Nouvelle étape dans le projet de mise en place de l’usine de production des WhAP 8×8 Tata au Maroc. Une enquête publique a été décidée pour le projet d’implantation d’une unité industrielle destinée à la fabrication des véhicules militaires dans la commune de Berrechid. Ce projet est porté par la société Tata Advanced Systems Maroc (TASM), une filiale à 100% de TASL.

L’enquête, qui se déroulera du 28 juillet au 16 août 2025, sera menée conformément à la législation en vigueur, notamment la loi nᵒ 12-03 relative aux études d’impact sur l’environnement.

La collaboration, forgée avec l’Organisation indienne de recherche et de développement pour la défense (DRDO) en septembre 2024, vise à livrer plus de 400 unités WhAP 8×8 (dont 150 seront fournies aux FAR) dans diverses configurations au fil du temps.

Le projet d’usine, livrable dans un délai de 36 mois, débutera avec un taux d’intégration locale de 35%, qui devrait atteindre 50% à mesure que le programme progressera. Il devrait créer environ 90 emplois directs et 250 emplois indirects et aura une capacité de production de 100 véhicules par an.

L’unité produira la WhAP « Wheeled Armored Amphibious Platform« , connue également sous le nom de Kestrel, un véhicule de combat d’infanterie amphibie capable d’évoluer sur tous types de terrains.

Modulaire et puissante, la plateforme WhAP remplacera plusieurs anciens véhicules des FAR, tout en offrant une logistique rationalisée et des capacités accrues.

Conçu pour une survivabilité optimisée, des performances tout-terrain et une puissance de feu accrue, le WhAP a été développé en collaboration avec l’Organisation de recherche et développement pour la défense (DRDO). Il est doté d’un groupe motopropulseur intégré avec transmission automatique, de capacités de flottaison et de propulsion, le rendant particulièrement adapté aux missions amphibies et aux terrains difficiles.

Visite d’une délégation marocaine dans une usine de TASL en Inde

Dans le même registre, une délégation marocaine officielle a rendu visite à l’une des installations de Tata Advanced Systems Limited en Inde. La délégation était composée de l’ambassadeur du Maroc en Inde, Mohamed Maliki, et de l’attaché de défense près l’ambassade, le colonel Abdelmajid Zeroual.

Selon la communication de l’entreprise, le 9 juillet 2025, le but de la visite était de rencontrer des employés de la future entité TASM. Ces employés suivent actuellement une formation portant sur le véhicule blindé Tata WhAP 8×8.

Dans sa publication, Tata Advanced Systems a qualifié cet événement de « moment de fierté », soulignant qu’il marque un approfondissement des liens de défense entre l’Inde et le Maroc par le biais de la compétence, de la technologie et de la collaboration.

Une temporalité « logique et rassurante »

Selon notre consultant militaire Abdelhamid Harifi, il est essentiel de comprendre que « pour tout projet industriel d’envergure, le processus est long et méthodique ». Il invite à dépasser les prévisions optimistes pour se concentrer sur une « analyse plus pragmatique ». Actuellement, le projet en est encore à ses « phases initiales, notamment l’obtention des autorisations administratives ».

Loin d’y voir un blocage, il considère cette cadence comme « non seulement logique, mais aussi rassurante, s’agissant d’un investissement de cette taille et de cette criticité ».

Des progrès concrets loin des projecteurs

L’expert insiste sur le fait que la prudence administrative ne signifie pas une pause dans le projet. « Au contraire, des avancées significatives se déroulent en coulisses ».

La plus notable de ces avancées est la préparation des ressources humaines. « L’annonce de la formation des équipes marocaines en Inde est un signal particulièrement positif », souligne-t-il. Il s’agit selon lui  » d’une démarche stratégique » indispensable pour assurer un « transfert de compétences et de savoir-faire essentiel ». Cette anticipation est la clé pour garantir « un lancement de la production locale qui soit à la fois rapide et efficace une fois les infrastructures achevées ».

Cette approche témoigne d’une « gestion mature du projet », qui privilégie la solidité des fondations à la précipitation ».

Le défi du taux d’intégration locale

Des questions cruciales demeurent pour le moment sans réponse. La principale interrogation concerne la réalisation du « taux d’intégration locale », annoncé à 35% au début. « Comment cet objectif sera-t-il atteint, et surtout, comment pourra-t-il être augmenté à l’avenir ? »

Notre consultant militaire identifie un obstacle majeur : « les retards que connaît l’industrie sidérurgique nationale », qu’il qualifie de « potentiel frein au développement de ce type d’industrie de pointe au Maroc ». La réussite totale du projet dépendra donc de la capacité à surmonter ce défi.