Le musée Villa Harris est impossible à rater. La bâtisse blanche se hisse, imposante et gardienne de secrets. Elle trône au milieu des arbres, en plein cœur de Tanger. Le musée se trouve au centre d’un domaine de 9 hectares où sont cultivées plantes et espèces rares. Le lieu témoigne d’une période historique riche, comme lors des crises diplomatiques internationales en marge de la conférence d’Algésiras et de la visite de Guillaume II (ancien empereur allemand) à Tanger.

Walter Harris découvre Tanger

Ce lieu appartenait à Walter Harris, un journaliste britannique, correspondant spécial du Times, qui s’est installé au Maroc à la fin du 19ᵉ siècle. Il est arrivé en compagnie d’une délégation officielle britannique. “Le reporter a écrit plusieurs articles sur le Maroc, surtout sur la période du protectorat”, déclare à Médias24, Majda Amellal, conservatrice du musée Villa Harris. Walter Harris était le témoin de l’entrée en vigueur de deux protectorats français et espagnol au Maroc.

Walter Harris, un journaliste britannique, correspondant spécial du Times, amoureux du Maroc. Ph : DR

La ville du Détroit était alors la capitale diplomatique du pays, une zone internationale. Dans sa demeure, Walter Harris prenait le temps de recevoir les grands noms du monde politique et intellectuel, comme les diplomates, les décideurs, les religieux et même les espions.

La villa devenait un lieu incontournable pour les discussions des grands événements, d’alliances et de négociations… Et pour cause, le journaliste fréquentait les puissants du Maroc. “Il était très proche des sultans du Maroc, notamment Hassan Iᵉʳ et Moulay Abdelaziz”, poursuit notre interlocutrice.

Tombé dans l’oubli pendant 20 ans

Walter Harris croulait sous les dettes. Il a dû céder la villa Harris à Onfre Zapata, un citoyen espagnol. Le nouveau propriétaire l’a transformé en casino.

Après l’indépendance du Maroc, le lieu est devenu un Club Med, ces fameux villages touristiques très connus des années 70/80. Majda Amellal raconte : “Lorsque le Club Med a fait faillite. Ils ont tout simplement quitté le domaine en 1992. Depuis ce jour, la villa a été abandonnée, pendant près de 20 ans. Le lieu ne ressemblait plus à rien, que des tas de ruines, dans un état catastrophique.”

entrée du musée villa Harris tanger
L’entrée majestueuse du musée Villa Harris. Ph : FNM

En 2007, la Villa Harris obtient un précieux sésame en étant classée patrimoine national. La Fondation nationale des musées a alors œuvré pour restaurer le bâtiment “à l’identique”. Ce lieu reste “un témoin d’une période importante de l’histoire de Tanger et a même joué un rôle diplomatique dans l’histoire de la ville”, décrit Majda Amellal.

Vue intérieure du musée Villa Harris
L’endroit est sublime. Ph : FNM

Une offre muséale renforcée

Le musée représente une vraie valeur ajoutée à l’offre muséale de Tanger et du Maroc. “Nous avons presque la totalité des œuvres d’artistes marocains à Villa Harris”, précise Majda Amellal. Les tableaux jalonnent l’histoire de l’art plastique au Maroc.

Vous pourrez naviguer entre les tableaux des peintres voyageurs, les débuts de la modernité arabe (depuis les moments fondateurs marqués par les essais picturaux de Mohammed Ben Al R’bati).

Frise chronologique au sein du musée Villa Harris
L’exposition permanente se déploie sur un parcours de quatre grandes sections. Ph : FNM

La troisième période se concentre sur les enjeux de l’identité culturelle, soit les années 50, 60 et 70. C’est la période des grands maîtres de la peinture marocaine avec Jilali Gharbaoui et Ahmed Cherkaoui, le groupe de Casablanca Melehi, Belkahia, Chabâa, auxquels s’ajoute par la suite une deuxième vague d’artistes comme Miloud Labied, Fouad Bellamine, Mohamed Kacimi.

Pour la période après les années 90, c’est la quête de la singularité : les artistes marocains s’affirment et ne cherchent plus à s’écarter des modèles occidentaux pour montrer ce qui les rassemble et les identifie à une culture commune et à une communauté. Ces personnes décident de mettre en valeur ce qui les distingue.

Tableaux dans villa Harris
Une exposition riche entre les murs du musée Villa Harris

Dans les dédales du musée, vous pourrez apprécier l’extrême variété des productions artistiques autour de thèmes communs.

“La particularité du musée Villa Harris, c’est que l’exposition couvre toute la période de l’histoire de l’art au Maroc, depuis les artistes voyageurs qui ont initié les peintres marocains à la peinture”, raconte la conservatrice.

Le parcours est complet, couvrant le début de l’art marocain jusqu’à la période contemporaine. La seule exception est liée aux peintres voyageurs.

Toiles exposées dans le musée Villa Harris
Dans les dédales du musée, vous pourrez apprécier l’extrême variété des productions artistiques autour de thèmes communs. Ph : FNM

Sur place, des œuvres de plusieurs artistes qui se sont inspirés de Tanger, comme Josep Tapiro, Mariano Bertuchi, Maria Fortuny, Claudio Bravo. “Ils se sont inspirés de la ville, de sa couleur, de ses visages pour faire des œuvres”, explique la responsable du musée. Du côté des Marocains, le premier peintre marocain Mohammed Ben Al R’bati est exposé. “Nous avons des œuvres de l’école de Tétouan, que nous appelons école du Nord, l’école de Casablanca et la série contemporaine”, ajoute Majda Amellal.

Toiles exposées au musée Villa Harris
Du côté des Marocains, le premier peintre marocain Mohammed Ben Al R’bati est exposé. Ph : FNM

Et pour la région ?

Une maman et sa fille devant une toile du musée Villa Harris
Le musée est adapté à toutes les tranches d’âge. Ph : FNM

Le musée Villa Harris est un atout pour la ville de Tanger et la région du Nord, puisqu’il enrichit l’offre culturelle de la ville, tout en mettant en “valeur nos artistes du nord”. D’autant plus que le musée est très riche, adapté à toutes les tranches d’âge, même aux enfants, et adapté pour les Marocains et les touristes internationaux.