Cet événement a réuni le ministre en charge du Travail ainsi que des représentants de quatre syndicats représentatifs, dont la CDT.

Prenant la parole en ouverture, Younes Sekkouri a exposé sa vision de la réforme du Code du travail. Selon lui, il s’agit de mener une réforme en phase avec les mutations profondes que connaît le monde du travail, tout en mettant en place un projet de société. L’objectif : répondre aux besoins réels de la société marocaine dans son ensemble, et non à ceux d’une élite.

La dimension sociétale du Code du travail

L’intervention du ministre était divisée en trois parties, évoquant trois sujets complémentaires. Le premier a trait à la dimension sociétale du Code du travail.

« Parmi nous, beaucoup regardent les employeurs comme étant des pourvoyeurs d’emplois, mais il s’agit d’une vision tronquée du sujet », a souligné Younes Sekkouri.

« Les employeurs sont, certes, des créateurs d’emplois, mais ce sont surtout des structures qui vont aider, à l’échelle d’une société, à faire bouger les normes sociales ».

« C’est très simple. Nous passons l’essentiel de notre temps au travail, ou en relation avec le travail, pour ceux qui travaillent. Ne pas prendre en considération cette réalité et penser que les changements au niveau des sociétés vont venir d’une mobilisation le week-end, c’est donc se tromper. C’est le point de départ de cette réforme, et c’est ce qui justifie, pour le gouvernement avec les partenaires sociaux, d’inscrire la révision du Code du travail, ne serait-ce que partiellement, au cœur du dialogue social ».

« Le dernier round de ce dialogue social, tenu en avril dernier, a officialisé cet engagement, et c’est la raison pour laquelle nous démarrons les débats sur le sujet dans l’enceinte officielle du dialogue social avec les syndicats les plus représentatifs. Le dialogue s’élargira lorsqu’on arrivera au Parlement ».

« La réforme du Code du travail doit être traitée lors du mandat actuel »

Le second sujet évoqué par Younes Sekkouri est relatif aux nouvelles dynamiques de la société. « Quand on parle de travail à distance, à temps partiel ou encore dans des plateformes numériques, ce sont de nouveaux phénomènes spécifiques aux générations Z et Alpha, et on ne peut ignorer cette marche de la société, ce besoin, et cette écoute que les décideurs, qu’ils soient politiques ou acteurs économiques et sociaux, doivent déployer auprès de la population ».

« C’est un sujet qui aurait pu attendre un autre mandat gouvernemental, mais avec la sagesse collective, nous avons estimé qu’il allait falloir le traiter dans ce mandat ».

« On remarque dans plusieurs pays que l’un des principaux fléaux de notre époque est le fait de ne pas pouvoir vivre dans le présent, parce qu’on n’en a pas les moyens. Tout le monde vit dans le futur, prépare des choses, et passe donc à côté du présent ».

Pour vivre dans le présent, il faut être libre, mais vous êtes prisonnier d’emplois du temps chargés

« Pour vivre dans le présent, il faut être libre. Or, vous êtes prisonnier d’emplois du temps chargés, vous n’arrivez pas à vous extraire de votre journée, à donner une direction à votre vie, et à faire des choix dans votre travail, parce que le modèle économique qui régit le travail aujourd’hui ne le permet pas. Vous ne le sentez pas en début de carrière, mais au bout de quinze ans de travail, cette sensation commence à peser ».

« L’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée est de plus en plus saillant. Ceci se répercute sur la qualité du temps qu’on accorde à nos enfants lorsqu’on en a, à nos parents s’ils sont encore en vie, et aux liens sociaux qui font l’unicité du modèle marocain ».

« On ne peut pas se permettre dans un pays comme le nôtre de faire comme si ce besoin n’était pas là. Je ne dis pas que la société doit choisir une ligne. Je dis qu’il faut plutôt donner le choix à ceux qui veulent en faire ».

« Ce Code du travail doit donc apporter des réponses claires en matière de compétitivité et de performance pour l’entreprise nationale qui doit le respecter aussi ».

« Le Code du travail doit ramener de la dignité »

Le troisième sujet évoqué par le ministre a trait au volet social. « Le Code du travail doit ramener de la dignité. Les amendes que nous avons aujourd’hui lorsque le SMIG n’est pas payé varient entre 300 et 500 DH dans une entreprise qui emploie 50 personnes. Si l’on fait le calcul, il s’agit d’une amende de 25.000 DH, alors que le plafond est fixé à 20.000 DH ».

« Cela signifie que le maximum que va payer cette société est de 20.000 DH, si l’infraction est majeure, et s’il récidive, il n’y a pas de peine, alors que normalement le manque à gagner aurait été de 50.000 DH par mois. C’est le montant qui aurait dû être payé. Ne vous étonnez donc pas que les gens se sentent exclus de la croissance, de tous ces chantiers dans le pays, et de toutes ces avancées réalisées ».

« On doit être cohérent, à la hauteur, et regarder chaque cas à part. Il faut également connaître les difficultés, et corriger les injustices qu’on ne peut plus permettre ».

« Les autres sujets ont par ailleurs trait à la santé, à la sécurité de travail, aux relations collectives au sein du travail, aux relations individuelles, ou encore à la question du contrôle.  L’intérim est également au cœur de cette réforme », a-t-il déclaré.

« Je suis sûr que les syndicats ne sont pas contre les réformes. Ils veulent plutôt sécuriser les réformes pour qu’elles n’aboutissent pas à la précarisation. Il va donc falloir qu’on se pose toutes ces questions pour apporter des réponses de fond ».

« Tout ce que je suis en train d’énumérer sont des droits humains du 21ᵉ siècle »

Le travail de plateforme numérique est également un sujet que Younes Sekkouri juge important. « C’est un travail qui se fait partiellement par la voie électronique ou numérique, un travail où il y a une sorte d’automaticité, soit dans le contrôle, soit dans la supervision. Il y a des algorithmes qui interviennent pour contrôler l’effectivité de ce qui a été fait ou rémunérer l’effort fait ».

Et le ministre de conclure : « Tout ce que je suis en train d’énumérer sont des droits humains du 21ᵉ siècle. C’est une évolution des sujets de la société. Soit on attendra qu’un pays développé, qui n’a rien à voir avec nous en termes d’infrastructures ou de modèle économique, trouve une solution, et ce n’est pas le cas ; soit on va se dire qu’on va prendre les choses en main de manière sérieuse, et qu’on va apporter notre part de conception de notre solution à nous. Et c’est ce que nous allons choisir ».