« Bien que l’Afrique demeure le continent le plus jeune au monde, la population de plus de 60 ans devrait tripler d’ici 2050 pour atteindre 215 millions de personnes« , a rappelé Abderrahim Chaffai, président de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), dans le cadre de la conférence annuelle de l’APSA organisée à Marrakech.

Cette évolution s’explique par « l’amélioration progressive de l’espérance de vie, qui devrait dépasser 68 ans en moyenne d’ici 2050 contre 60 ans en 2000″, ainsi que par la baisse de la fécondité.

Cette transformation silencieuse entraîne une pression croissante sur les systèmes de retraite. « Le taux de couverture reste très faible. Selon la Banque mondiale, seulement 10% des personnes en âge de travailler en Afrique cotisent à un régime contributif. À peine un tiers des personnes âgées perçoivent une pension, contributive ou non contributive ».

Refonder des modèles viables, soutenables et adaptés

« Les réalités diffèrent d’un pays à l’autre », a précisé Abderrahim Chaffai, « ce qui appelle des approches différenciées, ajustées à la structure de l’emploi, aux dynamiques démographiques et aux ressources disponibles ».

Il a mis en évidence les fragilités communes des systèmes : « faible assiette contributive, allongement de l’espérance de vie, prédominance des modèles par répartition, taux de remplacement élevés avec des durées de cotisation faibles ».

Autant de constats qui appellent « une refondation des modèles » à travers « la mise en place de dispositifs hybrides conjuguant régimes contributifs et non contributifs, l’élargissement de la couverture à l’économie informelle grâce aux micro-pensions, et l’évolution vers une supervision fondée sur les risques, plus préventive et adaptée ».

Le Maroc engagé dans la généralisation de la protection sociale

« Le Maroc n’est pas en marge de ces transformations. Notre pays accompagne activement le chantier royal de généralisation de la protection sociale, lancé en 2021 sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI », a-t-il souligné.

Ce chantier vise à « faire du droit à la protection sociale un pilier de la justice sociale et de la cohésion nationale ».

Actuellement, « le taux de couverture retraite au Maroc est estimé à 49% de la population active« .

Les réformes prévues par la loi-cadre 09-21 devraient permettre d’atteindre un taux supérieur à 80% à terme

Sur le plan financier, des vulnérabilités demeurent. « Les projections réalisées en 2024 indiquent un épuisement des réserves en 2031 pour le régime des pensions civiles, une extinction en 2037 pour le régime CNSS du secteur privé et à l’horizon 2051 pour le RCAR. »

Il a précisé que l’échéance du régime des pensions civiles a été repoussée de 2028 à 2031 grâce à « l’effet positif des récentes augmentations de salaires dans la fonction publique ».

Des défis multiples dans un contexte de transitions profondes

« Les défis sont nombreux : faible couverture, poids de l’informel, déséquilibres structurels, transformation des parcours professionnels, vulnérabilité accrue de certaines catégories de la population, notamment les femmes et les personnes âgées en milieu rural », a rappelé Abderrahim Chaffai.

Face à ces constats, il a insisté sur la nécessité de « construire des réponses résilientes, adaptées à nos contextes mais aussi fondées sur les principes de solidarité, de soutenabilité et de transparence ».

Des systèmes de retraite au service de la cohésion sociale et du développement durable

« Les enjeux que nous partageons exigent une coopération renforcée, une capacité à mutualiser nos ressources et une volonté commune de renforcer la gouvernance et la transparence », a-t-il affirmé.

Il a insisté sur la nécessité de « repositionner la question des retraites au cœur des stratégies de développement humain en Afrique », en soulignant que « nous devons mieux protéger les personnes âgées, intégrer les travailleurs du secteur informel et valoriser l’investissement de long terme des caisses de retraite ».

« Nous pouvons faire des systèmes de retraite des vecteurs puissants de cohésion sociale et de croissance durable ».