Un week-end électrique sur la scène politique marocaine. Les passes d’armes se sont multipliées entre plusieurs hommes politiques représentant l’opposition et la majorité, sur fond d’échanges d’accusations tous azimuts.
À Nador, le RNI a dépêché Lahcen Saâdi, chef de file de l’organisation des jeunes du parti et secrétaire d’État chargé de l’Artisanat et de l’économie sociale et solidaire, pour défendre la majorité et son bilan, mais surtout pour répliquer à plusieurs leaders de l’opposition.
Lahcen Saâdi tire sur tout ce qui bouge
Samedi dernier, Lahcen Saâdi présidait à Nador une rencontre de communication de la jeunesse du RNI, sur le thème « La jeunesse de l’Oriental et l’État social : une adhésion responsable et une vision optimiste », en présence d’Anis Birou, autre membre dirigeant du parti.
Après avoir, dans un exposé, fait le tour des réalisations du gouvernement en matière de chantiers de la santé, de couverture sociale et d’amélioration de la situation des enseignants, Lahcen Saâdi a visé deux composantes de l’opposition : le PPS et le PJD en la personne de leurs dirigeants respectifs.
Il a reproché au secrétaire général du PPS, Nabil Benbadallah, de s’être rendu dans la région d’Aït Bouguemez, théâtre de protestations sociales ces derniers jours.
Le jeune dirigeant du RNI critique le dirigeant du PPS et lui reproche de « surfer sur des revendications sociales ». Il l’accuse de « dresser la population contre le gouvernement ». Il dénonce ce qu’il a qualifié de « dégradation du discours politique » et a appelé à immuniser le discours politique contre « le négativisme de bas niveau ».
Dans son intervention, Lahcen Saâdi n’a pas épargné Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD. Il l’a accusé d’avoir porté atteinte à l’institution de la chefferie du gouvernement avec ses sorties médiatiques qu’il juge indignes d’un homme politique qui a dirigé le gouvernement. Saâdi a notamment pointé les propos controversés de Abdelilah Benkirane à l’encontre des jeunes Marocaines qui veulent poursuivre leurs études au lieu de se marier, les qualifiant de « cigognes ».
Le chef de file de la jeunesse RNI a également critiqué ce qu’il appelle le « double langage » du PJD, citant les propos de Abdellah Bouanou concernant le polisario.
Dans de récentes déclarations, le président du groupement parlementaire du PJD avait qualifié les séparatistes de « frères égarés » s’élevant, par la même occasion, contre les appels à classer le polisario comme organisation terroriste.
Des « positions douteuses », poursuit le dirigeant RNI qui a appelé les acteurs politiques à clarifier « leurs allégeances ».
Les ripostes de Benabdallah et de Benkirane
Invité sur le plateau du média CapTV, le secrétaire général du PPS a repris sa charge contre le gouvernement Akhannouch, le qualifiant d’ »absent politiquement et sur le plan de la communication ». Il a défendu son déplacement à Aït Bouguemez en affirmant que faire de la politique, c’était aussi écouter les doléances de la société.
Nabil Benabdallah a affirmé que son parti était conscient du travail fait par l’actuel gouvernement sur plusieurs fronts. Cependant, la répartition des bienfaits des efforts fournis n’a pas été égale pour tous les Marocains.
En revanche, le chef de file du PPS s’est encore une fois élevé contre ce qu’il qualifie de « diabolisation des gens qui ont des revendications légitimes », faisant allusion à la dernière séance des questions orales au chef de l’exécutif à la Chambre des représentants.
« Le chef du gouvernement se croit sur une autoroute où il n’y a personne », affirme Nabil Benabdallah.
Abdelilah Benkirane a délégué au site officiel du PJD de répondre à Lahcen Saâdi.
« Accuser l’opposition de surfer sur les protestations n’est autre qu’une tentative désespérée d’inverser les rôles. Les partis qui ont été au pouvoir auparavant, et à leur tête le PJD, avaient hérité d’une crise financière étouffante, mais ils ont fait face à la crise avec courage et des décisions difficiles (…) sans tourner le dos aux revendications du peuple et sans réprimer ses libertés. Par contre, il paraît que le RNI n’a rien d’autre aujourd’hui qu’un discours offensif et creux où il ressasse des réalisations sans réel impact dans la rue et dompte les chiffres pour convaincre les Marocains d’une réalité qu’ils ne ressentent pas », lit-on sur la vitrine officielle du PJD, en milieu de soirée du dimanche 20 juillet.
« Saâdi, en attaquant le PJD et le PPS, fuit la véritable question : qu’a fait l’actuel gouvernement avec tous les moyens et les programmes qu’il a promis ? Qu’est-ce qui a été réalisé effectivement de l’État social si ce ne sont des campagnes de marketing politique et médiatique ? », s’interroge le parti de Benkirane.
Dans la même journée du dimanche 21 juillet, Abdelilah Benkirane a lancé une pique à l’un de ses autres rivaux politiques. Il a tout simplement demandé à Abdellatif Ouahbi de présenter sa démission, et ce, en relation avec les fuites de documents qui ont rendu publique une donation faite par le ministre de la Justice à sa femme.