Élection au bout de la nuit. C’est ainsi que l’on pourrait résumer l’assemblée générale marathon, qui s’est achevée ce mardi à 1 h 30 du matin par l’élection de Jawad Ziyat à la présidence de l’Association du Raja Club Athletic. 

Entamée la veille, cette AG ordinaire élective a duré plus de huit heures et a été suivie par plus de 5 millions de personnes sur les plateformes de diffusion. Un record à la hauteur de l’événement. 

Une chose est sûre : l’assemblée générale du 7 juillet 2025 restera comme l’une des plus décisives dans l’histoire du club. Il y a eu des tensions, des discours enflammés, des joutes verbales, des alliances de dernière minute et certainement quelques trahisons.

Mais au final, un seul nom s’est dégagé des urnes : Jawad Ziyat. Son retour aux commandes, cinq ans après sa démission, marque un tournant au sein du Raja et un pari sur un avenir meilleur.

Pourtant, tout avait mal commencé. 

Prévue à 16 h dans un hôtel à Casablanca, l’AG a débuté avec près de deux heures de retard, provoquant l’ire des adhérents. En cause : une réunion d’urgence entre les trois candidats (Saïd Hasbane, Abdellah Birouaine et Jawad Ziyat) et Abdeslam Belegchour, président de la Ligue nationale de football professionnelle (LNFP), présent pour superviser l’AG.

Des noms avaient été ajoutés à la liste des adhérents, débouchant sur des réserves immédiates. Face à la tension grandissante, Belegchour a convoqué les trois candidats dans une salle à part. À l’issue de cette réunion à huis clos, le président de la LNFP affirme que “la liste finale est arrêtée à 160 membres. Aucun ajout ne s’est fait sans fondement réglementaire”.

Un apaisement de façade. La salle reste tendue. Les discussions informelles reprennent dans les couloirs. L’odeur de règlement de comptes flotte dans l’air. Une fois la liste arrêtée, l’assemblée démarre enfin. Très vite, les rapports moral et financier sont présentés. Et très vite, la tension monte de nouveau.

Si le rapport moral est adopté sans incident majeur, le rapport financier déclenche une vive vague de contestation. Plusieurs adhérents montent au créneau pour dénoncer des anomalies et un manque flagrant de transparence. « On doit savoir où est passé l’argent du Raja », vocifèrent-ils à l’unisson.

Parmi les sujets les plus sensibles : des contrats de sponsoring suspects, une dépréciation inexpliquée de la caisse, et surtout, le flou total autour de la billetterie et du partenariat avec Guichet.ma.

Selon les explications de l’équipe dirigeante, Guichet.ma ne fournit pas le détail des ventes de billets, mais seulement une estimation globale de ce qu’il doit reverser au Raja. Un système qui choque une partie de l’audience. Autre point sensible, les billets réservés aux Ultras.

Le prestataire allouait un quota de billets au club, qui les remettait ensuite aux groupes de supporters. En retour, les Ultras versent l’argent sur un compte du club. Mais impossible de vérifier combien de billets ont été remis, ni si les montants versés correspondent.

Face à la pression, Abdellah Birouaine assure que “ces pratiques feront bientôt partie du passé. Nous envisageons de rompre le contrat avec le prestataire actuel et je suis en discussion avancée avec la Société nationale de réalisation et de gestion des équipements sportifs (Sonarges) ». 

Et d’ajouter : “J’ai proposé qu’elle reçoive 5% des revenus de la billetterie, en échange de quoi elle prendrait en charge l’intégralité de la logistique : nettoyage, sécurité, organisation. Mais c’est au président qui sera élu de poursuivre ces négociations”. 

Les critiques ne s’estompent pas pour autant. Surtout lorsque l’auditeur chargé de valider les comptes du rapport financier prend la parole et lâche une phrase qui fait l’effet d’une déflagration. « Le système d’information et les procédures de contrôle interne en vigueur, relatifs aux opérations de dépenses et recettes, sont insuffisamment fiables pour nous permettre de nous assurer de l’exhaustivité et de la réalité des produits et des charges enregistrés dans le compte du club au 30 avril”.

Un rapport financier aux multiples zones d’ombre

Silence. Malaise. L’onde de choc est palpable. Plusieurs adhérents n’en démordent pas. “Cette remarque détruit l’ensemble du rapport financier qui est présenté”, lâche l’un d’entre eux. Malgré de nombreuses réserves, le rapport financier n’est pas amené à être contesté ou approuvé par les adhérents. Il est ce qu’il est. Ni plus ni moins. 

Un non-sens pour un adhérent, qui considère de tels agissements comme relevant du pénal. Ce à quoi Birouaine a répondu en invitant son interlocuteur à déposer plainte auprès du procureur. Un autre point a fait tiquer les adhérents : un nouvel épisode tendu autour du sponsoring du Raja Futsal.

Un adhérent a interpellé le comité : “L’argent a-t-il été versé ? Et pourquoi ce montant n’apparaît-il pas dans le rapport ?”. Le comité a rétorqué en signalant que les comptes étaient arrêtés au 30 avril, et que la somme concernée aurait été ou sera perçue après cette date.

Une explication jugée insuffisante par plusieurs adhérents. Mais là encore, ils étaient impuissants. A contrario, ils n’ont pas hésité à exprimer leur refus catégorique concernant l’adhésion d’un nouvel adhérent. La salle s’est enflammée avant que l’AG ne soit suspendue pendant de longues minutes.

L’activation de la société sportive et le projet avec Marsa Maroc votés à l’unanimité

Quand elle reprend, la majorité rejette finalement la candidature de la personne en question. Juste avant de passer au vote pour la présidence, un autre moment fort a marqué cette soirée. Les 143 adhérents présents ont voté à l’unanimité en faveur de l’activation de la Société Raja SA.

Un vote qui symbolise l’entrée du Raja dans une nouvelle ère de gestion, avec une séparation claire entre la sphère associative et l’entité commerciale à venir. Peu après, le comité présidé par Abdellah Birouaine a annoncé sa démission, comme le veut la procédure avant le lancement du scrutin.

Un moment accueilli par des applaudissements respectueux, malgré les critiques exprimées plus tôt dans la soirée. Une manière de clore une page et d’en ouvrir une autre. Il est près de 23 h 30 lorsque le premier tour du vote présidentiel est lancé. 143 votants déposent leur bulletin, un par un. Les résultats tombent une heure plus tard :

– Jawad Ziyat : 67 voix ; 

– Abdellah Birouaine : 40 voix ;

– Saïd Hasbane : 34 voix ;

– 2 bulletins annulés.

Aucun des trois candidats n’atteint la majorité absolue. À savoir, 50% des voix plus une voix. Un second tour est inévitable, sans Saïd Hasbane, éliminé de la course à ce stade. Les tractations reprennent au cours d’une pause qui a duré près d’une heure.

Vers 00 h 45, le second tour est lancé, avec 134 votants cette fois. L’ambiance est tendue. L’attente dure près d’une heure. À 1 h 30 du matin, Jawad Ziyat est déclaré président de l’association Raja Club Athletic, avec 91 voix contre 43 pour Abdellah Birouaine.

Le nouveau président monte sur l’estrade sous les applaudissements nourris d’une partie de la salle. Jawad Ziyat s’exprime brièvement, d’une voix posée, à la fois heureux et éprouvé après une si longue soirée.  »C’est une nouvelle ère pour le Raja Club Athletic, où le succès sera constant. Et je vous promets de placer le Raja sur le podium africain pour très longtemps ». Une promesse qui en dit long sur les ambitions du nouveau président.