La foire nationale du câprier fait son retour à Safi avec une nouvelle édition, placée cette année sous le thème Génération Green et la filière du câprier : le rôle de la recherche scientifique dans le développement durable face aux changements climatiques, et qui a réussi à réunir 130 coopératives labellisées venues des 12 régions du Maroc.
Cette 7ᵉ édition représente une vitrine nationale essentielle pour la promotion et la dynamisation de la filière du câprier, dont l’essentiel de la production est actuellement orienté vers l’exportation en raison d’une demande locale encore modeste. Un enjeu parmi d’autres qui confère à cet événement une dimension stratégique.
El Bouari : une production annuelle de 24.000 tonnes de câpres d’ici 2030
Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture, a précisé que cet évènement est un rendez-vous annuel important qui doit être soutenu et encouragé, et qui met en lumière les enjeux économiques, sociaux et environnementaux pour la valorisation de la filière du câpre, tant au niveau régional que national.

C’est aussi l’occasion d’échanger les connaissances scientifiques et techniques entre les producteurs de câprier, les coopératives, les chercheurs et les acteurs économiques, ainsi que d’encourager l’investissement dans ce secteur prometteur et de renforcer sa position en tant que produit agricole distinctif de la province de Safi, a souligné Ahmed El Bouari.
Dans le cadre de la stratégie Génération Green 2020-2030, le ministère a accordé une importance majeure aux chaînes de production régionales à forte valeur ajoutée, dont celle du câprier. Ceci s’est concrétisé par le soutien à la plantation de plus de 4.000 nouveaux hectares ces dernières années, dont 2.000 hectares au niveau de la région de Marrakech-Safi, a ajouté le ministre de l’Agriculture.
À l’occasion de cette 7ᵉ édition, les meilleurs producteurs de câpres ont été honorés. Les premiers prix ont été décernés comme suit :
- Le prix de la meilleure ferme de câpres a été attribué à Fettah Zara de la commune d’Ouled Salmane.
- Le prix du Meilleur produit dans la catégorie « câpres au vinaigre » a récompensé la coopérative Al Khadra de la commune de Sebt Guezoula.
- Le prix du Meilleur produit « câpres au sel » a été décerné à la coopérative Azar de la commune de Khat Azakan.

Le câprier de Safi, une filière prometteuse dans une région affaiblie par la sécheresse
Le câpre fait l’objet d’une forte demande mondiale en raison de ses multiples usages dans les secteurs cosmétiques et médicinaux, mais l’essentiel de la production est destiné à l’utilisation culinaire. Les câpres, avec leur saveur à la fois acidulée et salée, entrent dans la composition de nombreux plats, notamment méditerranéens.
Bien que notre pays ne développe pas son plein potentiel, le Maroc est le premier exportateur mondial de câpres en raison de sa qualité et de son goût unique au monde. Les défis climatiques ont redynamisé l’intérêt pour cette culture résiliente, surtout dans des régions comme Safi, où l’activité agricole a été fortement impactée par la rareté de pluies.
Le câprier est une plante rustique qui résiste aux conditions extrêmes. Elle peut pousser dans diverses régions du Maroc, même à des altitudes de 2.000 mètres.
Comparativement aux autres régions, Khadija Lamsalek, cheffe du service de protection sociale et du recensement à la direction provinciale de l’Agriculture de Safi, souligne que la province dispose d’atouts majeurs pour la culture du câprier.
Première zone de production nationale, Safi contribue à hauteur de 46 % à la production totale, alors qu’elle ne représente que 25 % des superficies cultivées (7.500 hectares sur 31.000 hectares au niveau national).
La culture du câpre à Safi est rationalisée et moderne. La densité de plantation peut atteindre jusqu’à 400 arbres par hectare, comparativement aux câpres sauvages que l’on trouve dans d’autres régions du Maroc, où la densité est très faible, un hectare peut ne contenir que 20 ou 30 arbres, a indiqué Khadija Lamsalek.
À Safi, la méthode de culture de câpres est organisée par ligne, les agriculteurs utilisent des engrais et irriguent les deux premières années jusqu’à ce que le plant soit bien établi. Par la suite, l’irrigation n’est plus nécessaire car la plante s’adapte sans problème.
Cette particularité du câpre de Safi ne se limite pas au plan quantitatif ou aux méthodes, mais est également qualitative. Les câpres de Safi bénéficient d’un label de qualité, l’Indication Géographique Protégée (IGP) : câpres de Safi. C’est la seule IGP dédiée aux câpres au Maroc. Cette distinction s’explique, selon Mme Lamsalek, par trois caractéristiques :
- Couleur : les câpres de Safi conservent toujours leur couleur verte, même après avoir été stockées en fût pendant une longue période ;
- Texture : leurs grains sont d’une dureté remarquable ;
- Goût : elles possèdent une saveur distinctive, d’où notre label de qualité.
Sur l‘impact socio-économique positif du câpre, Lamsalak a précisé que cette filière contribue à une grande dynamique socio-économique aussi bien dans le monde rural que dans la ville :
99 % des personnes travaillant dans ce secteur sont des femmes, des femmes rurales qui travaillent aussi bien aux champs qu’en usine. C’est un nombre considérable, soutenant de nombreuses familles, car le câpre génère 1,5 million de jours de travail par an, a exposé Mme Lamsalek.
À l’image des autres produits du terroir, la création d’une coopérative est une initiative de développement rural qui doit être accompagnée pour réussir le défi de la commercialisation, clé déterminante de la vitalité dans le temps et de la viabilité économique d’une coopérative.
C’est le cas, par exemple, d’une coopérative située à Tlat Bouguedra, près de Safi, que nous avons interrogée. Pour sa première participation à la foire après presque deux ans d’existence, cette coopérative propose des produits diversifiés avec un emballage bien soigné : épices, câpres à base de vinaigre, à l’huile d’olive, sauces piquantes…
Comme toute jeune structure, cette coopérative avec seulement cinq membres affiche un grand optimisme pour l’avenir par ses produits présentés, mais espère un accompagnement qui lui permettra de bien commercialiser ses produits à l’échelle nationale et internationale.
Comment libérer le potentiel de la filière du câprier
Conscient de son rôle dans le développement socio-économique, rôle renforcé par la thématique de cette 7ᵉ édition, l’OCP a présenté trois solutions d’accompagnement dédiées au développement rural de Safi et, plus particulièrement, à la promotion des coopératives, notamment celles de la filière du câprier. Ces solutions émanent de trois de ses filiales : l’UM6P, Act4Community et le programme Al Moutmir.
Déjà opérationnel, Safi’Up est un programme de développement territorial dédié à la province de Safi et porté par le Socio Economic Impact Institute de l’UM6P, et qui se développe actuellement à travers cinq projets à Safi, dont Al Mountija, un projet qui vise l’accompagnement des coopératives féminines dans leur structuration, leur développement et la valorisation de leurs produits.
« Le Safi’Up vise la création d’une dynamique territoriale en mettant l’humain au sein de notre méthodologie, de notre approche, et pour aussi contribuer à la résolution des problématiques socio-économiques de nos cibles », a précisé Mouhcine Soubre, coordinateur du programme Safi’Up de l’UM6P.

À ce jour, l’impact du projet « Al Mountija » est déjà ressenti avec la création de 11 coopératives féminines, dont 4 coopératives dédiées au câpre avec 80 % des bénéficiaires qui ont démarré leurs activités avec leurs propres moyens sur un total de 58 femmes bénéficiaires.
De son côté, Act4Community Safi apporte également son soutien à travers l’appui à l’entrepreneuriat social, en proposant une démarche d’incubation et d’accélération des initiatives entrepreneuriales ainsi qu’un programme d’accompagnement aux coopératives, axé sur le soutien technique et organisationnel.
Afin de répondre au défi épineux de la commercialisation, Act4community a récemment développé une plateforme en ligne afin d’offrir à ces coopératives, notamment du câprier, un espace de commercialisation digital, un accompagnement de proximité et de coaching pour développer et accélérer le développement du business des coopératives engagées.
Aujourd’hui, cette plateforme compte 23 coopératives intégrées dans cette structure.
« L’objectif, c’est d’élargir la cible et de rendre cette plateforme une plateforme leader de commercialisation à l’échelle nationale dans l’économie sociale et solidaire en coordination avec les institutions concernées », a expliqué Abdellah Aangri, président d’Act4Community de Safi.
De son rôle de soutenir l’agriculture durable, Al Moutmir offre un ensemble de services aux agriculteurs d’une manière qui est gratuite, dont les analyses de sol, le programme de semis direct, les communautés de pratiques, les programmes de formations, l’accompagnement technique direct et indirect (via des applications dont @tmar).
« Pour que l’agriculteur croie à tout ce qui est scientifique, il doit le voir », a mentionné Ikram Tabiti, ingénieur agronome d’Al Moutmir.
En matière d’accompagnement technique, dont celui du câprier, Al Moutmir offre un itinéraire technique qui est adapté et personnalisé pour chaque cas à part.
Grâce à ces initiatives OCP, la filière câprière qui représente un double avantage, à la fois résistante à la sécheresse et à forte valeur ajoutée, bénéficie d’un accompagnement complet. De la production à la commercialisation, cette approche intégrée créera un impact socio-économique transformateur pour toute la région de Safi.