Après la publication au Bulletin officiel de la loi 80-14 visant à réglementer et à élargir le spectre des établissements touristiques, la ministre du Tourisme nous a révélé lors d’un précédent article qu’un arrêté complémentaire portant sur les formes d’hébergements non répertoriés était en cours de préparation pour intégrer les locations de type Airbnb qui échappent à tout classement.
Sachant que le secteur informel des meublés ne cesse de prendre des parts de marché aux hôteliers classiques, cette évolution va constituer un apport précieux en termes d’équité qualitative et fiscale, révèle à Medias24 une source proche du dossier dont l’analyse nous a été confirmée par un grand opérateur spécialisé en locations de meublés.
L’intégration de l’hébergement non répertorié va constituer un tournant majeur
Cette formalisation, qui se fera à travers un nouveau classement comportant les mêmes critères qualitatifs pour toutes les formes d’hébergement, vise à intégrer dans un cadre législatif les appartements en location de courte durée, les maisons d’hôtes, les riads… Une mesure qui va représenter un tournant majeur pour l’industrie du tourisme.
« Au regard de la dynamique haussière du tourisme, les hébergeurs qui n’ont pas la capacité d’investir pour satisfaire les conditions nécessaires au classement de leur bien immobilier en hébergement de type hôtelier, sont nombreux à se féliciter de l’évolution future de la loi 80-14 qui comportera un arrêté relatif à leurs établissements », explique notre interlocuteur en ajoutant qu’il faudra deux ans pour faire disparaître l’essentiel des logements informels.
Face à l’attractivité croissante du secteur des hébergements classés ou non répertoriés dans les statistiques du ministère, la plupart des opérateurs informels qui proposent une offre locative, via le canal digital, pourront entrer dans le secteur formel grâce au futur cadre réglementaire de la loi 80-14 qui sera mis en œuvre progressivement.
Si le Maroc a officiellement accueilli 17,4 millions de visiteurs et réalisé 28 millions de nuitées en 2024, notre interlocuteur avance qu’en réalité, les vrais chiffres sont largement sous-estimés du fait de la fréquentation informelle qui n’est pas du tout comptabilisée.
Sécuriser la clientèle du secteur locatif
Tout en rappelant que la lourdeur administrative qui imposait de lourds investissements pour faire classer les hébergements a facilité l’explosion de l’informel, il pense que la formalisation va renforcer la sécurité du secteur locatif.
La comptabilisation des clients non répertoriés permettra en effet de valoriser la fréquentation nationale et étrangère, sous-estimée à cause d’un secteur informel dont le nombre de nuitées n’était pas chiffré du fait de l’absence de relevé quotidien.
Renflouer les caisses de l’État et booster la fréquentation internationale
“Sachant que ces clients bénéficient des services de la commune où est située leur location et que l’État dépense beaucoup d’argent en termes de promotion touristique à l’international, le passage au secteur formel s’impose par conséquent pour qu’ils contribuent à l’image de ceux des hôtels traditionnels qui s’acquittent de plusieurs taxes.
Ainsi, la régularisation prochaine des hébergements informels contribuera à mettre en place une concurrence plus équitable et à renforcer l’équité en soumettant tous les acteurs aux mêmes obligations fiscales et réglementaires.
Ouvrant la voie à une régularisation massive du secteur de l’informel, l’arrêté en question devrait permettre d’une part de renforcer les caisses de l’État mais aussi d’accentuer la visibilité internationale du secteur touristique.
En intégrant ces hébergements auparavant non recensés dans un cadre soumis à des règles rassurantes pour les voyageurs, le Maroc pourra afficher une capacité d’accueil plus représentative et in fine renforcer sa fréquentation internationale sur les marchés émetteurs étrangers aussi bien classiques qu’émergents.
Intégrer les 20% de la capacité litière informelle
Citant l’exemple de la locomotive nationale du tourisme en termes de fréquentation qu’est Marrakech, notre interlocuteur tient à rappeler que la ville ocre abrite la plus grande capacité litière du pays avec 80.000 lits classés sur 400.000 au niveau national et environ 30.000 lits informels, soit près de 30% non déclarés de sa capacité locale.
Une précision importante qui distingue Marrakech des autres destinations du Maroc, qui, tout en étant impactées par le secteur de l’informel, comptent beaucoup moins de logements informels.
Tout en rappelant qu’il n’existe pas de statistiques fiables pour chiffrer le nombre des hébergements informels qui doivent être régularisés, notre interlocuteur déclare que la profession estime leur capacité litière à environ 20% du parc global hôtelier (400.000 lits) soit environ 80.000 lits non déclarés au niveau national.
Sachant que les opérateurs concernés disposent d’un délai de 24 mois pour se conformer aux nouvelles normes, la publication prochaine de l’arrêté ministériel ouvrira la voie d’ici 2027 à un recensement plus juste du parc national.
La formalisation va générer une croissance annuelle de 10% des nuitées à partir de 2027
« Lors de sa mise en œuvre prévue dans deux ans, le secteur devrait réaliser une croissance supplémentaire des nuitées annuelles d’environ 10% », prévoit notre source en excluant cependant toute hausse mécanique des arrivées qui sont comptabilisées aux postes-frontières et pas dans les établissements touristiques.
Qualifiant de salutaire le nouveau système de classement des logements locatifs, incluant des audits réguliers avec des visites mystères se basant sur des centaines de critères qualitatifs, notre interlocuteur ajoute que l’uniformisation des évaluations des établissements touristiques va encourager une amélioration de la qualité des prestations d’hébergement, ce qui pourra prolonger la durée moyenne de séjour.