À première vue, la médina de Tétouan semble repliée sur son essence blanche et silencieuse. Cependant, pour qui prend le temps d’y déambuler, elle murmure une autre histoire : celle d’une présence européenne, tapie derrière des balcons forgés, des placettes fleuries et des façades discrètement ornées.

Sous le protectorat espagnol, Tétouan était une capitale administrative, mais à l’inverse des villes où les influences coloniales ont brutalement reconfiguré l’espace, ici, l’Europe a déposé ses marques comme on écrit en marge. Pas de percées haussmanniennes significatives, pas d’urbanisme brusque, juste des ponctuations d’ocre, de métal et de pierre.

Une porte emblématique de la médina de Tanger
Sous le protectorat espagnol, Tétouan était une capitale administrative. Ph : CRT Tanger-Tétouan-Al Hoceima

Imposante et millénaire, la porte Bab El Okla s’ouvre sur une succession de ruelles où l’on discerne des balcons en fer forgé. Là, les maisons à étage prennent des airs de patio andalou, les couleurs pâlies rappellent les villages du sud de l’Espagne, et les enseignes écrites en castillan sont parfois encore visibles.

Un peu plus loin, la synagogue Ben Walid, rénovée avec soin, témoigne d’une époque où Espagnols, Marocains musulmans et juifs cohabitaient dans une remarquable densité humaine.

Synaguogue, textes écrits en hébreu
La synagogue Ben Walid. Ph : Pexels

Il faut ensuite grimper vers les hauteurs, là où d’anciennes écoles ibériques se dressent encore, drapées dans la rigueur architecturale de leur époque pour capter cette mémoire qui refuse de s’effacer.

Parfois une grille ancienne, une inscription à moitié effacée ou une cour abandonnée font ressurgir des images d’un autre siècle. Ici, les enfants apprenaient l’espagnol avant l’arabe.

Là, des missionnaires soignaient ou enseignaient au sein de dispensaires blancs et bleus, nimbés dans la lumière du Rif.

Tétouan médina
Une porte emblématique dans la vieille médina de Tétouan. Ph : Pexels

Et puis, il y a les jardins. Petits, clos, souvent dissimulés derrière d’épaisses murailles. Certains, comme ceux attenants à Dar El Oddi, ancienne demeure transformée en musée, laissent entrevoir des géométries de haies et des fontaines d’inspiration andalouse.

Une vue du palais Dar Oddi
Les maisons à étage prennent des airs de patio andalou.

Le murmure de l’eau et le parfum des orangers invitent à une halte des plus poétiques. La balade peut s’achever place Moulay El Mehdi, anciennement Plaza Primo. Là, le style néo-mauresque des bâtiments raconte la rencontre de deux cultures qui ont fini par s’imbriquer l’une dans l’autre.

Palais Ait Oddi
Le palais Dar Oddi, un bijou du patrimoine tétouanais. Ph : DR

Tétouan ne crie pas son passé, elle le conserve dans un souffle délicat. Flâner dans son ancienne ville, c’est sentir ce lien fragile entre les mondes ou plutôt voir se soulever le léger voile séparant ce qui fut de ce qui demeure à ce jour. L’Europe y est passée, mais elle a appris à marcher à pas feutrés…