Depuis quelques semaines, les réunions s’enchaînent entre le ministre de la Santé, Amine Tahraoui, et les acteurs de la chaîne du médicament, notamment les industriels et les pharmaciens.

L’objectif est principalement de discuter des contours et des détails du nouveau projet de décret encadrant la procédure de fixation des prix des médicaments, qui vise à renforcer la transparence et également à réduire le prix final pour le consommateur.

Ce projet de réforme alimente toutefois les tensions entre la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) et la Fédération nationale des associations de consommateurs (FNAC). Si la première rejette ce texte dans sa version actuelle pour une éventuelle atteinte à l’équilibre économique des pharmacies d’officine, et menace de grève, la FNAC rejette, elle, « toute tentative de pression exercée sur le gouvernement ou blocage d’un service public vital tel que celui des pharmaciens ».

 La CSPM brandit la menace d’une grève nationale

Initialement annoncé le 26 mai dernier au Parlement par Tahraoui, ce projet de réforme a déjà suscité des remarques de la part des laboratoires et des pharmaciens, ce qui a conduit, selon nos informations, à certains ajustements.

Cependant, cette réforme pourrait avoir un impact sur la marge des pharmaciens d’officine. Celle-ci pourrait subir des baisses. Si l’ampleur de cette baisse reste encore inconnue, elle suscite d’ores et déjà des inquiétudes au sein de la profession.

Le 17 juillet dernier, la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc, présidée par le Dr Mohamed Lahbabi, a tenu un conseil national à l’issue duquel elle a publié un communiqué virulent.

> Lire aussi : Prix des médicaments : en détail, voici ce que propose le ministère de la Santé

Elle y dénonce « la décision ‘unilatérale’ du ministère de la Santé de mettre fin aux concertations et rejette la version actuelle du projet de décret relatif à la réforme des prix des médicaments ».

D’après la Confédération, « ce projet de réforme menace l’équilibre économique des pharmacies de proximité et, à terme, la sécurité pharmaceutique nationale. Elle considère ainsi qu’il constitue un tournant dangereux dans le processus de réforme du secteur pharmaceutique au Maroc ».

La CSPM appelle ainsi « l’ensemble des pharmaciens, quel que soit leur lieu d’exercice ou leurs responsabilités, à :

– élever le niveau de vigilance et de mobilisation professionnelle pour défendre la stabilité des pharmacies ;

– se tenir prêts et à s’engager pleinement dans toutes les formes de mobilisation légitimes que pourrait décider la Confédération, y compris une grève nationale impliquant la fermeture de l’ensemble des pharmacies du Royaume, qui fera l’objet d’une concertation préalable avec l’ensemble des syndicats partenaires ;

– se rassembler autour des revendications de la profession et à les défendre collectivement ».

« Notre dignité est une ligne rouge… L’escalade est notre choix pour imposer un changement équitable », affirme le communiqué.

Plusieurs amendements proposés par les pharmaciens ont été retenus

Il est toutefois à noter que les pharmacies du Royaume sont représentées par quatre principales centrales syndicales. Les trois autres centrales s’interrogent sur la prise de position de la CSPM, « dont la représentativité reste faible », nous confie-t-on.

Jointes par nos soins, des sources représentant ces trois centrales reconnaissent avoir apprécié la qualité des échanges avec le ministre de la Santé, qui, à différentes reprises, « s’est montré franc, à l’écoute et réactif ».

« Différentes rencontres ont d’ailleurs eu lieu avec le ministre lui-même, ses équipes, ainsi qu’avec des responsables directement concernés par la réforme des prix des médicaments, qui se sont montrés à l’écoute et ouverts au dialogue », nous confirment-elles.

« Les discussions autour de cette réforme sont désormais achevées. Plusieurs amendements proposés par les pharmaciens ont été retenus, ce qui est perçu comme un point positif pour le secteur ».

« À présent, place aux discussions autour du dossier revendicatif des pharmaciens d’officine », dont les principaux points concernent notamment les compléments alimentaires et le droit de substitution, concluent nos sources.

La FNAC soutient la réforme et dénonce la menace de grève

Face à cette position, la Fédération nationale des associations de consommateurs s’est dite surprise. Elle n’a donc pas tardé à réagir.

Dans un communiqué publié le 19 juillet, elle a apporté son soutien « total » à ce projet de réforme. Pour la Fédération, « il s’agit d’une avancée en faveur du droit des citoyens à des soins de santé accessibles et à des médicaments à prix raisonnables ».

Elle rejette ainsi catégoriquement « toute tentative de pression exercée sur le gouvernement ou de blocage d’un service public vital tel que celui des pharmacies, à travers la menace de grève, car cela constitue une menace directe à la sécurité pharmaceutique et à la santé des citoyens ».

La Fédération affirme que « la réduction des prix des médicaments ne porte nullement atteinte à la dignité des pharmaciens, mais qu’elle est, au contraire, conforme à la déontologie de la profession, à l’esprit de service public et qu’elle renforce la relation de confiance entre le pharmacien et le consommateur ».

Elle appelle ainsi les autorités gouvernementales « à ne céder à aucune forme de chantage professionnel ou syndical, et à accélérer la mise en œuvre des mécanismes de contrôle et de révision des prix des médicaments, dans le respect des principes de transparence et d’équité tarifaire ».

La FNAC exhorte par ailleurs le Conseil de la concurrence et les autorités de régulation compétentes à « ouvrir une enquête approfondie sur le respect des principes de concurrence libre et loyale dans le secteur pharmaceutique et à lutter contre toute forme de monopole ou d’entente sur les prix ».

Elle réaffirme, enfin, que « la dignité du citoyen n’est pas inférieure à celle du professionnel, et que le droit à des soins de santé accessibles n’est pas un privilège, mais un acquis qui doit être défendu avec la force de la loi et de la société.

Le consommateur au cœur du débat

Derrière cette guerre de communiqués, c’est bien la question de l’équilibre du système qui est posée, et qui bénéficiera principalement au citoyen.

Si la réforme ambitionne de faire baisser les prix et de faciliter l’accès aux soins, elle doit aussi veiller à ne pas fragiliser davantage un maillon essentiel de la chaîne, à savoir les pharmacies d’officine, dont la situation continue de se dégrader, mais aussi, de l’autre côté, les industriels.

Le ministère de la Santé, qui n’a, à ce stade, pas encore dévoilé la version finale de ce projet de réforme, devra arbitrer entre ces trois impératifs.