Ministre de l’Habitat, maire de Marrakech et dirigeante de l’une des trois plus grandes formations politiques du Maroc (PAM), le moins que l’on puisse dire est que Fatima Ezzahra El Mansouri ne chôme pas. Deux ans avant les élections municipales, la présidente revient sur son deuxième mandat à la tête de la ville ocre et sur les perspectives ouvertes par son bilan pour une éventuelle reconduction en 2027.
Médias24 : En termes de résultats concrets, quelle différence peut-on faire entre votre premier mandat de présidente du conseil communal de Marrakech et le second depuis 2021 ?
Fatima Ezzahra El Mansouri : Si je devais résumer, le contraste est saisissant car en 2009, le conseil de notre ville a hérité d’une commune confrontée à de grandes difficultés financières et administratives.
Et pour cause, les finances étaient dans le rouge, le budget était déficitaire de 95 millions de DH tandis que la dette dépassait plus de 1,45 milliard de DH. Sans compter une organisation interne qui manquait de cohérence et qui nécessitait de devoir repartir sur des bases solides.
Dès l’élection de ce conseil, nous avons donc enclenché un travail de fond en mettant en place un plan de redressement rigoureux. Ce dernier s’est décliné à travers des actions concrètes visant à résorber le déficit budgétaire, à mettre en place un audit RH et un organigramme structuré. Ces actions ont permis d’adopter un contrôle de gestion moderne, digne d’une grande ville comme Marrakech.
En parallèle, nous avons programmé de nombreux projets structurants ciblant la rocade urbaine, le réaménagement du Mellah, le Théâtre Royal, la bibliothèque municipale, ou encore la Cité des arts populaires.
Ces chantiers, initiés avec ambition, lors de mon premier mandat, ont été poursuivis et concrétisés lors de mon second mandat. À titre d’exemple, le projet du Pôle Citoyen de Mhamid a été conçu dès le premier mandat comme un espace intégré de proximité.
Aujourd’hui, il est opérationnel et met à la disposition des Marrakchis des guichets administratifs, un accompagnement social, des équipements sportifs et culturels ainsi qu’une offre de services publics cohérente et moderne.
Nous avons mobilisé plus de 15 milliards de DH à travers 423 projets, dont 286 sont déjà achevés ou en cours de réalisation
Au niveau d’Alhadira Almotajadida, ce travail de stabilisation a posé les fondations de ce que nous vivons aujourd’hui. D’ailleurs, depuis 2021, le conseil a franchi un cap en matière de gouvernance.
Nous avons en effet mobilisé plus de 15 MMDH à travers 423 projets, dont 286 sont déjà achevés ou en cours de réalisation. Le taux d’avancement physique des travaux s’élève à 67,6%. Le mode de gestion a aussi évolué. Nous avons transformé l’approche de gestion à travers la digitalisation des services (plateforme جماعتي, SIG, Big Data), la programmation triennale des investissements ainsi que l’établissement du PAC.
En définitive, le conseil de la ville est passé d’un système fragile à une gouvernance résolument moderne et orientée résultats. J’aimerais insister sur le fait que ce second mandat est surtout marqué par une gouvernance ouverte, numérique et tournée vers l’infrastructure. Là où le premier mandat visait la stabilisation, le second incarne la transformation profonde et visible du territoire.
– Y a-t-il des projets programmés lors de votre premier mandat qui ont pu être menés à terme ?
– Oui, et c’est ce dont je suis particulièrement fière, car il y a eu une vraie continuité dans notre action.
J’ai pu finaliser des projets structurants : la rocade urbaine et la rocade interne, le réaménagement du Mellah, le Théâtre Royal, la bibliothèque municipale, la Cité des arts populaires, Ghabat Chabab, Nzaha Moulay El Hassan. Ajoutons à cela, la mise en service de 28 équipements à vocation culturelle, sociale et sportive. Figure également, dans ce palmarès, le pôle Citoyen de Mhamid, cité auparavant, offrant un véritable service intégré aux citoyens. Ce projet illustre notre capacité à construire sur le long terme.
– Quels sont les grands projets d’infrastructure lancés sous votre second mandat qui ont abouti ?
– Il y a eu beaucoup de réalisations parmi lesquelles figurent la mise en place de 56 km de routes structurantes, le réaménagement de 27 carrefours stratégiques, l’achèvement de 6 parkings d’une capacité totale de 1.599 véhicules, l’installation de 738 caméras de surveillance pour renforcer la sécurité. Trois grands parcs urbains ont également été développés.
Nous avons beaucoup travaillé pour améliorer l’accueil et l’image de la ville de Marrakech, aussi bien auprès des locaux que des touristes
En réalité, c’est toute la physionomie de la ville qui a évolué. Le conseil de la ville poursuit sereinement l’achèvement des autres chantiers lancés. Le taux d’avancement global est estimé à 67,6% sur le plan physique et à 45,6% sur le plan financier.
– Quid des nouveaux services offerts aux administrés depuis 2021 ?
– L’un des grands changements que j’ai enclenchés est la digitalisation. En effet, nous avons modernisé l’offre de services offerts aux citoyens grâce à la digitalisation des actes d’état civil, des permis de construire, de la plateforme Jamaâti جماعتي, du portail citoyen, de l’application mobile et service de géolocalisation des projets, et j’en passe.
Nous avons également reconstruit un centre de santé de proximité, un centre vétérinaire pour animaux errants, modernisé les cimetières… Par ailleurs, le système de nettoiement urbain a été revu avec une fréquence renforcée, un contrôle par GPS et une gestion numérique des anomalies.
– Qu’avez-vous apporté de concret aux opérateurs et aux visiteurs aussi bien locaux qu’étrangers ?
– Nous avons beaucoup travaillé pour améliorer l’accueil et l’image de la ville de Marrakech, aussi bien auprès des locaux que des touristes. Un ensemble cohérent de services ont été mis en place afin de rendre Marrakech plus agréable à vivre et plus attractive à visiter.
Citons à cet égard, la mise à niveau de l’éclairage public, le nettoiement, les espaces verts, la signalisation, la participation à la mise en valeur de la médina, le réaménagement de la place Jemaa El Fna, la création de circuits touristiques, le réaménagement du Guéliz, l’installation de plus de 700 caméras de surveillance dans les zones sensibles, l’animation de la ville (festivals de music, cinéma, théâtre, danse, marathon, compétitions sportives…) , la valorisation du patrimoine (le silo à grains) ou encore la requalification de places comme Riad Laarouss et Bab Lakhmiss.
– Trouvez-vous le temps d’organiser des réunions avec les habitants ?
– Bien évidemment, car l’écoute citoyenne est au cœur de mon approche d’échange participatif.
À ce propos, j’ai veillé à organiser dix ateliers sectoriels participatifs, un forum de diagnostic partagé, et j’ai mis en place des commissions permanentes auxquelles les citoyens peuvent participer. À cela s’ajoute notre plateforme en ligne qui permet à chacun de suivre les projets, de proposer des idées et de déposer des réclamations, car on ne peut pas construire une ville sans écouter ceux qui y vivent.
– Quel a été votre apport pour limiter la forte pollution urbaine ?
– Le conseil de la ville a privilégié l’usage d’eaux usées traitées pour l’arrosage des espaces verts, (17 km d’irrigation primaire et 100 km d’irrigation secondaire), planté 15.000 arbres, aménagé 15 hectares d’espaces verts, requalifié plusieurs décharges et modernisé la collecte des déchets.
De plus, l’instauration d’un système numérique pour signaler les infractions environnementales ainsi que la mise en place de parcs urbains ont indéniablement contribué à réduire l’empreinte carbone (forêt urbaine, esplanade Targa, Nzaha My El Hassan, irrigation Ghabat Chabab…).
C’est de cette manière que nous contribuons à améliorer la qualité de l’air, tout en offrant de nouveaux espaces de vie aux Marrakchis.
– Qu’en est-il de la fluidification de la mobilité et du transport urbain public ?
– Pour résumer, la mobilité urbaine a été repensée de manière globale. Ainsi, le conseil de la ville a réalisé 56 km d’axes routiers structurants et intégrés, réaménagé 27 carrefours intelligents et construit 6 parkings urbains, (1.599 places). Par ailleurs, deux parking sont en cours de réalisation (Harti et Arset Lamaâch), et deux autres en projet (Antaki et Arset Bouachrine).
Au centre-ville, j’ai lancé le projet BHNS pour un transport rapide et propre, et intégré les pistes cyclables à notre plan de mobilité. La sécurité routière a été renforcée et plusieurs projets sont en cours pour fluidifier les déplacements et améliorer les conditions de circulation.
– Que va apporter la nouvelle gare ferroviaire connectée à la LGV ?
– Un véritable changement, sachant que la future gare LGV permettra à Marrakech d’être reliée au réseau à grande vitesse et donc à toutes les autres grandes villes du Royaume.
Structurante pour les décennies à venir, cette infrastructure facilitera en effet le tourisme, le transport de marchandises, et stimulera l’économie locale, tout en plaçant la ville dans une dynamique de mobilité durable et moderne.
– Quels sont vos rapports avec les élus de l’opposition ?
– Au sein du conseil communal de Marrakech, nous entretenons des relations institutionnelles basées sur l’écoute et le respect mutuel. Les élus de l’opposition participent aux commissions, aux réunions du conseil, et contribuent à la prise de décision dans un esprit de concertation.
Pour la première fois, toute la ville de Marrakech est couverte par des documents d’urbanisme homologués ou à effet juridique
Tout cela pour dire que dialogue existe, même si les visions peuvent différer.
– Que vous reste-t-il à accomplir avant la prochaine élection municipale ?
– Nous avons plusieurs projets à achever, notamment ceux de la généralisation de la couverture verte, la finalisation des infrastructures du BHNS, l’amélioration de la mobilité, l’animation de la ville et le renforcement de l’inclusion sociale et l’amélioration continue des services publics.
Sans oublier un projet qui me tient à cœur, à savoir le réaménagement et la valorisation de Bab Doukkala.
– En quoi votre rôle de ministre de l’Habitat a-t-il été utile pour réguler l’immobilier à Marrakech ?
– Partant du constat que Marrakech est aujourd’hui l’une des villes les plus dynamiques du Royaume, sa croissance urbaine, démographique et économique, combinée à une forte attractivité touristique, en fait un pôle stratégique pour le développement immobilier.
Dans ce cadre, mon ministère a agi sur plusieurs leviers concrets. Premièrement, nous avons impulsé une planification urbaine opérationnelle, renouvelée et incitative, fondée sur un nouveau règlement d’aménagement à la fois souple et résilient. Résultat : pour la première fois, toute la ville de Marrakech est couverte par des documents d’urbanisme homologués ou à effet juridique.
Ainsi, depuis octobre 2021 à juin 2025, vingt-cinq documents d’urbanisme ont été homologués, couvrant l’intégralité de la ville. Sur ce total, figurent cinq plans d’aménagement et un plan opposable (Marrakech Ouest). Cette avancée majeure crée une base juridique solide pour la régulation du marché et encourage l’investissement.
Rien qu’en 2025, 74 grands projets ont été réexaminés, générant plus de 902 millions de DH d’investissements et 10.000 emplois
Deuxièmement, nous avons renforcé la gestion urbaine durable et simplifié les procédures. Rien qu’en 2025, 74 grands projets ont été réexaminés, générant plus de 902 MDH d’investissements et 10.000 emplois. Par ailleurs, grâce à la loi 55-19, les délais d’instruction ont chuté à 1 jour pour les petits projets et à 4,2 jours pour les grands.
En parallèle, dans le cadre du programme complémentaire 2024-2028 pour l’éradication définitive des bidonvilles, lancé par le gouvernement, Marrakech est concernée par 30.000 ménages qui seront définitivement relogés dans des appartements réalisés par des promoteurs immobiliers, dans le cadre de partenariats public-privé (PPP). Ce programme structurant améliorera significativement le cadre de vie des populations concernées, tout en valorisant l’image urbaine de la ville et en libérant un foncier précieux pour de nouveaux projets de développement.
Ces efforts conjoints ont instauré un climat de confiance, favorisant un meilleur climat des affaires : +29% de demandes d’autorisation, +12,7% d’avis favorables, +124% des montants encaissés pour les services d’instruction, par rapport à la même période en 2024.
La régulation du secteur immobilier à Marrakech est un chantier permanent. Notre ambition est de construire un marché équilibré, inclusif et encadré, à l’image des aspirations légitimes des citoyens et des attentes des acteurs économiques.
– Comment se prémunir contre les enrichissements délictueux dans l’urbanisme ?
– Par la transparence et la traçabilité. Nous avons généralisé les documents d’urbanisme et la dématérialisation des autorisations. Nous avons également instauré un système de suivi transparent et responsabilisé chaque acteur. C’est un chantier important pour restaurer la confiance.
– Selon vous, les femmes sont-elles moins sensibles à la corruption que les hommes ?
– Je ne pense pas que ce soit une question de genre, car l’intégrité est une valeur personnelle et institutionnelle.
Ce qui compte véritablement, ce sont les mécanismes de contrôle, la transparence et la culture de la responsabilité que nous avons instaurés à tous les niveaux.
– Que faites-vous contre le blanchiment d’argent sale dans l’immobilier à Marrakech ?
– Nous avons renforcé la transparence foncière et digitalisé les opérations de gestion urbaine.
L’intégrité n’est pas une question de genre, c’est une valeur personnelle et institutionnelle
Par ailleurs, nous collaborons étroitement avec les autorités compétentes pour signaler toute anomalie. Le dispositif mis en place réduit significativement les risques de blanchiment.
– Avez-vous conservé la gestion directe des marchés publics et des autorisations ?
– Bien au contraire, j’ai justement fait le choix de déléguer les pouvoirs plutôt que de tout centraliser.
Cette délégation permet un meilleur suivi, une plus grande réactivité et une responsabilisation claire des services. Nous avons encadré la gestion des marchés publics et des autorisations avec des procédures normalisées, des outils numériques et un suivi interne rigoureux.
C’est par conséquent une manière de faire confiance, tout en gardant une maîtrise du pilotage.
– Peut-on être vraiment efficient en cumulant ville, ministère et responsabilité politique ?
– J’avoue que c’est un défi important, mais j’ai su construire une équipe solide et déléguer de façon efficiente.
Cette complémentarité permet d’avoir une vision transversale des enjeux, de mobiliser les ressources, d’accélérer les chantiers structurants et d’assurer une cohérence d’ensemble.
– Quels sont les chantiers à venir d’ici 2030 ?
– Nous poursuivons les projets de mobilité (BHNS, routes), de transition écologique (forêts urbaines, irrigation), de sport (complexes), de culture (bibliothèques, théâtre), de digitalisation des services, de sécurité et de soutien à l’économie locale. Ce sont autant de leviers pour inscrire Marrakech dans la dynamique du Maroc 2030.
– Qu’avez-vous prévu pour la CAN 2025 et le Mondial 2030 ?
– Nous préparons activement les infrastructures sportives, les accès, la signalisation, l’accueil touristique, la sécurité et la propreté urbaine. Ces événements sont une opportunité de renforcer l’image de Marrakech à l’échelle mondiale.
– Deux ans avant le prochain scrutin municipal, comptez-vous vous représenter en 2027 ?
– Pour l’instant, ma seule priorité est de réussir le programme en cours.
Toute décision concernant une candidature sera prise en temps voulu, selon l’évaluation des résultats obtenus et, bien évidemment, la confiance des citoyens.