Selon le site spécialisé espagnol Defensa, la base américaine de Baumholder en Allemagne a accueilli récemment une délégation des Forces armées royales (FAR).

La visite, loin d’être protocolaire, a servi « d’atelier sur le terrain« , où des experts du 5ᵉ bataillon du 7ᵉ régiment d’artillerie de défense aérienne des États-Unis ont présenté en détail les capacités opérationnelles du système Patriot, Cette unité a une expérience de combat dans un contexte de saturation. C’est probablement pour cela qu’elle a été choisie.

La délégation marocaine, formée d’officiers de l’artillerie, a examiné les différentes composantes du système, « depuis les unités radar avancées capables de suivre plusieurs cibles simultanément, jusqu’aux lanceurs de missiles et aux plateformes de commandement et de contrôle ». Une attention particulière a été accordée à deux types de missiles intercepteurs qui constituent l’épine dorsale du système :

– PAC-3 MSE (Patriot Advanced Capability-3, Missile Segment Enhancement) : missile avancé conçu spécifiquement pour intercepter et détruire les missiles balistiques, basé sur la technologie « Hit-to-Kill » (impact direct pour détruire) qui garantit la destruction complète de la cible.

PAC-2 GEM-T (Guidance Enhanced Missile-TBM) : missile efficace contre les menaces aériennes conventionnelles « telles que les avions de combat, les drones et les missiles de croisière« , avec une capacité améliorée d’interception des missiles balistiques tactiques jusqu’à une portée de 160 km.

Cette inspection prouve, selon Defensa, que le Maroc a « dépassé la phase d’intérêt initial pour passer à une évaluation pratique et technique détaillée », l’étape qui précède habituellement les négociations finales et la signature des contrats.

Dans une vision plus globale, le site espagnol rappelle que le Maroc et les États-Unis avaient signé une « feuille de route pour la coopération en matière de défense 2020-2030 », un accord historique qui a jeté les bases d’une coopération militaire sans précédent, « visant à moderniser et à développer les capacités de défense marocaines et à améliorer l’interopérabilité entre les deux armées ».

Le Maroc est dans ce sens considéré comme un allié majeur des États-Unis en dehors de l’OTAN, « ce qui lui confère une position préférentielle pour accéder aux technologies de défense américaines avancées ».

Analyse de la défense aérienne marocaine : un « dôme de fer » à plusieurs couches

Depuis plus d’une décennie, le Maroc cherche à construire un système de défense aérienne intégré (IADS – Integrated Air Defense System) à plusieurs niveaux, capable de faire face à tous les types de menaces aériennes, des drones à basse altitude aux missiles balistiques. Si l’accord sur le Patriot se concrétise, il sera le « joyau de la couronne » de ce système.

La future structure de la défense aérienne marocaine peut être divisée en trois couches principales :

Couche supérieure (Défense à longue portée et balistique).

C’est le vide que comblerait le système Patriot. Avec sa capacité à intercepter des missiles balistiques de moyenne portée à basse altitude, il fournira une protection stratégique aux installations vitales, aux bases militaires et aux grands centres de population.

Le système israélien Barak MX, également contracté par le Maroc, joue ici un rôle fondamental. Ce système se distingue par sa grande flexibilité et sa capacité à faire face à diverses menaces simultanément, notamment les avions, les missiles de croisière, les missiles antinavires et même les missiles balistiques tactiques, créant ainsi une synergie et une intégration dans cette couche défensive vitale.

Couche intermédiaire (Défense à moyenne portée)

Le système chinois Sky Dragon 50, d’une portée allant jusqu’à 50 km, est dédié à la défense aérienne contre les menaces dans cette couche.

Couche inférieure (Défense à courte portée)

Cette couche est composée de systèmes de missiles tels que le MICA-VI français. À cela s’ajoutent l’artillerie antiaérienne et des systèmes de missiles à courte portée comme le « Tunguska » russe et le PL-9 Sky Guard chinois, ainsi que des systèmes de guerre électronique. Elle est conçue pour faire face aux menaces à basse altitude telles que les drones, les missiles de croisière et les hélicoptères.

La combinaison de ces systèmes américains, chinois, israéliens, français et russes dotera le Maroc du réseau de défense aérienne le plus diversifié d’Afrique, et permettra aux FAR de ne pas dépendre d’une source unique.