En attendant d’en savoir plus sur ses priorités pour développer l’industrie du cinéma, le directeur général du CCM, en déplacement sur le lieu du tournage du péplum The Odyssey aux côtés du ministre de tutelle, a accepté de commenter les retombées de cette adaptation cinématographique de l’épopée grecque du voyage d’Ulysse qui a déjà généré 1,5 million de dollars de recettes en prévente de billets avant sa sortie prévue en juillet 2026.
Medias24 : Qu’est-ce que cette méga-production peut apporter au cinéma marocain ?
Reda Benjelloun : Sachant que notre ambition est d’être encore plus présents dans la cartographie mondiale du cinéma, cette ambition se renforce avec ce tournage parce que le Maroc est une vraie terre de cinéma qui jouit d’une géographie et d’un climat qui nous distinguent des autres destinations concurrentes.
S’il est vrai que les grandes productions ramènent avec elles des métiers incontournables, elles trouvent cependant sur place des équipes avec un savoir-faire, des endroits extraordinaires, du matériel et des studios.
Ce n’est donc pas un hasard qu’un réalisateur de l’envergure de Christopher Nolan soit venu tourner à Essaouira et à Ouarzazate dans un premier temps avant de revenir à Dakhla.
Au départ, il avait en effet l’intention de tourner dans les Bermudes ou en Australie pour filmer des séquences maritimes, mais finalement, c’est à Dakhla qu’il est venu pour clôturer son tournage.
C’est par conséquent un signe très positif qui installe nos provinces du Sud dans la cartographie cinématographique mondiale et qui seront amenées à devenir un écosystème régional puis africain.
— La nouvelle école de cinéma va-t-elle participer à cette dynamique ?
– Effectivement, l’ouverture de l’Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel et du cinéma (ISMAC) en septembre prochain va permettre de former aux métiers du cinéma de nombreux jeunes Marocains, de toutes les régions du Maroc ainsi que des étudiants du reste de l’Afrique.
— Ce tournage ouvre-t-il des perspectives inédites pour Dakhla ?
– N’étant pas connue comme une ville de tournage, Dakhla va en effet offrir à l’avenir des possibilités extraordinaires aux productions étrangères qui vont y trouver des ressources humaines ainsi qu’une géographie très différente des autres régions du Maroc.
Si on rajoute son ouverture sur l’Afrique, cela va donner des perspectives très fortes pour cette destination.
— Le nombre de villes marocaines qui vont accueillir des tournages va-t-il donc s’étendre ?
— Il va plutôt se renforcer car nous avons déjà des tournages dans toutes les villes du Maroc, à l’instar d’une production étrangère qui s’est installée récemment à Kénitra.
Dakhla va en effet offrir à l’avenir des possibilités extraordinaires aux productions étrangères qui vont y trouver des ressources humaines ainsi qu’une géographie très différente des autres régions du Maroc.
Aujourd’hui, la force du Maroc est d’être très réactif face à la demande et d’avoir en plus des sociétés locales de production exécutives très efficaces qui font un formidable travail.
Sachant qu’en 2024, les tournages étrangers ont généré près de 1,5 milliard de dirhams d’investissements, nous avons, le ministère de tutelle et le CCM, pour ambition d’augmenter ce chiffre d’année en année grâce notamment à notre dispositif incitatif de cash rebate.
– Un mot sur son fonctionnement ?
— Si une production étrangère travaille avec une production exécutive marocaine et réalise 18 jours de tournage au Maroc, elle se fait rembourser 30% de ses investissements et de ses dépenses éligibles.
D’autres pays ont des taux de cash rebate supérieurs aux nôtres, mais le Maroc se distingue de ses concurrents par une géographie exceptionnelle où vous pouvez commencer à tourner le jour sur une montagne enneigée et terminer votre tournage au bord de mer ou alors dans le désert.
— Qu’est-ce qui attire les grands réalisateurs étrangers ?
– Plusieurs atouts et un climat exceptionnel qui a d’ailleurs fait dire à un grand réalisateur américain comme Ridley Scott qu’il vient tourner dans notre pays pour son extraordinaire lumière.
Ce film, qui doit sortir en juillet 2026, est d’ores et déjà sold-out après la mise en vente à l’avance des premiers billets dans les salles IMAX aux États-Unis et au Canada
Si nous disposons déjà de nombreux techniciens dans tous les secteurs du cinéma, notre ambition est de développer le nombre de studios et de professionnels avec des instituts qui essaiment dans plusieurs villes pour former des Marocains et pour attirer davantage de productions étrangères.
Nous allons aussi renforcer notre présence dans différents rendez-vous de l’industrie cinématographique mondiale pour mettre en avant et vendre l’image du « Maroc terre de cinéma ».
— Le Maroc dispose-t-il de techniciens pour maîtriser un film de A à Z ?
— Tout dépend de la nature des films et des productions, mais quand un réalisateur étranger vient au Maroc, il ne fait pas systématiquement tout son film au Maroc.
Cela dit, notre ambition est d’offrir la plus large panoplie de métiers possibles et de compétences d’excellence.
— La production américaine a annoncé que le film Odyssey allait coûter 250 millions de dollars, c’est par conséquent un des plus gros budgets que le Maroc ait jamais accueillis ?
— Il est évident que c’est un budget très important pour un film qui est très attendu.
— Pourquoi très attendu ?
– Pour la bonne raison que ce film qui doit sortir en juillet 2026 est d’ores et déjà sold-out après la mise en vente à l’avance des premiers billets dans les salles IMAX aux États-Unis et au Canada.
C’est énorme car The Odyssey a déjà généré 1,5 million de dollars de recettes et la demande est tellement importante que certains billets sont revendus sur eBay à plusieurs centaines de dollars.
Mais le plus important pour nous est qu’on va voir le Maroc dans ce film qui va nous faire une publicité extraordinaire à l’international.
— Est-ce qu’il y a d’autres grosses productions en perspective ?
— Absolument. Notre ambition est d’attirer aussi les grandes plateformes comme Netflix, Amazon, Apple… et surtout de faire en sorte que ceux qui viennent tourner une fois au Maroc reviennent…
