+77% est l’évolution du cours de l’action Vicenne depuis son introduction en bourse le 15 juillet 2025. En six séances seulement, le titre est passé de 236 DH à 417,8 DH à la clôture du 22 juillet.

Pour rappel, BKGR avait estimé un potentiel de valorisation à 300 DH, soit une hausse attendue de 27%. Ce seuil a été franchi largement et en un temps record.

Lors du lancement de l’IPO, les analystes que nous avions contactés affichaient un optimisme unanime quant aux perspectives de l’entreprise, mais aussi sur l’intérêt que susciterait son introduction auprès des investisseurs. Ils ne se sont pas trompés, l’opération a été souscrite 64 fois par plus de 37.000 souscripteurs.

Alors jusqu’où peut aller cette dynamique boursière ? Le secteur de la santé compte désormais deux représentants cotés, Vicenne venant rejoindre Akdital, introduite fin 2022. Cette double présence marque un tournant pour la place. Mais de quoi bénéficie exactement ce secteur pour continuer à s’imposer en bourse et maintenir un tel rythme de croissance ?

Où va l’action Vicenne ?

« L’action Vicenne a connu une hausse très rapide en bourse. Akdital, à ses débuts, n’avait pas progressé à ce rythme. Mais ce n’est pas parce qu’elles sont toutes les deux dans la santé qu’il faut les comparer. Les modèles sont différents, bien sûr. Cela dit, la santé est un secteur qui plaît aux investisseurs. On l’a bien vu avec le parcours d’Akdital », explique un analyste de la place.

« Et à mon sens, Vicenne bénéficie aujourd’hui de cet effet d’entraînement, avant même que les fondamentaux ne soient réellement analysés. Il y a une vraie anticipation, mais aussi une peur de passer à côté ; ce réflexe qu’on observe souvent après le succès d’une autre valeur du même secteur« , estime le même analyste.

« Pourtant, cette hausse ne repose pas uniquement sur l’effet de comparaison avec Akdital. Car dans le fond, les fondamentaux sont bien là ».

Malgré la hausse déjà enregistrée, il y a encore de l’appétit autour du titre. La dynamique reste présente, et le marché ne donne pas de signe d’essoufflement

« À ce stade, il n’y a pas de signe manifeste de surchauffe. La dynamique reste portée par des fondamentaux clairs et une demande soutenue mais rationnelle ».

Vicenne affiche une croissance régulière : son chiffre d’affaires est passé de 170,3 MDH en 2022 à 217,2 MDH en 2024. Le résultat net, lui, progresse de 13,5 à 23,7 MDH sur la même période. La marge nette grimpe de 7,9% à 10,9%, et la marge d’EBITDA devrait atteindre 19,2% en 2024 contre 15,1% un an plus tôt.

« On parle ici d’un business plan en base pre-money, autrement dit sans intégrer encore les moyens financiers levés à travers l’introduction en bourse. Ce n’est pas un modèle totalement stabilisé », commente-t-il.

« Le groupe prévoit deux à trois acquisitions ciblées dans les 24 prochains mois, financées par une enveloppe comprise entre 700 MDH et 1 MMDH. En plus de cette stratégie de croissance externe, Vicenne compte accélérer son déploiement en Afrique de l’Ouest, en dupliquant son modèle au Sénégal et en Côte d’Ivoire, Ces éléments apportent une certaine visibilité sur l’entreprise ».

« Le business plan post-IPO repose sur un triptyque cohérent : buy & build, expansion régionale et montée en gamme des services. Si l’exécution suit, le potentiel est là ».

À l’horizon 2030, le chiffre d’affaires est censé croître de 11,7% par an, avec une progression de l’EBITDA de 16% à 17% par an. Le résultat net, lui, doublerait quasiment, passant de 117 MDH en 2025 à 230 MDH en 2030.

« Le marché semble avoir rapidement intégré ces perspectives. Au cours d’introduction de 236 DH, le PER 2025 ressortait à 20,7 fois, un niveau conforme à la moyenne du marché, estimée à 19,2x ».

« À l’entrée, la valorisation était raisonnable au vu des perspectives. C’est la forte demande et l’effet momentum qui ont propulsé le titre bien au-delà ».

Aujourd’hui, au cours de 417,8 DH, le PER implicite grimpe à 36,6 fois les bénéfices projetés de 2025. Cela peut sembler tendu, mais le marché regarde déjà au-delà

« Certes, le multiple est élevé sur 2025, mais il tombe à 16,2 fois dès 2026. Ce repli rapide s’explique par la dynamique de croissance intégrée au plan stratégique, ce qui rend le niveau actuel encore défendable ».

« Une phase de consolidation pourrait survenir à court terme, ce qui est naturel.  Mais tant que la trajectoire reste crédible et lisible, Vicenne pourrait tracer un chemin boursier comparable et même dépasser celui observé pour Akdital ».

Pourquoi le secteur de la santé continue-t-il de séduire en bourse ?

Au-delà des fondamentaux propres à Vicenne ou à Akdital, c’est tout le secteur de la santé qui bénéficie d’un alignement de facteurs favorables. Cette dynamique structurelle alimente l’intérêt croissant des investisseurs et explique pourquoi la santé reste l’un des segments les plus recherchés en bourse.

La demande est forte, régulière, et appelée à croître davantage. Le vieillissement de la population marocaine, combiné à l’allongement de l’espérance de vie, crée un besoin durable en soins spécialisés, en équipements médicaux et en services hospitaliers.

En parallèle, la couverture médicale de la population s’élargit. Elle est passée de 49,1% en 2018 à 69,8% à fin 2024, avec une progression particulièrement marquée en milieu rural où le taux a quasiment doublé.

Entre 2019 et 2025, les dépenses publiques de santé ont doublé, passant de 16,3 MMDH à 32,6 MMDH. L’État porte plusieurs réformes de fond, parmi lesquelles la généralisation de la protection sociale, la refonte du système de santé, la création d’agences de régulation, ou encore le déploiement des groupements sanitaires territoriaux (GST) censés rapprocher la gestion des soins des réalités locales.

Sur le terrain, l’écosystème évolue. En 2024, le Maroc comptait 47.222 lits hospitaliers dans plus de 600 établissements, publics et privés confondus. Si le secteur public reste majoritaire, le privé progresse rapidement. Sa part dans la capacité litière nationale est passée de 28% à 40% entre 2020 et 2024. Le nombre de cliniques privées a crû de manière soutenue, passant de 375 à 453 sur la même période.

Le ratio lits/habitants a, lui aussi, progressé : 12,8 lits pour 10.000 habitants en 2024, contre 10 en 2020

Cela reste inférieur à la moyenne régionale (15) et loin des niveaux OCDE (46), ce qui souligne à la fois le retard accumulé et le potentiel de rattrapage, une perspective particulièrement porteuse pour les opérateurs cotés.

À cela s’ajoutent les transformations technologiques. La montée en puissance des soins ambulatoires, du diagnostic de précision ou de la robotique médicale élargit les segments d’intervention et stimule l’investissement privé.

Chaque ouverture d’établissement génère à elle seule des besoins additionnels en équipements, consommables, services techniques et logistique, un champ dans lequel des acteurs comme Vicenne ont construit leur cœur de métier.