Le 7 juillet, le nouveau président du Raja sera élu parmi les candidats Jawad Ziyat, Saïd Hassbane et Abdallah Birouaine. Un rendez-vous crucial, tant cette élection marque le début d’un tournant majeur dans la gouvernance du club, avec l’activation imminente de la société sportive. Ce changement est appelé à impacter non seulement la gestion interne, mais aussi l’écosystème du football national.

Depuis que le projet a été présenté par Jawad Ziyat, membre du conseil consultatif composé d’anciens présidents du Raja, les événements se sont accélérés : convocation d’une assemblée générale, dépôt des candidatures, présentation des visions et des programmes respectifs etc.

Mais chacun avance selon sa propre méthode. Même s’ils se disputent le très convoité poste de président, les trois hommes ont deux points communs : l’amour du Raja d’une part et le fait d’avoir tous occupé le poste de président du club par le passé.

Mais le bilan de chaque présidence diffère et l’image qu’en garde le public également. Si Jawad Ziyat était attendu pour un retour depuis plusieurs années, Abdallah Birouaine, lui, n’a pas réellement réussi à convaincre. Bien qu’il mette en avant le fait d’avoir récupéré le navire en naufrage suite au départ de Adil Hala, Abdallah Birouaine fait face à de nombreuses critiques.

Saïd Hassbane, quant à lui, est encore plus rejeté par une partie du public. Les ultras du Raja ont même publié un communiqué pour rejeter sa candidature, avant même qu’il l’annonce officiellement.

Au final, ce n’est pas le public qui élira le président du club, le 7 juillet prochain, mais ses adhérents.

Game of Throne

Jawad Ziyat, entrepreneur à succès, qui a marqué le public Rajaoui lors de son passage à la présidence entre 2018 et 2020 par des titres (championnat, Coupe de la CAF et Supercoupe), a présenté un projet sur lequel il a travaillé, avec d’autres anciens présidents, pendant près de 3 ans. Il s’agit de l’activation de la société sportive, à travers un investissement de Marsa Maroc.

De son côté, Saïd Hassbane qui a présidé le club entre 2016 et 2018, période durant laquelle le Raja a remporté une Coupe du Trône, se présente à nouveau à la présidence après avoir perdu contre Mohamed Boudrika en 2023. Depuis, il a annoncé son souhait de se présenter après le départ de Adil Hala en 2024 en proposant un partenaire et futur investisseur qui s’est avéré être un projet douteux.

Abdallah Birouaine est le seul à se présenter pour la première fois à cette élection. Il a hérité de la présidence après le départ de Adil Hala qui a quitté le navire après l’avoir fait couler. Pour rappel, le club est passé d’un doublé historique à une situation de crise, d’instabilité technique et financière.

Abdallah Birouaine évoque cette période pour la comparer à celle qu’il a lui-même dirigée, mettant en avant le fait d’avoir redressé la situation du club. Il oublie toutefois de préciser qu’il était alors viceprésident du comité ayant précisément contribué à cette chute.

La robe noire

Dans sa vidéo de présentation, l’avocat Abdallah Birouaine, revient sur les “acquis” – expression largement discutable – de son comité et expose ses engagements pour son prochain mandat qu’il définit comme “une nouvelle étape dans l’histoire du club, placée sous les thèmes de la fidélité, la construction, la gouvernance, l’audace, la responsabilité et le professionnalisme”.

Selon Abdallah Birouaine, “la période passée à la présidence du club”, lui a permis, “avec les membres du comité”, de “réaliser plusieurs acquis”.

Le premier est d’avoir “créé une stabilité administrative et technique après une période difficile pour le club”. C’est un point que Abdallah Birouaine met en avant, notamment pour souligner le fait qu’il n’a pas quitté le Raja en période de crise.

Or, l’instabilité qu’a connue le club avant qu’il prenne les rênes du Raja était due à la mauvaise gestion du comité dont il était le vice-président. De plus, avant son départ, Adil Hala avait mis fin aux contrats de plusieurs importants joueurs dont Anas Zniti et Mohamed Zrida, et ce, dans le but de régulariser la situation financière du club.

Abdallah Birouaine ajoute que son comité “a pu prolonger et renouveler des contrats de joueurs considérés comme des piliers du club”.

En effet, le comité actuel a renouvelé à divers joueurs dont Sabir Bougrine, Mohamed Boulacsoute ou encore Adam Ennafati. Mais il a également recruté de nouveaux éléments. Il s’agit de Badr Benoun et de Moses Orkuma.

Le comité de Abdallah Birouaine a également fait venir de nouveaux membres du staff dont des entraîneurs (assistants, de gardiens) et un analyste vidéo.

Certains estiment que ces recrutements étaient hâtifs et risquent de faire peur à l’investisseur Marsa Maroc car ils ne rentrent pas dans le cadre structurel qu’il faut mettre en place. D’autres, au contraire, estiment que ces signatures (recrutements et renouvellements) sont nécessaires car si le président actuel ne fait rien, il risque d’y avoir un retard par la suite.

Des réalisations discutables

“Deuxièmement, alors que le club était à la 11ème place, soit à à deux places près de jouer le match barrage, nous avons pu finir la saison à la 5ème position. Et sans la malchance, on aurait pu se qualifier pour pour les compétitions africaines”, poursuit Abdallah Birouaine. Mais ce qu’il présente comme “acquis” ici, est fortement critiqué par le public du Raja.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup lui reprochent de considérer la cinquième position comme une réalisation à mettre en avant, surtout que Abdallah Birouaine était le vice-président du comité qui a causé la situation instable en recrutant quatre entraîneurs en quatre mois.

“Troisièmement, on a pu garantir une situation financière saine et une stabilité financière, en quelque sorte”, poursuit l’avocat.

Il enchaîne ensuite avec les points suivants :

-“On a pu préparer un plan de travail pour dépasser la phase d’interdiction en régularisant les dossiers en suspens”.

-“On a travaillé sur la construction d’une nouvelle page professionnelle, en préparant l’activation de la société sportive qui est un projet national et qui vise à améliorer la situation des clubs et du sport, en général, sur le plan national”.

-“On a préparé le terrain pour garantir l’organisation d’une Assemblée générale dans des conditions saines”. Ce dernier point fait également réagir le public Rajaoui qui en interroge la pertinence : comment l’organisation d’une assemblée générale peut être considérée comme une réalisation ?

Neuf engagements principaux

En tout cas, ce sont ces “accomplissements” qui poussent Abdallah Birouaine à se présenter à la présidence du club pour “continuer dans le projet de construction”. Pour ce faire, il s’engage à neuf niveaux :

  1. “Durant 15 jours, nous allons clôturer le chantier de l’équipe A et lui fournir un programme de préparation de haut niveau pour revenir en force et se focaliser sur une nouvelle saison”.
  1. “Nommer une direction sportive et technique à la hauteur des attentes du public”.
  1. “Créer une équipe compétitive et forte une année après l’autre”.
  1. “Suivi de tous les niveaux de formation professionnelle”.
  1. “Continuer le travail pour activer la société sportive qui est un projet d’État”.
  1. “Augmenter et varier les recettes du club avec une moyenne annuelle de 20%, à travers un plan de travail étudié. Il ne manque que son application”.
  1. “Créer un budget pour les investissements structurels pour garantir au club une pérennité et éviter les erreurs des dix dernières années”.
  1. “Investir dans le numérique pour améliorer la gouvernance et améliorer les recettes du club”.
  2. “Enfin, assumer la responsabilité”.

“Hassbane Team”

Alors que les ultras du Raja s’opposent à son retour, Saïd Hassbane n’en démord pas. Il se présente lui aussi à la présidence du Raja et en fait l’annonce à travers une conférence de presse tenue le mardi 1er juillet. Il enchaîne ensuite avec plusieurs sorties médiatiques pour présenter son projet nommé “le Raja pour les Rajaouis”, qu’il définit sur son site web.

“Nous œuvrerons à l’essor de toutes les sections sportives du Raja, y compris le football féminin et le futsal, en bâtissant un modèle économique durable garantissant la stabilité financière et renforçant la place des adhérents et des supporters, piliers du projet de renaissance globale”, explique-t-il sur son site.

En détail, il précise les projets prévus entre 2025 et 2028 :

-Année de fondation : 2025-2026

  • Victoire aux élections et tenue d’une assemblée générale extraordinaire ;
  • Création du partenariat et réception de la première tranche ;
  • Nomination du conseil d’administration et des directeurs exécutifs ;
  • Réglement des dettes urgentes : 80 millions de dirhams. (Ceci est une estimation faite par Saïd Hassbane et son équipe de ce que sera la dette d’ici la prochaine rentrée. Le montant calculée par l’équipe du conseil consultatif du club est de 130 millions de DH).

-Année de croissance : 2026-2027

  • Développement des revenus à travers des contrats de sponsoring et des actifs numériques ;
  • Investissement intensif dans l’académie et le réseau de recrutement ;
  • Construction d’une équipe compétitive pour les compétitions continentales ;
  • Atteinte du point d’équilibre financier.

-Année de domination : 2027-2028

  • Réalisation d’une rentabilité durable ;
  • Promotion de joueurs de l’académie vers l’équipe première ;
  • Vente de contrats de joueurs et génération de revenus supplémentaires ;
  • Consolider la position du club en tant que force dominante.

Ensuite, il prévoit trois grandes étapes entre 2029 et 2035 :

-2029-2031 : Consolidation de la croissance

Renforcement de la durabilité financière et sportive globale

-2032-2033 : Transition vers l’autonomie

Planification du retrait du partenaire et ouverture de nouvelles perspectives d’investissement

-2034-2035 : Consolidation du leadership

Atteindre l’autosuffisance totale et étendre la marque à l’échelle mondiale.

“Welcome to the new Raja”

Jawad Ziyat a officiellement présenté sa candidature le jeudi 26 juin dernier. Le jour-même, il a accordé une interview exclusive à Médias24 dans laquelle il revient non seulement sur son parcours en tant que président des verts, mais aussi sur les coulisses du projet d’activation de la société sportive.

Le travail global a été mené par le conseil consultatif composé des anciens présidents du Raja. Précisément, seule une poignée s’est réellement impliquée dans ce projet de A à Z. Jawad Ziyat en fait partie.

Dans son interview avec Médias24, il dévoile les priorité à mettre en place, s’il est élu. Et ce, dès le 7 juillet.

“Dans toute bonne gestion, il faut assumer la responsabilité et la continuité, y compris de ce qui a été fait auparavant”, indique-t-il.

Quatre priorités ont d’ores et déjà été définies, et nous avons constitué notre équipe. Les personnes qui m’accompagnent dans la liste sont déjà réparties pour prendre en charge ces quatre priorités. La première, c’est la priorité sportive : il faut démarrer la saison en s’assurant que nous disposons des joueurs nécessaires”, poursuit Jawad Ziyat.

“Dans cette priorité, le recrutement d’un directeur sportif est la tâche numéro un. Nous ne pouvons pas gérer un club sans un directeur sportif compétent. J’aime le football, j’y ai joué, mais je ne peux pas m’improviser directeur sportif. Ce recrutement doit donc se faire immédiatement”.

”C’est notre premier axe. Nous avons identifié quelques pistes, dont je ne peux pas encore parler, mais le directeur sportif sera nommé le 7 juillet au soir”.

Selon Jawad Ziyat, “le deuxième axe est juridique. Afin de finaliser l’accord avec notre partenaire institutionnel, il faudra signer un pacte d’actionnaires, une convention d’investissement, et une convention liant la société anonyme à l’association. Ce sont des démarches complexes nécessitant expérience et compétences, que nous avons dans le conseil consultatif”.

Ensuite, “le troisième axe, comme mentionné précédemment, concerne la finance et la comptabilité. À savoir définir les priorités, identifier les dettes à éponger. Toutes les dettes ne seront pas transférées à la société ; par exemple, celles dues par les anciens présidents ou adhérents resteront à la charge de l’association”.

”Enfin, le quatrième axe est organisationnel, avec le recrutement d’un directeur général, d’un directeur financier, la mise en place d’un organigramme, exactement comme pour un nouveau business. Une équipe ou task force spécifique devra s’en occuper. Voilà les quatre chantiers prioritaires. Notre objectif est que, dès août, voire septembre, la société soit pleinement opérationnelle”.

Verdict le 7 juillet…