Chasse gardée des attaquants depuis plusieurs décennies, le Ballon d’or de France Football n’a été remporté qu’à trois reprises par des défenseurs en 68 éditions. Une rareté statistique qui en dit long sur les préférences d’un jury souvent séduit par les attaquants au détriment de ceux qui brillent dans l’ombre. 

Achraf Hakimi, pourtant auteur d’une saison où il a pris la lumière, risque une fois de plus de payer le prix de cette logique qui confine parfois à l’injustice. Mais avant d’étayer ce constat, il convient de rappeler les critères sur lesquels se fonde l’attribution du Ballon d’or.

Créé en 1956 par le magazine France Football, ce trophée est devenu la plus haute distinction individuelle dans le monde du ballon rond. Trois éléments sont pris en compte par les votants : 

– Les performances individuelles, avec un accent mis sur le caractère décisif et impressionnant du joueur ;

– Les résultats collectifs, incluant les titres remportés ;

– La classe du joueur et son respect des règles du jeu, autrement dit le fair-play.

Les votants sont des journalistes sportifs (100 pour le Ballon d’or masculin, 50 pour le Ballon d’or féminin). Ils représentent les pays classés dans le top 100 (ou le top 50 pour les femmes) du classement FIFA. Chaque votant établit un top 10, attribuant des points à chaque position. Le joueur ou la joueuse ayant obtenu le plus de points est sacré (e) Ballon d’or.

À travers le prisme des trois critères précités, Achraf Hakimi est un candidat plus que légitime au prix individuel le plus important du sport collectif le plus populaire sur la planète. À 26 ans, le capitaine de l’équipe nationale sort d’une saison qui n’a pas encore d’épilogue, où il a été impliqué dans 25 buts. Il a offert 14 passes décisives et inscrit 11 réalisations.

En Ligue des champions, il a été le premier défenseur de l’histoire à marquer au moins un but en quarts, demi et finale. Le soir du sacre parisien contre l’Inter, il a mis ses coéquipiers sur orbite en ouvrant le score, en se libérant de tout marquage au cœur de la surface de réparation. 

Son apport offensif s’est particulièrement étoffé sous les ordres de Luis Enrique. Le technicien, qui prône un jeu tout en mouvement, demande à Hakimi de ne pas uniquement occuper un rôle de latéral, mais aussi d’offrir des solutions dans le cœur du jeu.

Ajoutez-y ses longues chevauchées qui témoignent d’une condition physique hors norme, et le caractère impressionnant de ces prestations individuelles sera établi. Idem pour les résultats collectifs, puisqu’il a remporté toutes les compétitions auxquelles il a participé sous les couleurs du PSG (Ligue 1, Coupe de France, Ligue des champions…), étoffant un palmarès digne des plus grands.

Et ce, sans oublier son record de douze victoires consécutives avec les Lions de l’Atlas. Combatif sur le terrain, il est unanimement reconnu pour son élégance. En témoigne le peu d’avertissements qu’il a reçus depuis le début de sa carrière (55 cartons jaunes et 3 rouges en 351 matchs), mais aussi la retenue dont il a fait preuve lorsqu’il a ouvert le score en finale de Champions League, contre son ancien club, l’Inter Milan.

Bref, vous l’aurez compris, Achraf Hakimi coche toutes les cases pour se voir décerner le Ballon d’Or. Performant individuellement, décisif dans les moments clés, vainqueur de titres majeurs avec son club, et fidèle à une éthique irréprochable sur le terrain, il incarne parfaitement les critères établis par France Football.

Cependant, plusieurs éléments pourraient contrarier cette destinée. D’abord, la concurrence féroce des attaquants, toujours favorisés dans l’imaginaire collectif et médiatique. Pour ces raisons, mais aussi pour son talent et la constance de ses performances depuis janvier 2025, Ousmane Dembélé est annoncé gagnant, suivi de Lamine Yamal.

Le virtuose parisien le mérite autant que son coéquipier. Mais le poids de l’histoire va certainement peser dans la balance. À ce jour, seulement trois défenseurs ont remporté le Ballon d’Or depuis sa création en 1956 : 

– Franz Beckenbauer (Allemagne) : 1972, 1976 ; 

– Matthias Sammer (Allemagne) : 1996 ; 

– Fabio Cannavaro (Italie) : 2006.

En outre, plusieurs défenseurs ont frôlé le Ballon d’or, mais sans l’emporter :

– Paolo Maldini (Italie) : 3ᵉ en 1994 et 2003 ; 

– Roberto Carlos (Brésil) : 2ᵉ en 2002 ; 

– Virgil van Dijk (Pays-Bas) : 2ᵉ en 2019, derrière Messi.

Et tant d’autres, à l’image de Franco Baresi, Cafu, Thuram, Desailly… Toujours bien placé mais jamais vainqueur. L’autre élément qui joue en défaveur d’Achraf Hakimi, c’est l’exposition médiatique et les récits qui entourent certains candidats issus de clubs ou de pays plus médiatisés.

« Il est évident qu’Achraf Hakimi mériterait le Ballon d’or », a souligné le sélectionneur national, Walid Regragui, lors d’une conférence de presse en juin dernier. « Mais le fait qu’il soit défenseur et africain pourrait le pénaliser par rapport à d’autres joueurs. En tout cas, il a sa place dans le top 3 », espère le technicien marocain. 

En somme, Achraf Hakimi a l’étoffe d’un Ballon d’or. Mais l’histoire du trophée montre que les défenseurs, a fortiori africains, partent toujours avec un désavantage. Sa régularité, son palmarès et son influence sur le jeu ne semblent pas suffire face au poids médiatique des attaquants. À moins que les votants ne décident enfin de bousculer l’ordre établi. Verdict en septembre 2025.