Le 9 juillet, nous publiions une interview de Fatima Ezzahra El Mansouri en sa qualité de maire de Marrakech. Pour rappel, Mme El Mansouri en est à son deuxième mandat, le premier ayant couvert la période 2009-2015 avant de céder la place au PJDiste Larbi Belcaid (2015-2021).

Celle qui est en même temps membre de la direction tripartite du PAM et ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville défend son bilan de presque quatre années à la présidence du conseil de la ville de Marrakech.

Chiffres à l’appui, elle a évoqué « les grands chantiers menés à bien » dans la première destination touristique du Royaume. Les propos de la présidente du Conseil régional de Marrakech n’ont pas été accueillis favorablement par une partie de l’opinion publique marrakchie, que ce soit sur les réseaux sociaux ou via des réactions adressées directement à la rédaction de Médias24.

Nous leur donnons naturellement la parole dans le cadre du débat.

Les critiques et observations relevées

Nombreux sont ceux qui n’ont pas souhaité exprimer publiquement leur opposition à Mme Mansouri. Pêle-mêle, ils lui reprochent de « s’approprier la réussite de chantiers initiés sur directives royales ou menés à bien par des départements ministériels », « qu’en dehors des quartiers chics, la ville ocre est invivable, infestée de chiens errants », que « la chaussée est impraticable »…

Il y a même une lettre ouverte portée par des « Marrakchis », qui a été diffusée sur WhatsApp avec le hashtag : #MarrakechEnDanger : « Lettre ouverte en réponse à Madame la Maire : on a modernisé Marrakech ?!? Ah bon ?!? ».

On peut y lire que ces derniers estiment que « les rues sont sales, la circulation est chaotique, il y a un plan de circulation illogique, il n’y a que trop peu ou pas d’espaces verts, on ne comprend rien au « plan de développement urbain ». Seuls quelques axes principaux ont eu droit à des rénovations ».

« Et pour aggraver la situation, les motos sont devenues un véritable fléau ! Il est temps de prendre des mesures pour réguler leur circulation et garantir la sécurité de tous les usagers de la route. Rejoignez-nous pour exiger des autorités locales et nationales, élues et désignées, qu’elles prennent des mesures concrètes pour améliorer la qualité de vie des habitants de Marrakech et ses visiteurs ».

« Nous voulons et avons droit à :
– des rues propres et bien entretenues ;
– ⁠un plan de circulation fluide et efficace ;
– ⁠un développement urbain cohérent et durable.
– ⁠préserver le patrimoine et le charme unique de Marrakech
– ⁠des voies spéciales pour les deux-roues,
– développer pour réduire les risques d’accidents et améliorer la sécurité routière ».

Imane Rmili, célèbre figure du secteur de la restauration dont elle préside la fédération professionnelle, a également réagi sur sa page LinkedIn. Nous reproduisons sa lettre ci-dessous telle qu’elle a été publiée.

L’un des rares critiques de la gestion de Fatim Ezzahra El Mansouri à avoir accepté de se prononcer à visage découvert est Moulay Abdellah Alaoui, célèbre artiste photographe connu à Marrakech pour son militantisme au sein de plusieurs ONG pour la préservation du patrimoine immatériel.

« Il n’y a pas que ma réaction, il y a aussi celle de tous les Marrakchis qui ont des observations de ce qu’ils vivent au jour le jour dans notre cité. On dirait que Mme la Présidente parle de Casablanca, Tanger ou Agadir et non de Marrakech », déclare M. Alaoui à Médias24.

« N’avez-vous pas fait attention à la disparition des vélos en libre-service installés pendant la COP22 ? », s’interroge, non sans ironie, l’acteur associatif.

« Nous formons le parti de Marrakech »

Nous avons essayé d’avoir un son de cloche de la part des membres du conseil de la ville, notamment les élus de l’opposition, habilités à évaluer le mandat de Mme El Mansouri. Peine perdue et motus et bouche cousue.

« Désolé, je suis en voyage », s’excuse, de manière expéditive, Abdeslam Sigouri, élu sous les couleurs du PJD. Nous tentons le même exercice avec, entre autres, Younes Benslimane (passé du PJD au RNI) et n’obtenons aucune réponse. Idem avec Abderrahim Tak Tak (MP), kif kif avec Abdelmajid Demnati (Istiqlal) et même chose avec Lahcen Hbibou (USFP).

Finalement, c’est Khalid El Fataoui, célèbre membre du barreau de Marrakech et vétéran des élus de cette ville avec, au compteur, des mandats étalés sur plus de trois décennies.

Siégeant au conseil de la ville sous la bannière de l’USFP, Dr El Fataoui explique que, « au sein du conseil, il y a une unanimité autour de la réussite des grands chantiers initiés sous l’actuel conseil de la région ».

Et d’ajouter, « le secret est qu’il y a une cohésion au sein du conseil où tout un chacun apporte sa pierre à l’édifice : les élus, les ingénieurs, les chefs de services, les cadres », poursuit l’élu socialiste qui appelle à ne pas trop faire de cas de « ceux qui critiquent pour déconstruire, car il y en aura toujours ».

Et l’opposition dans tout cela ? « Moi qui suis élu de l’USFP, je vous le dis clairement : au sein du conseil, nous formons le Parti de Marrakech, car c’est notre ville qui passe en premier », répond Khalid El Fataoui.

La réponse de F.Z El Mansouri

En début d’après-midi de ce samedi 12 juillet, la maire de Marrakech a choisi les mêmes canaux (RS) pour répondre à Imane Rmili. Une réponse qui n’a pas encore été postée, mais dont nous nous sommes procuré l’intégralité.  La teneur du texte a été confirmée par Mme Mansouri. Nous le reproduisons en intégralité ci-dessous :

«  »Marrakech l’inspirante » »

« J’ai récemment lu dans la presse et sur les réseaux sociaux une lettre ouverte dont l’autrice qualifie Marrakech de « ville délaissée ». J’ai donc souhaité lui répondre par le même canal qu’elle a choisi pour s’exprimer.

« Madame,
« J’ai lu votre lettre ouverte. J’aurais préféré, avant sa publication, que vous fassiez une véritable tournée de terrain à Marrakech — votre ville et la mienne — si votre emploi du temps le permettait, afin de prendre connaissance de près du bilan concret de trois années d’action collective, un bilan de réalisations documentées par des chiffres, des photos et des données précises.

« Et en dehors de toute considération politique, comme vous l’avez vous-même souligné, j’aurais aimé, Madame, que vous preniez votre voiture pour circuler sur l’avenue Abdelkrim Khattabi, ainsi que sur les avenues Khamassa, Chouhada, Yarmouk, Mohammed V, Agdal, Al Adala et la route de Fès ; que vous passiez par la place Jemaa El Fna et la médina, que vous visitiez la bibliothèque municipale, le chantier du Théâtre royal, l’Espace Pôle Citoyen, le parc de Moulay El Hassan, la forêt sportive ; que vous observiez les efforts entrepris pour l’aménagement de la zone industrielle, la création de deux trémies à Sidi Ghanem et Massira, deux parkings à El Harti et Arsat El Maach, ainsi que le projet de renouvellement du mobilier urbain, la réhabilitation du quartier de Guéliz, et l’aménagement des avenues Moulay Abdellah et Allal El Fassi.

« J’aurais souhaité, Madame, que vous constatiez l’évolution significative et positive entre le Marrakech de l’été 2021 et celui d’aujourd’hui, notamment en ce qui concerne les espaces verts, dont la forme a évolué et l’entretien s’est amélioré, irrigués désormais par des eaux usées traitées, dans le cadre d’un projet environnemental responsable et exemplaire.

« J’aurais également aimé que vous visitiez les terrains de proximité disséminés dans différents quartiers de la ville, que vous passiez par les complexes multiservices, les parcs sportifs, les piscines d’été et les piscines couvertes réparties sur les cinq arrondissements ; que vous vous arrêtiez au parc Targa, que vous observiez les lieux de sortie des familles, et que vous vous promeniez un soir dans les rues de Marrakech pour voir le grand nombre de familles, d’amis et de groupes qui sortent en toute sécurité, dans une ambiance agréable et joyeuse, pour fuir la chaleur estivale et profiter d’espaces publics propres et soignés.

« J’aurais aimé que vous évoquiez les projets environnementaux :

  • La ville qui s’engage dans la rationalisation de l’usage de l’eau, arrosant ses jardins et ses espaces verts le long de ses avenues avec des eaux traitées ;
  • Le nouveau centre moderne pour la stérilisation des chiens errants ;
  • Le niveau de propreté et d’esthétique qui rivalise avec celui des grandes villes ;
  • La ville qui a su réagir rapidement et efficacement aux effets du séisme.
  • J’aurais également souhaité que vous mentionniez les plans d’aménagement et les documents d’urbanisme officiels et approuvés dont dispose désormais la ville de Marrakech, et l’impact que cela a sur le soutien à l’investissement, l’attraction des entrepreneurs, l’activation du marché de l’emploi, ainsi que la hausse des permis de construction et d’urbanisme, la transparence des procédures et la simplification des démarches.

« Et vous, en tant que présidente d’une association représentant les restaurateurs touristiques, j’aurais souhaité que votre lettre soit un message de soutien au tourisme, puisque les retombées positives bénéficient en premier lieu aux restaurateurs que vous représentez ou avec lesquels vous travaillez — hôteliers, bazaristes, transporteurs, guides touristiques — que je remercie au passage pour leur engagement positif dans cette dynamique, ainsi que l’ensemble des habitants de la ville œuvrant dans le secteur du tourisme et de l’artisanat, très nombreux.

« J’aurais aimé que votre lettre soit un message de gratitude envers les forces de sécurité qui vous permettent, à vous comme à tous, de vous promener en toute sûreté la nuit ; une reconnaissance envers les professionnels du terrain, dans la diversité de leurs fonctions, pour les services rendus, la satisfaction des besoins et des demandes multiples ; et aussi un message d’encouragement à destination de la jeunesse de la ville, qui a besoin d’espoir, non de découragement.

« Madame,
« Marrakech est une ville inspirante et créative, elle ne peut jamais être qualifiée de ville délaissée. Certes, ce n’est pas une ville parfaite, mais on ne peut ignorer l’ampleur de son développement au cours des dernières années. L’objectivité impose de reconnaître les avancées comme de signaler les insuffisances.

« Nul n’ignore aujourd’hui la position éminente qu’occupe Marrakech, sa capacité à attirer des millions de touristes et de nuitées en 2024, atteignant un « record historique ». Si elle était réellement une ville négligée, comme vous l’affirmez, elle n’aurait pas pu obtenir de tels résultats, ni figurer en tête des classements des destinations touristiques mondiales, africaines et moyen-orientales en 2023 et 2024.

« Je vous invite, comme j’invite toute personne sincèrement soucieuse de l’avenir de cette ville, à consulter le bilan de l’action communale, publié et disponible, en toute transparence, avec chiffres et images à l’appui.

« Enfin, j’adresse un appel à tous ceux qui portent un réel attachement à Marrakech, et qui ont des remarques ou des critiques constructives : qu’ils s’adressent directement au conseil communal de Marrakech. Ses portes sont ouvertes au dialogue, à l’écoute et à la prise en compte de tous les avis, en dehors de toute logique d’accusation ou de délégitimation que vous avez évoquée.

Avec tout mon respect,
Fatim Ezzahra El Mansouri
Fille de Marrakech (Puissions-nous partager l’amour de cette ville au-delà des considérations électorales) ».