Après près de quatre années sans dirigeant pour présider aux destinées du Centre cinématographique marocain (CCM), le journaliste et documentariste Reda Benjelloun a été nommé en Conseil de gouvernement directeur général de cette institution publique. Selon plusieurs professionnels, sa nomination ouvre une nouvelle phase, avec l’espoir d’un développement accru de la scène cinématographique marocaine.
« Ma stratégie sera connue après un temps nécessaire d’adaptation »
Interrogé sur ses priorités par notre rédaction, le successeur de Sarim Fassi-Fihri a temporisé avant de déclarer, à juste titre, qu’il était beaucoup trop tôt pour nous révéler sa vision d’avenir du CCM.
Tout en se disant disposé à communiquer, Reda Benjelloun a estimé qu’il fallait d’abord lui laisser le temps de prendre ses marques et de rencontrer la profession avant d’être en mesure de préciser sa future stratégie.
« L’expérience télévisuelle de Reda Benjelloun a rassuré tous les professionnels »
À la question de savoir ce que le nouveau directeur pourrait rapporter au CCM, le département de la Communication a tenu à rappeler qu’il avait une grande expérience reconnue par ses pairs.
« En dehors de sa grande expérience, il faut souligner qu’il ne présente aucun conflit d’intérêt avec les producteurs ou les réalisateurs et qu’il traitera tous les professionnels sur le même pied », affirme Mehdi Bensaïd en ajoutant que son profil a rassuré l’ensemble de la profession.
Et d’ajouter que son long parcours dans l’audiovisuel au sein de la chaîne télévisée 2M, dans les émissions documentaires ou historiques, le prédestine, plus que quiconque, à maîtriser les enjeux des films marocains dont la finalité est de terminer à la télévision qui constitue une continuité avec le cinéma.
« Donner plus de visibilité internationale aux films marocains »
Le développement de la distribution internationale des productions marocaines constitue, selon le ministre, une des grandes priorités de sa mission. Il s’agit de renforcer leur commercialisation sur les marchés étrangers, à l’aide de l’intelligence artificielle qui permet de les traduire plus facilement.
Sur le fait que Reda Benjelloun a 59 ans et qu’il est à un an de la retraite, Mehdi Bensaid conclut que cela ne posera aucun problème d’ordre administratif sachant qu’il pourra exercer son mandat jusqu’à l’âge de 63 ans et qu’il pourra avoir une prolongation exceptionnelle comme son prédécesseur.
« Un professionnel de la télévision qui saura faire sa place au cinéma »
Sollicité à son tour, le réalisateur-producteur Nabil Ayouch pense que la décision de la commission qui a examiné les différentes candidatures constitue une très bonne surprise.
« Doté d’une vraie éthique, Reda Benjelloun est un grand professionnel qui a un passé édifiant à la télévision, qui n’a plus besoin de faire ses preuves », résume Nabil Ayouch. Pour ce dernier, la télévision et le cinéma sont deux mondes différents mais connexes, sachant que c’est le CCM qui accorde les autorisations de tournage pour toutes les productions audiovisuelles.
Pour illustrer son propos, le cinéaste précise que son principal apport consistera à insuffler son professionnalisme et sa rigueur, mais aussi une vision extérieure sans conflit d’intérêts.
« Une promesse d’élan pour l’industrie cinématographique nationale »
Abondant dans le même sens, la directrice de la Cinémathèque du Maroc ajoute que le nouveau directeur est un homme d’écoute qui réunit les valeurs d’intégrité, de droiture, avec une hauteur de vue.
« Partant du principe que j’ai une haute idée de la culture et que j’ai toute confiance en lui, sa nomination est une promesse d’élan pour le cinéma marocain qu’il saura servir », résume Narjiss Nejjar, qui connaît bien le CCM pour avoir été réalisatrice avant de diriger la cinémathèque du Maroc.
« Une nomination unanimement saluée par la profession »
Ayant travaillé avec lui par le passé, le réalisateur Nordine Lakhmari estime que Reda Benjelloun est un spécialiste de l’audiovisuel qui, bien qu’ayant fait sa carrière dans le documentaire, aime le cinéma dans toute sa diversité, aussi bien la science-fiction que les thrillers…
« Connu pour être à l’écoute des professionnels, c’est un homme de consensus dont la nomination, une fois n’est pas coutume, a soulevé l’enthousiasme de tous mes confrères », conclut le réalisateur en insistant sur le fait que c’est une excellente nouvelle pour l’avenir du cinéma marocain.
« Gare aux freins de la machine administrative ! »
L’ayant également côtoyé à 2 M, le réalisateur Hicham Lasry confirme l’appréciation générale de ses confrères en estimant que le nouveau directeur du CCM a toutes les qualités pour réussir sa mission.
« Au regard de sa compréhension des talents contemporains et de son ouverture sur la modernité, je ne peux que me réjouir de cette nomination qui va ouvrir une nouvelle ère pour notre secteur », déclare à son tour le réalisateur, en soulignant la connaissance de Reda Benjelloun des métiers du cinéma.
En lui souhaitant de surmonter les éventuels freins de la machine administrative du CCM, Hicham Lasry pense que sa personnalité structurée permettra de faire passer la qualité cinématographique avant la culture dominante des chiffres grâce à son flair pour détecter les nouveaux talents.
« Mettre fin aux retards des versements des avances sur recettes »
Tout aussi enthousiasmée par l’arrivée du nouveau patron du CCM qui est ouvert à la modernité, la réalisatrice Zhor Fassi-Fihri qualifie sa nomination d’événement extrêmement positif, sachant que, selon elle, la meilleure école de la production cinématographique vient de l’expérience télévisuelle.
Tout en saluant cette bonne nouvelle pour le cinéma marocain, notre interlocutrice espère que Reda Benjelloun pourra fluidifier les procédures des avances sur recettes dont les versements s’éternisent.
« Si les systèmes des autorisations de tournage sont plus fluides que dans le passé, je pense qu’il devra faire en sorte d’impliquer davantage le secteur privé dans le financement des films marocains et de restructurer certains process de production afin d’améliorer leur qualité et de renforcer leur visibilité internationale », conclut la réalisatrice qui pense qu’il saura mener à bien ces chantiers.