Le journal décrit un régime qui se sent désormais « assiégé par des forces hostiles », luttant pour maintenir sa ligne politique historique face à un environnement nord-africain et international en pleine mutation.

« De son rival marocain à ses relations dégradées avec la France, en passant par une nouvelle hostilité avec les Émirats arabes unis, Alger fait face à une tempête parfaite qui teste les fondements mêmes de sa politique étrangère ».

L’épicentre de cet isolement diplomatique reste le dossier du Sahara marocain, pierre angulaire de la diplomatie algérienne. Le Financial Times souligne que la récente décision du Royaume-Uni de soutenir le plan d’autonomie marocain a été un revers majeur. Cité par le journal, Riccardo Fabiani de l’International Crisis Group qualifie ce développement de « très mauvais » pour Alger. Le message est clair : avec les États-Unis et la France, trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU sont désormais alignés sur la position marocaine.

Alors qu’Alger considère le soutien au polisario comme étant « au cœur du droit international et de la politique algérienne ». C’est une cause que tous les Algériens soutiennent, a déclaré Raouf Farrah, chercheur algérien. Cette posture, source de « fierté » et de légitimité pour le régime, est perçue sur la scène internationale comme « anachronique et rigide » dans un monde où les alliances sont devenues extrêmement « transactionnelles« .

Parallèlement, la relation historiquement complexe avec l’ancienne puissance coloniale a atteint un point de rupture. Selon le Financial Times, le tournant fut la décision du président Emmanuel Macron, en juillet 2024, de se rapprocher du Maroc. Perçu comme une « trahison » par Alger, ce changement a déclenché une cascade de réactions : le rappel de l’ambassadeur algérien, l’annulation d’une visite d’État et la cessation de toute coopération en matière de sécurité et de migration.

Le conflit s’est envenimé autour de dossiers sensibles, comme l’incarcération de l’écrivain Boualem Sansal ou le refus d’Alger de reprendre ses ressortissants en situation irrégulière, une situation qui a provoqué une crise politique en France. Selon l’ancien ambassadeur Xavier Driencourt cité par le journal, cette crise est « très puissante, sérieuse, et sera, je crois, durable », marquant la fin d’une ère.

Plus surprenante encore est la montée d’une rivalité acrimonieuse avec les Émirats arabes unis, formant avec Israël une nouvelle tenaille stratégique. Le Financial Times détaille comment la politique étrangère assertive d’Abu Dhabi, alliée au Maroc dans le cadre des Accords d’Abraham, est vue comme une menace directe.

La coopération militaire israélo-marocaine et le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, soutenu par les EAU (par une promesse de financement de l’ordre de 25 milliards de dollars), inquiètent Alger sur les plans sécuritaire et économique. Cette tension a explosé lorsque la télévision d’État algérienne a fustigé les Émirats, les qualifiant d' »État fantoche artificiel » et d' »usine à division et à mal », qui a « vendu son honneur aux tueurs d’enfants ».

En conclusion, l’analyse du Financial Times révèle une Algérie prise dans un étau. Sa diplomatie, fondée sur des principes post-coloniaux, se heurte de plein fouet à un nouvel ordre régional pragmatique et impitoyable. Prise entre un rival marocain renforcé, une France distante et un axe EAU-Israël menaçant, l’Algérie fait face à un défi existentiel qui remet en question les piliers de sa politique étrangère et, potentiellement, la stabilité même de son régime.