« Freiné par une offre surbookée et des tarifs hôteliers qui explosent durant la période estivale, le développement du tourisme interne fait face aux mêmes défis depuis des années », estime un important opérateur.

Ce dernier propose des solutions concrètes pour booster ce créneau par rapport au tourisme international qui représente une part bien plus importante en termes de recettes.

97% des touristes locaux évitent les établissements classés

Ainsi, si l’essentiel de l’activité touristique estivale est généré par un important flux d’arrivées de touristes étrangers de séjour (TES) et de MRE grâce notamment aux vols low-cost, le potentiel des visiteurs nationaux est a contrario largement sous-exploité du fait des prix élevés des hôtels classés.

Citant une étude récente de l’OCDE qui montre un déséquilibre en termes de choix de structures d’hébergements, notre source souligne ainsi que seulement 3% des séjours des Marocains s’effectuent dans des établissements classés contre plus de 50% dans les destinations européennes.

Et d’ajouter que, dans ces pays, le tourisme interne représente en moyenne 75% des recettes globales, alors que l’activité de ce secteur au Maroc dépend à plus de 78% du tourisme international.

En cause, des prix en déphasage avec le duo pouvoir d’achat/qualité exigé par les nationaux

Pour illustrer son propos sur les effets de la différence de pouvoirs d’achat, notre interlocuteur rappelle que la France, première destination mondiale, a reçu 100 millions d’arrivées étrangères en 2023 contre près de 200 millions de voyages effectués par les résidents français à l’intérieur du pays.

Sans appel, ce constat montre, selon lui, la nécessité de réviser le modèle de développement des touristes locaux, dont une partie non négligeable choisit d’autres destinations plus compétitives en termes d’offres de prix d’hébergements et de prestations connexes (restauration, animations…).

Depuis la fin de la crise sanitaire, la multiplication croissante des séjours à l’étranger montre en effet que le tourisme interne a été privé d’une part considérable en termes de recettes touristiques.

Partant du constat qu’en 2024, le nombre de nuitées des touristes étrangers a enregistré une progression significative de 18% et que celui du tourisme interne a reculé de 0,4 % par rapport à 2023, cette stratégie constitue donc une urgence face à l’essoufflement de la demande domestique.

Les chèques-vacances vont booster la fréquentation domestique

Sur les moyens d’y remédier, la profession estime que l’utilisation de chèques-vacances, courante à l’étranger et inexistante au Maroc, constitue une solution idoine pour booster le tourisme interne.

« Destiné aux employés des secteurs public et privé, ce dispositif permettra d’augmenter le budget voyage des Marocains ainsi que la durée de leur séjour dans les établissements hôteliers classés », explique le dirigeant d’une fédération de la CNT, en ajoutant que la part de la cotisation patronale sera comprise entre 50% et 80%, ce qui permettra aux bénéficiaires d’avoir des vacances à moitié prix.

Valables toute l’année, les chèques-vacances constituent, selon lui, un moyen de booster la fréquentation estivale, mais aussi de mettre fin à la saisonnalité de certaines destinations comme la région de l’Oriental qui ne fonctionne réellement que deux ou trois mois à l’année.

« Développer des produits d’hébergements abordables »

À moyen terme, l’autre priorité consistera à initier un nouveau modèle économique comprenant des mécanismes d’investissements attractifs afin de favoriser le développement d’une capacité hôtelière additionnelle qui soit adaptée au budget modeste des clients nationaux.

Ouverts à la clientèle étrangère, ces hôtels 3 étoiles, appart-hôtels ou clubs situés dans des régions touristiques en développement ou à la sortie des villes, proposant des prix abordables, permettront de densifier la carte des destinations et de faire le plein en termes de fréquentation annuelle.

« Contrairement aux campagnes de promotion Konouz Biladi et Ntla9aw Fbladna qui se sont contentées de proposer des tarifs promotionnels, la priorité est de créer des produits d’hébergement spécifiques attrayants toute l’année », conclut notre source, en ajoutant que l’objectif à l’horizon 2030 sera de faire passer la part marchande du tourisme interne à au moins 50% de l’activité globale.