concrets. « Le taux de létalité lié aux piqûres de scorpions est passé de 2,37% à 0,14% », a-t-il précisé, ajoutant que « le taux de mortalité dû aux morsures de serpents a également baissé, passant de 7,2% à 1,9%« .

Ces chiffres traduisent, selon lui, « des avancées tangibles en matière de santé publique, rendues possibles grâce à l’engagement collectif et à l’efficacité des mesures adoptées ».

Cependant, le ministre a tenu à relativiser ces progrès. «  Malgré leur importance, ces résultats restent insuffisants », a-t-il affirmé. « Ils nous obligent à poursuivre nos efforts avec la même rigueur et un nouvel élan d’ambition »

Amine Tehraoui a réaffirmé l’objectif fixé par le ministère : éliminer totalement les décès liés à ces envenimations. » L’objectif du “zéro décès”, bien qu’ambitieux, demeure une finalité légitime, fondée sur un engagement à la fois humain et éthique », a-t-il déclaré. Et d’ajouter : » Chaque vie sauvée compte, et il s’agit là d’un devoir que l’État se doit d’assumer envers tous les citoyens, sans exception ni discrimination ».

Les espèces les plus dangereuses et les régions et personnes les plus exposées

S’agissant des espèces de serpents présentes au Maroc, le ministre a indiqué que le Royaume abrite environ 30 espèces, dont 8 sont venimeuses et dangereuses pour la santé humaine. Celles-ci appartiennent aux familles des Elapidae (cobras) et des Viperidae (vipères), incluant notamment la vipère cornue, la vipère mauritanienne et la vipère naine de l’Atlas. En ce qui concerne les scorpions, environ 50 espèces ont été recensées au Maroc, dont 20 sont venimeuses.

Il a également souligné que les envenimations dues aux piqûres de scorpions et morsures de serpents sont concentrées principalement dans plusieurs régions, notamment Marrakech-Safi, Souss-Massa, Béni Mellal-Khénifra, Drâa-Tafilalet et Casablanca-Settat. Il a ajouté que les enfants de moins de 15 ans sont les plus exposés au risque de décès lié à ces intoxications, en raison de la petite taille de leur corps et de la vulnérabilité de leurs organes vitaux.

Amine Tehraoui a précisé qu’environ 40% des piqûres de scorpions surviennent à l’intérieur des habitations, touchant principalement les mains (50%) et les pieds (45%). Quant aux morsures de serpents, elles concernent majoritairement les hommes (59%) lors d’activités agricoles (70%), en particulier entre les mois d’avril et septembre.

Le ministre a aussi insisté sur l’importance de la formation continue du personnel de santé, précisant que le ministère organise régulièrement des sessions de renforcement des compétences pour améliorer leur capacité à classifier les cas et à intervenir selon le degré de gravité. Il a également mentionné la mise en place d’un dispositif permanent de garde médicale, encadré par des médecins spécialistes en toxicologie, afin d’orienter les cas et d’assurer une prise en charge rapide et efficace.

Les approches adoptées par le ministère

Au Maroc, la prise en charge des cas liés aux piqûres de scorpions repose sur une approche thérapeutique intégrée, « fondée sur des bases scientifiques solides, et s’appuie sur le déploiement annuel d’unités de soins à travers toutes les régions du Royaume« , rappelle un communiqué du ministère.

Ces unités sont conçues pour « répondre efficacement aux caractéristiques des espèces de scorpions présentes au Maroc, en tenant compte de leur niveau de toxicité ». Cette approche a été retenue à la lumière des résultats de la majorité des études et recherches scientifiques, menées tant au niveau national qu’international, « qui ont mis en évidence l’efficacité limitée de l’anti-venin dans la réduction de la mortalité ou l’amélioration des chances de guérison. En conséquence, ce traitement a été retiré du protocole national depuis 2001″.

En ce qui concerne les envenimations liées aux morsures de serpents, la stratégie nationale de prise en charge inclut l’utilisation d’un sérum anti-venin spécifique aux espèces de serpents présentes au Maroc. Le ministère dit « assurer annuellement sa distribution et sa répartition, en fonction des besoins des différentes régions ». Des quantités suffisantes « sont actuellement disponibles » pour garantir une prise en charge adéquate des patients.

Dans ce sens, le ministère a acquis cette année plus de 1.200 unités thérapeutiques composées spécifiquement pour le traitement des piqûres de scorpions, ainsi que 600 doses de sérum antivenin contre les morsures de serpents, réparties entre les différentes régions et centres hospitaliers universitaires du Royaume.

Les recommandations du ministère

Le ministère invite l’ensemble des citoyennes et des citoyens, en particulier dans les zones à risque, à adopter des mesures de prévention simples afin d’éviter les piqûres et les morsures. En cas d’envenimation, il insiste sur « l’importance de se rendre immédiatement dans l’établissement de santé le plus proche, tout en évitant le recours aux pratiques traditionnelles susceptibles d’aggraver l’état de santé ».

Le ministère recommande également de contacter en urgence le Centre antipoison et de pharmacovigilance du Maroc, joignable 24 h/24 et 7 j/7 au numéro économique 080 100 01 80.

Le ministère de la Santé et de la protection sociale organise, du 1ᵉʳ au 8 juillet 2025, une semaine nationale de sensibilisation aux risques liés aux piqûres de scorpions et aux morsures de serpents, ainsi qu’aux mesures de prévention et de lutte contre ces envenimations, sous le thème : « Protégeons-nous des envenimations dues aux serpents et aux scorpions ».