Publiée le 27 mai dernier au Bulletin officiel, la loi 80-14 a été plutôt bien accueillie par la profession. En attendant de finaliser des arrêtés complémentaires sur les autres formes d’hébergement comme les locations meublées, la ministre de tutelle explicite leur portée avant de revenir sur l’actualité estivale et ses prévisions d’arrivées pour 2025.
Médias24 : Un commentaire sur le nouveau record d’arrivées enregistré à fin mai, avec 7,2 millions de visiteurs, soit une croissance de 22% par rapport aux cinq premiers mois de 2024 ?
Fatim-Zahra Ammor : Ce nouveau record confirme que nous sommes sur la bonne trajectoire pour réaliser notre vision de 26 millions de touristes en 2030, et démontre la pertinence et l’efficacité de notre feuille de route.
Ces chiffres reflètent également l’attractivité grandissante du Maroc, qui se positionne aujourd’hui aux côtés des plus grandes destinations mondiales, et ce, quelle que soit la saison.
Nous gardons le cap pour maintenir cette dynamique exceptionnelle. Notre objectif est clair : consolider cette croissance sur la durée et poursuivre nos efforts pour faire du Maroc l’une des 15 premières destinations mondiales d’ici 2030.
— Qu’avez-vous prévu avec l’ONMT pour densifier le réseau aérien et agir positivement sur le taux d’occupation hôtelier ?
— Que ce soit pendant la phase de reprise post-Covid ou dans la feuille de route avec l’objectif ambitieux de doubler nos capacités en sièges entre 2019 et 2026, renforcer la connectivité aérienne a été au cœur de notre action depuis 2021.
Pour cela, nous faisons en sorte d’avancer sur trois fronts, à savoir densifier les routes actuelles, ouvrir de nouvelles routes directes et diversifier nos marchés émetteurs.
Pour vous donner quelques chiffres, nous avons contracté, rien qu’en 2024, plus de 11 millions de sièges, c’est-à-dire 25% de plus qu’en 2023. Nous avons également ouvert 120 nouvelles routes internationales, notamment vers des marchés clés comme les États-Unis, le Canada ou l’Europe de l’Est. Avec Ryanair, par exemple, nous avons déployé un programme d’envergure : 47 nouvelles routes internationales entre 2023 et 2024, 11 routes domestiques, l’ouverture d’une base à Tanger et la signature d’un MoU pour connecter Dakhla.
Le renforcement de notre réseau aérien impacte positivement le taux d’occupation
Pour notre stratégie de diversification, je donnerai comme exemple le marché chinois, notamment la nouvelle ligne directe Shanghai-Casablanca par China Eastern qui s’ajoutera dès octobre à l’actuelle ligne qui passe actuellement par Marseille. Chaque ouverture s’accompagne d’actions promotionnelles menées de concert par l’ONMT et la compagnie aérienne.
Tous ces efforts au niveau de l’aérien créent évidemment un flux qui impacte positivement les taux d’occupation de nos hôtels, les activités d’animations et toute l’industrie touristique de manière plus générale.
— Au regard de cette dynamique positive, comment se présente la saison estivale ?
– Pour l’été 2025, les signaux sont encourageants. On observe une belle tendance des réservations anticipées, nos marchés traditionnels et émergents montrent un intérêt soutenu, et nous continuons de diversifier notre offre touristique. Certes, il est encore tôt pour donner des chiffres précis, mais tout indique que nous devrions connaître une belle saison estivale.
– Pensez-vous que le Maroc pourra accueillir 20 millions de visiteurs d’ici la fin de l’année ?
– Rappelons d’abord que nous avons atteint l’objectif de toute la feuille de route touristique dès 2024, avec 17,4 millions de touristes, soit deux ans d’avance sur nos prévisions.
Les indicateurs actuels sont certes encourageants : +22% à fin avril par rapport à 2024. Cependant, il faut garder en tête que le secteur touristique reste sensible aux évolutions géopolitiques et économiques mondiales.
Notre approche reste donc prudente, mais confiante. Si cette dynamique se maintient, nous devrions nous rapprocher significativement de l’objectif des 20 millions de touristes. Cela étant, notre priorité demeure la qualité de l’accueil et la durabilité de cette croissance.
– Le gouvernement a récemment annoncé la publication de cinq nouveaux arrêtés d’application de la loi 80-14. Où en est la réforme globale du cadre juridique du tourisme ?
– Notre gouvernement a réussi à accélérer la réforme réglementaire du secteur. Les cinq arrêtés récemment lancés ne sont pas les premiers dans cette voie. Je rappelle qu’en 2023 déjà, nous avions publié les décrets qui définissent les normes de construction des établissements d’hébergement touristique ainsi que le décret relatif aux procédures de classement.
Ces cinq derniers arrêtés, tant attendus, viennent compléter le dispositif réglementaire de la loi 80-14, sachant qu’il reste les arrêtés qui concernent d’autres formes d’hébergement, et sur lesquels nous travaillons encore.
Ce que nous ciblons à terme, c’est un arsenal juridique qui contribuerait à renforcer la compétitivité de la destination Maroc sur l’échiquier international. Et au-delà de l’aspect juridique, nous considérons ce travail comme une préparation aux événements d’envergure qui nous attendent.
Les visites mystères permettront d’élever la qualité du parc hôtelier– Le classement en étoiles fait l’objet d’un arrêté. Est-ce une révolution, alors que les grandes destinations touristiques l’utilisent depuis des décennies ?
— Ce n’est pas le classement en étoiles en soi qui constitue une révolution. C’est la combinaison d’un système de classement unifié pour tous les établissements avec la prise en compte de la qualité de service dans le classement, via les visites mystères, qui permettra une révolution qualitative.
— Qu’attendez-vous de ce système ?
– Notre feuille de route est entièrement construite autour de l’expérience touristique, et il est donc fondamental d’en assurer la qualité. Avec ces arrêtés, nous plaçons la qualité au premier plan, tout en nous assurant que celle-ci est facilement identifiable par le touriste pour qui le seul référentiel est celui des étoiles.
Aussi, ce classement en étoiles unifié permettra une expérience de réservation plus simple pour les touristes, une offre d’hébergement touristique mieux valorisée sur les plateformes de réservation, et des établissements qui ont les mêmes chances car l’indicateur est le même.
Qu’il s’agisse d’un riad, d’un hôtel-club ou d’un hôtel traditionnel, un établissement 5 étoiles reste un établissement 5 étoiles, et ce, qu’il soit situé à Marrakech ou dans un village dans l’arrière-pays.
– Vous avez aussi annoncé des visites mystères qui impliquent une évaluation en profondeur des établissements. N’est-ce pas une pression pour les professionnels, surtout ceux qui possèdent des établissements de petite taille ?
— Au contraire, je pense que les professionnels vont énormément bénéficier de ce système, car la présence de clients mystères signifie que les établissements doivent toujours être prêts en termes de qualité et de conformité à leur classement en étoiles.
C’est une évaluation que tout établissement d’hébergement est censé faire régulièrement. Sauf qu’avec le client mystère, ça ne leur coûte rien.
Une grille de 250 à 750 critères pour évaluer tous les hôtels classés
Concrètement, ces clients mystères sont des experts qui passent quelques jours dans un établissement, essaient les services offerts et les évaluent sur la base d’une grille qui peut comporter jusqu’à 800 critères, et que nous avons établie avec l’ONU Tourisme. Le nombre de critères varie selon le classement. Par exemple, la grille d’un hôtel de luxe comporte 750 critères, tandis que celle d’un hôtel 1 étoile n’en comporte que 250.
Cette évaluation profite au touriste, à l’établissement et à la destination Maroc dans son ensemble. D’ailleurs, même l’instauration d’un classement dynamique, qui est réévalué tous les cinq ans, vise à maintenir le niveau de qualité dans les établissements tout en permettant aux hôtels déclassés de revenir au niveau voulu.
– Dans ces nouveaux arrêtés, on retrouve les résidences immobilières adossées qui visent à attirer plus d’investisseurs. Quelles sont les nouveautés de ce nouveau produit ?
– Nous avons lancé les résidences immobilières adossées (RIA) pour offrir un nouveau produit aux investisseurs et une nouvelle forme d’hébergement touristique à des clients recherchant un standing très élevé, mais dans un cadre plus privatif.
Pour vous donner plus de détails, il s’agit de résidences implantées sur une parcelle mitoyenne à un hôtel classé 5 étoiles ou de luxe, composées d’une ou plusieurs unités de logement, donc des villas ou des appartements.
Ces unités de logement adossées sont vendues à des particuliers, et sont exclusivement exploitées par l’établissement hôtelier auquel elles sont rattachées, avec un niveau de qualité de service équivalent à celui du classement de l’hôtel.
La nouveauté réside dans le fait que l’unité conserve son statut de propriété privée tout en étant proposée à la location touristique par l’hôtel uniquement.
– Les arrêtés complémentaires sur les autres formes d’hébergement (hébergement alternatif, bivouac, chez l’habitant) sont encore en préparation. Ne risque-t-on pas de tarder au détriment d’un secteur en pleine expansion ?
– Nous sommes tous mobilisés pour que ces arrêtés complémentaires voient le jour dans les plus brefs délais, car ils permettront au Maroc d’offrir une palette complète d’options d’hébergement qui répondent à toutes les attentes des touristes marocains et étrangers.