L’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) accueille, les 10 et 11 juillet à Marrakech, la 6e Conférence annuelle de l’APSA sur le thème : « Renforcer la résilience du paysage des retraites en Afrique ».

Une occasion pour le Maroc de réaffirmer son engagement en faveur d’une réforme ambitieuse et solidaire des systèmes de retraite, à l’échelle nationale comme continentale.

Des systèmes de retraite fragilisés face aux mutations mondiales

« Partout dans le monde, les systèmes de retraite sont à la croisée des chemins », a déclaré Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des finances, en ouverture de la conférence.

« Sous l’effet conjugué du vieillissement démographique, de l’allongement de l’espérance de vie, de la transformation des marchés du travail et des incertitudes économiques, les modèles historiques de retraite sont mis à rude épreuve », a-t-elle poursuivi.

« Au sein des économies avancées, l’équilibre fragile entre le nombre de cotisants et le nombre de retraités remet en cause la soutenabilité de nombreux régimes publics. Dans les pays émergents et en développement, et notamment en Afrique, l’un des enjeux centraux demeure l’élargissement de la couverture à des populations souvent en dehors du secteur formel ».

Pour Nadia Fettah, « la retraite n’est plus aujourd’hui une simple question comptable, financière ou actuarielle ».

Elle renvoie à « des enjeux profonds de justice sociale, de solidarité intergénérationnelle, de sécurité économique et de confiance dans le pacte social ».

Elle a ainsi posé les grandes interrogations auxquelles sont confrontés les États : « Comment garantir un avenir digne aux personnes âgées sans compromettre les équilibres financiers ? Comment préserver les droits acquis tout en assurant la viabilité des systèmes ? Comment construire des régimes plus résilients, plus inclusifs, mieux adaptés aux transformations du monde du travail ? »

Des défis structurels majeurs pour les systèmes africains

« Le taux de couverture en Afrique demeure globalement faible. Souvent, seuls les agents du secteur public et les salariés des grandes entreprises formelles bénéficient d’un système de retraite structuré », a précisé la responsable gouvernementale.

« Dans la majorité de nos pays, une large part de la population active évolue dans l’économie informelle, sans aucun mécanisme structuré de protection sociale ».

Par ailleurs, « les transitions géographiques, les parcours professionnels discontinus, la mobilité croissante des travailleurs posent également des défis inédits aux régimes existants ».

« Nous avons une responsabilité historique de repenser en profondeur nos systèmes de retraite. Cela suppose d’imaginer des régimes plus souples, plus contributifs, technologiquement ouverts et socialement équitables ».

L’importance de la coopération panafricaine

Dans cette perspective, « la coopération africaine prend tout son sens : en mutualisant nos expertises, en harmonisant nos cadres réglementaires et en investissant dans des solutions adaptées à nos réalités locales, nous pourrons bâtir une architecture africaine des retraites qui soit résiliente, solidaire et au service du développement humain », a souligné la ministre.

« Sous la vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le sujet du capital humain et de la protection sociale est en haut de l’agenda du développement de notre pays« .

Nous avons aujourd’hui un agenda pour élargir la retraite à 5 millions de Marocains qui n’ont pas encore de couverture et pour réformer les systèmes existants, qu’ils relèvent du secteur public ou privé

Des réponses africaines face à un contexte mondial exigeant

Dans un contexte mondial exigeant, « les pays africains sont appelés à définir leurs propres réponses en tenant compte de leurs spécificités économiques, sociales et démographiques », a déclaré la ministre.

« Si les défis sont nombreux, les opportunités le sont tout autant. L’Afrique dispose d’une marge d’action considérable pour façonner des modèles dignes, inclusifs et adaptés à ses réalités ».

« Nous avons besoin d’une régulation modernisée, interconnectée et fondée sur les principes de bonne gouvernance ».

« Il est essentiel de créer des espaces de dialogue comme celui que nous tenons aujourd’hui pour harmoniser les normes, mutualiser les savoir-faire et faire émerger une vision panafricaine de la retraite, centrée sur la dignité des personnes et la résilience des institutions ».

En conclusion, la ministre a salué le rôle de l’APSA, de l’ACAPS et de FSD Africa dans l’organisation de cette rencontre. Elle a formulé le vœu que « vos travaux soient riches, inspirants et qu’ils renforcent nos convergences africaines pour faire de la retraite un levier de stabilité, d’équité et d’espérance ».