Un climat de tension s’est installé à Torre Pacheco, dans le sud-est de l’Espagne, après l’agression d’un homme âgé survenue le 9 juillet. Rapidement, des rumeurs se sont propagées sur les réseaux sociaux, pointant du doigt, sans preuve, des jeunes d’origine marocaine. S’en sont suivis des actes de violence ciblant la communauté marocaine.

Depuis le 11 juillet, dix personnes ont été interpellées. Trois d’entre elles sont liées à l’enquête sur l’agression du retraité, incident déclencheur des violences. Les sept autres, un citoyen marocain et six Espagnols, sont poursuivis pour « troubles à l’ordre public », « haine » et « blessures volontaires » dans le cadre des émeutes qui ont suivi, rapporte l’AFP.

Selon la déléguée du gouvernement central à Murcie, Mariola Guevara, près de 80 individus impliqués dans les affrontements ont été identifiés, beaucoup ayant des antécédents judiciaires et n’étant pas originaires de la ville.

Une agression et une vague de désinformation

L’homme agressé, un habitant de 68 ans prénommé Domingo, a déclaré avoir été « attaqué sans raison par trois jeunes d’origine nord-africaine ». Mais plusieurs contenus ayant circulé en ligne se sont révélés trompeurs.

La vidéo la plus virale, montrant un homme aux cheveux blancs frappé violemment, ne correspond pas à l’agression de Torre Pacheco, selon les vérifications de VerificaRTVE.

La Garde civile et la mairie ont confirmé que les images n’ont pas été filmées sur place. Domingo lui-même a affirmé que l’homme dans la vidéo n’était pas lui.

D’autres éléments de désinformation ont émergé : une image accusant cinq individus avec noms et données personnelles, sans preuve ni lien confirmés avec les faits, ainsi qu’un faux document municipal reliant l’agression à l’immigration.

Ces fausses informations ont alimenté les violences. Des groupes d’ultradroite, dont « Deport them now », ont incité à des actions ciblées contre des personnes d’origine nord-africaine. Selon El País, des hommes armés de bâtons ont été vus dans les rues, certains masqués, cherchant des jeunes maghrébins. Une escalade qui a incité plusieurs familles marocaines à ne plus laisser leurs enfants sortir le soir.

Amalgame entre délinquance et immigration

Les autorités ont lancé plusieurs appels au calme. « Torre Pacheco doit retrouver la normalité », a déclaré sur X le président de la région de Murcie, Fernando López Miras, en promettant que l’agression ne resterait pas impunie. Le maire a également appelé à ne pas faire d’amalgame entre délinquants et population immigrée.

De son côté, la ministre de la Jeunesse Sira Rego (Sumar) a condamné sur Bluesky les « persécutions racistes » subies par les migrants, mettant en cause le rôle de l’ultradroite dans ces événements.

La seule communication officielle de la mairie, citée par RTVE Noticias, ne mentionne aucun lien entre l’agression et l’immigration, confirmant que la désinformation a joué un rôle clé dans l’escalade des tensions.