Deux jours de mobilisation autour de l’intelligence artificielle viennent de s’achever à l’UM6P de Rabat. Deux jours d’échanges, de tables rondes, d’analyses et de projections.

Au cœur de ces deux jours, une conviction partagée. L’intelligence artificielle n’est plus un sujet d’avenir lointain, elle est déjà un levier concret pour transformer les politiques publiques et les services rendus aux citoyens.

La ministre de la Transition numérique et de la réforme de l’administration l’a rappelé : l’IA ne doit pas rester confinée aux laboratoires de recherche ou aux grandes puissances économiques. Elle peut et doit devenir un outil au service des Marocains au quotidien.

Amal El Fallah Seghrouchni en a cité des exemples concrets. Dans l’agriculture, pour optimiser l’utilisation de l’eau et sécuriser les chaînes de valeur. Dans la santé, pour permettre un meilleur suivi des patients, même dans les zones éloignées. Dans l’éducation, pour accompagner les enseignants et proposer des apprentissages plus adaptés à chaque élève. Et de manière plus large, comme moyen de réduire les inégalités territoriales, en rapprochant les services numériques des citoyens là où ils en ont le plus besoin.

La ministre a aussi insisté sur l’importance d’outiller le tissu économique, notamment les PME, afin qu’elles puissent intégrer ces technologies sans être laissées de côté. Elle appelle à la création de centres d’accompagnement dédiés, capables d’orienter, de former et de suivre les entreprises dans leur transformation numérique. Le soutien à l’innovation locale, la mise en réseau avec les centres de recherche et la valorisation des initiatives portées par les territoires sont autant de pistes jugées essentielles pour construire un écosystème IA à la fois inclusif et ancré dans le réel.

Accélérer le rythme : trois chantiers prioritaires identifiés

Prenant appui sur son expérience au sein de l’UNESCO et de la COMEST (Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies), Amal El Fallah Seghrouchni a alerté sur la lenteur des processus multilatéraux. Les cadres globaux, a-t-elle expliqué, nécessitent souvent plusieurs années de concertation avant d’aboutir, ce qui ne permet pas de répondre à l’urgence des enjeux actuels.

« Tout ce qui est global prend du temps. Or, nous n’en avons plus ». Face à ce constat, la ministre plaide pour une approche pragmatique, orientée vers des priorités clairement identifiées. Trois axes d’intervention ont été identifiés :

  • Le renforcement de la puissance de calcul, encore limitée au niveau régional ;
  • L’augmentation des capacités de stockage des données, dans un contexte où l’Afrique ne concentre que 1% des data centers mondiaux ;
  • Le développement de modèles d’intelligence artificielle adaptés aux réalités locales, prenant en compte les langues, les cultures et les usages spécifiques.

« Nous ne pouvons pas nous contenter d’importer des modèles conçus ailleurs, souvent déconnectés de nos contextes », affirme-t-elle.

Des partenariats pour structurer l’écosystème IA

En clôture de la journée, sept conventions ont été signées entre le ministère de la Transition numérique et plusieurs partenaires institutionnels, académiques et internationaux. Ces accords sont censés poser les premiers jalons d’un déploiement structuré de l’intelligence artificielle dans le pays :

  • Une convention-cadre sur la transformation numérique, signée avec le ministère de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports.
  • Une convention-cadre sur l’inclusion économique et la numérisation, conclue avec le ministère de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences.
  • Un protocole d’accord pour la création du Jazari Institute, signé avec le ministère de l’Enseignement supérieur, le wali de la région de l’Oriental, le gouverneur de la province de Nador et le président du conseil régional.
  • Une convention pour la création d’un data center vert à Dakhla, en partenariat avec le ministère de la Transition énergétique et du développement durable.
  • Une convention de coopération avec la Digital Corporation Organization, pour le financement de projets et l’adhésion à des initiatives internationales.
  • Une convention-cadre avec le Crédit Agricole du Maroc, en faveur de l’inclusion numérique en milieu rural.
  • Une convention avec le PNUD.

La feuille de route nationale pour l’intelligence artificielle est en cours de finalisation, construite à partir des travaux et recommandations des Assises, affirme-t-on. Elle est supposée incarner une volonté claire : coordonner les efforts publics et privés, accélérer l’adoption des technologies de l’IA sur le terrain, et construire une trajectoire alignée avec les priorités du pays. Qui vivra verra. Cela fait plusieurs années que le ministère existe et, pour le moins, il n’a pas anticipé l’explosion de l’IA.