Depuis le début de l’année, TGCC s’est envolé de 102,9% en bourse, passant de 476 DH à 976 DH au 11 juillet. Le titre s’approche désormais du seuil symbolique des 1.000 DH, porté par une dynamique soutenue sur le marché.
Mais jusqu’où cette progression peut-elle aller ? Dans ce contexte, le groupe lance une augmentation de capital de 2,2 MMDH, une opération qui vient repositionner la lecture du titre. Croissance externe, diversification, synergies… les promesses sont là jusqu’à l’horizon 2030. Encore faut-il que la trajectoire suive sur le plan opérationnel comme boursier.
Trois lectures, un même cap : les analystes valident la trajectoire
Lancée dans un cycle d’expansion marqué par une croissance externe, TGCC a obtenu l’aval unanime des analystes de place pour son augmentation de capital de 2,2 MMDH.
Si les approches diffèrent sur le plan méthodologique, les trois brokers ayant publié une note, à savoir BMCE Capital Global Research (BKGR), Attijari Global Research (AGR) et CFG Bank, convergent sur un point essentiel : le positionnement stratégique du groupe et la solidité de ses relais de croissance justifient une souscription à l’opération.
L’opération de levée de fonds ne peut être lue sans rappeler son origine directe : le financement du rachat de 60% de STAM, détenant lui-même 80% de VIAS SA, positionnée sur les grands aménagements urbains et les infrastructures linéaires.
Or, cette acquisition n’est pas seulement une croissance de périmètre. Pour les trois bureaux d’analyse, elle marque une transformation profonde du profil de TGCC. Ainsi, pour AGR, « le groupe TGCC est en voie de s’imposer comme un véritable champion national du secteur du BTP », avec une ambition affirmée à l’échelle régionale.
L’intégration de STAM permettrait selon eux un doublement du carnet de commandes, qui passerait de 10,2 à 19,3 MMDH post-acquisition, un bond de taille qui « rassure quant à la solidité des perspectives de croissance du Groupe sur le moyen terme ».
La même lecture chez CFG Bank, qui insiste sur la complémentarité entre TGCC et STAM, notamment dans des métiers comme les barrages, l’adduction d’eau potable ou les aménagements environnementaux. Ce positionnement, est-il souligné, « est en phase avec les besoins nationaux à horizon 2030 ».
Pour BKGR, cette montée en puissance permettra à TGCC « de capitaliser sur les perspectives très encourageantes du marché du BTP au Maroc et au niveau régional », tout en optimisant sa structure via l’intégration de nouvelles filiales industrielles (TG Steel, TG Stone) et l’implantation en Arabie saoudite via TGCC Middle East.
Des recommandations favorables, des cibles proches
Sur la base de ces éléments, les trois analystes recommandent clairement de souscrire à l’opération, bien que les niveaux de valorisation projetés diffèrent légèrement.
>> BKGR fixe un cours cible à 950 DH, soit un upside de 31% par rapport au prix de souscription de 725 DH. Ce scénario central repose sur une valorisation DCF tenant compte de projections sur dix ans. Le bureau adopte une lecture prudente : en cas d’optimisation des synergies, le cours cible monte à 978 DH ; dans le scénario défavorable, il recule à 880 DH.
>> CFG Bank propose un objectif de 926 DH, avec une valorisation fondée sur les ratios de marché et les flux actualisés. L’upside ressort à +27,7%, une estimation jugée raisonnable au vu de la visibilité sur le carnet de commandes et de la trajectoire de résultats post-acquisition.
>> AGR, de son côté, ne fournit pas de cours cible chiffré, mais estime que le prix de souscription intègre une décote attractive de 23% par rapport au cours du marché (945 DH au 10 juillet). Plus largement, AGR considère TGCC comme « une alternative de placement incontournable pour les investisseurs souhaitant miser sur la thématique Maroc 2030« .
Il y a ainsi consensus : la valorisation proposée dans le cadre de l’augmentation de capital est jugée attrayante, sans excès, et cohérente avec le profil de risque-rendement du groupe.
Une liquidité renforcée, un titre en voie d’institutionnalisation
En effet, l’augmentation de capital entraînera une hausse du flottant de 33,2% à 39%, avec ouverture à un large public, y compris des OPCVM.
Pour AGR, cela permettra à TGCC « d’intégrer le top 10 des plus grandes capitalisations du marché boursier marocain », tout en « bénéficiant d’une meilleure visibilité auprès des gérants de fonds étrangers ». Or, cette liquidité accrue constitue un levier non négligeable dans un contexte où la profondeur du marché secondaire reste un enjeu.
BKGR abonde dans ce sens : un flottant élargi « favorise la fluidité du titre en bourse et son intégration dans les portefeuilles institutionnels ».
Si les trois brokers partagent une lecture positive, chacun souligne que les niveaux de valorisation actuels reposent sur des anticipations ambitieuses.
CFG estime que le PER devrait passer de 34x en 2025 à 28x en 2026. En parallèle, le ratio VE/EBE passerait à 12,7x en 2026, ce qui reste soutenable, mais suppose une montée en puissance rapide du nouvel ensemble TGCC+STAM.
AGR évoque d’ailleurs un « potentiel de progression des résultats au-delà de 2026E », sans l’intégrer pleinement dans ses prévisions, par prudence.
Une valeur premium… Mais à quel prix, surtout après 2030 ?
À près de 1.000 DH l’action, et avec une capitalisation boursière qui dépasse les 30 MMDH, TGCC s’impose aujourd’hui comme l’une des principales capitalisations de la Bourse de Casablanca. La trajectoire du titre est remarquable, mais elle soulève une question centrale, celle de savoir si le potentiel de hausse est déjà intégré dans les cours.
D’un point de vue purement financier, la valorisation actuelle se situe dans une zone haute. Sur la base du prix de souscription de 725 DH, CFG Bank estime le PER à 28x en 2026 et le VE/EBE à 12,7x, des niveaux jugés “raisonnables” au regard du profil de croissance attendu. Mais dès que l’on se base sur le cours de marché autour de 975 DH, ces multiples grimpent sensiblement.
BKGR souligne d’ailleurs que les niveaux de marge projetés dépendent fortement de la concrétisation des synergies STAM et construit sa valorisation autour de trois scénarios pour prendre en compte cette incertitude.
Or, au-delà des chiffres, c’est l’horizon 2030 qui cristallise l’attention. En clair, que se passera-t-il après la Coupe du monde ?
Depuis plusieurs mois, de nombreux observateurs du marché BTP s’interrogent sur la capacité du secteur à maintenir une dynamique soutenue au-delà de l’effet Coupe du monde. En ligne de mire, la crainte d’un cycle de commandes qui s’essouffle dès que les grands chantiers liés à la CAN 2025 et à 2030 arrivent à terme.
Ce risque n’est pas ignoré par les investisseurs, qui pourraient être tentés de prendre leurs bénéfices en bourse dès 2029 ou 2030, si aucune nouvelle vague de projets structurants ne se dessine clairement.
Pourtant, les analystes restent plutôt confiants. Chez AGR, on parle d’un positionnement fort de TGCC, lui permettant de capter l’essentiel de la dynamique d’investissement dont bénéficie le Royaume, avec une montée en puissance sur des métiers à forte récurrence comme les infrastructures hydrauliques, les barrages ou la mobilité urbaine.
CFG insiste également sur la capacité du groupe à capter les projets liés à des besoins structurels comme l’eau, la santé ou l’aménagement du territoire.
Pour le management, il faut garder le cap au-delà de l’événement
De son côté, le management de TGCC est pleinement conscient de l’enjeu post-2030. Il a d’ailleurs récemment tenu à rassurer sur ce point. Il insiste sur l’importance de rester optimiste après la Coupe du monde, car, selon ses termes, « il y a toujours de belles choses à accomplir dans un pays qui bouge ».
Si le cycle 2023-2030 est une fenêtre d’opportunité majeure, il ne doit pas être perçu comme un pic isolé. La croissance post-événement dépendra de la capacité du groupe à élargir son terrain d’action, à maintenir son niveau d’exécution et à rester compétitif au-delà des appels d’offres liés aux grands événements sportifs.