Baraclude, un médicament jusque-là inconnu du grand public, est propulsé au cœur des débats sur les prix des médicaments. Un simple post Facebook a suffi à déclencher la colère de nombreux citoyens face aux prix des médications pratiqués au Maroc. L’histoire racontée par un internaute a fait le tour des réseaux sociaux. Elle a également été reprise par plusieurs médias, suscitant une vive polémique sur l’écart entre les prix pratiqués au Maroc et ceux relevés dans d’autres pays, notamment la Turquie.
Dans son témoignage, l’auteur du post raconte que l’un de ses amis a voulu aider une personne atteinte de cirrhose hépatique, à la recherche du médicament « Baraclude« , prescrit dans le cadre du traitement de l’hépatite B. En pharmacie au Maroc, le prix affiché est de 5.266 DH. Jugeant ce montant excessif, l’ami en question a entrepris des recherches et a pu se procurer exactement le même médicament en Turquie, pour seulement 580 DH (l’équivalent de 2.600 livres turques).
Le Baraclude retiré du marché marocain depuis cinq ans
Médias24 a contacté plusieurs acteurs du secteur. Une source proche du dossier nous confirme que « le Baraclude n’est plus commercialisé au Maroc depuis au moins cinq ans ». L’information nous a également été confirmée par des pharmaciens d’officine.
« Ce médicament était auparavant distribué au Maroc par Maphar, sous licence du laboratoire Bristol-Myers Squibb (MBS), qui disposait d’une représentation dans le pays avant sa fermeture ».
La même source nous précise que « Maphar ne le propose plus, même pas sous forme d’autorisation temporaire d’utilisation (ATU). Les patients doivent donc se tourner vers l’importation ou recourir à son générique ».
En effet, la fiche du Baraclude consultable sur le site de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS) indique clairement son retrait du marché, tant pour la version 0,5 mg que pour la 1 mg.

Source : AMMPS
Source : AMMPS
Contactée par nos soins pour plus de détails, l‘Agence est restée injoignable au moment de la mise en ligne du présent article.
Un seul générique au Baraclude, mais en rupture de stock ?
Joints par Médias24, plusieurs pharmaciens du Royaume nous confirment par ailleurs que le seul générique disponible au Maroc est l’Opavir 0,5 mg ou 1 mg. « Il est également en rupture de stock depuis quelques mois« , précisent-ils.
Cette situation soulève une question inquiétante : les patients atteints d’une infection chronique par le virus de l’hépatite B sont-ils aujourd’hui privés de toute solution thérapeutique locale ?
Impossible d’y répondre, l’AMMPS étant restée injoignable. Aucune information officielle n’a alors pu être obtenue sur les alternatives envisagées ni sur la gestion de cette pénurie.
Un prix de vente très élevé au Maroc
Notons que le Baraclude, nom commercial de l’Entécavir, est un médicament antiviral indiqué dans le traitement des patients adultes atteints d’une infection chronique par le VHB.
Il s’adresse aussi bien aux personnes ayant une maladie hépatique compensée, avec preuve de réplication virale, qu’à celles souffrant d’une maladie hépatique décompensée.
Sous la forme d’une boîte de 30 comprimés, il est classé comme médicament princeps, c’est-à-dire l’original avant l’apparition de génériques.
Le prix public de vente (PPV) de la version 0,5 mg de ce médicament, lorsqu’il était distribué au Maroc, était fixé à 5.266 DH, selon les données de l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM). Son prix hospitalier était de 5.009 DH.
Ce médicament est remboursé par la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (CNOPS) et par la Caisse nationale de sécurité sanitaire (CNSS), sur la base du PPV de son générique, l’Opavir 0,5 mg.
Ce dernier est fixé à 2.833 DH, et le remboursement s’effectue également sur cette même base.
À l’étranger, des prix bien plus bas
En France, par exemple, pays de référence, le Baraclude est un médicament sur ordonnance, remboursé à hauteur d’au moins 60%. Son prix, hors honoraires, est fixé à 155,22 euros, soit environ 1.660 DH, avec un prix final (honoraires inclus) de 156,24 euros.
En Turquie, ce même médicament coûte 2.602,76 livres turques, soit environ 578,68 DH.
Ces écarts de prix interpellent. Car selon la réglementation marocaine en vigueur actuellement, le prix fabricant hors taxe (PFHT) des médicaments princeps est censé être fixé en fonction du plus bas PFHT parmi six pays de référence : France, Belgique, Portugal, Espagne, Turquie et Arabie saoudite.
Le calcul du PPV d’un médicament princeps se fait ensuite selon la formule suivante : PPV = PFHT + (marge grossiste × PFHT) + (marge officine × PFHT). Pour les médicaments importés, une marge supplémentaire de 10% est appliquée pour couvrir les frais d’importation et de douane.
La marge des officines varie entre 47% et 57% pour les médicaments des tranches T1 et T2. Elle est toutefois plafonnée à 300 DH ou à 400 DH pour les T3 et T4. Pour ce qui est des grossistes, elle se situe entre 2% et 11%, selon le prix fabricant.
Des explications, qui ne suffisent pas à dissiper le malaise
Alors, pourquoi le Baraclude était-il vendu à un prix aussi élevé au Maroc ? Plusieurs sources avancent l’hypothèse selon laquelle le prix de référence pourrait avoir baissé dans les autres pays ces dernières années, pendant que le médicament était absent du marché marocain. Les dévaluations successives de la livre turque peuvent également jouer dans le même sens.
D’autres sources du secteur nous expliquent pour leur part qu’au-delà des prix, d’autres aspects doivent être pris en considération pour effectuer de telles comparaisons, « notamment les pratiques et les différents systèmes de santé dans les autres pays de référence ».
« Il faut également tenir compte des révisions de prix dans les autres pays. Il peut, par exemple, arriver qu’un médicament ait vu son prix baisser en Turquie, alors que cette révision n’a pas encore été appliquée au Maroc », nous explique-t-on.
Mais ces explications ne suffisent pas à dissiper le malaise. Car, au-delà du cas Baraclude, de nombreux médicaments continuent d’être vendus à des prix très élevés au Maroc, dans certains cas, sans justification apparente par rapport aux six marchés de référence. Une situation qui pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages, rendant l’accès au traitement difficile pour de nombreux patients, notamment pour les pathologies graves.
La réforme des prix des médicaments devient donc indispensable dans ce contexte. Elle devra s’attaquer non seulement aux écarts de prix avec l’étranger, mais aussi à la transparence des mécanismes de fixation, à l’actualisation régulière des prix de référence, et à la gestion des ruptures de stock.
