L’exercice aérien conjoint « Marathon25 », qui s’est déroulé entre Guelmim et Marrakech du 23 juin au 4 juillet 2025, a officiellement marqué un nouveau jalon dans la coopération militaire entre l’armée de l’Air et de l’Espace française et les Forces Royales Air marocaines.
Cependant, au-delà des manœuvres, la nature des moyens déployés suggère une dimension stratégique plus profonde : une véritable phase d’évaluation du Rafale en vue d’une potentielle acquisition par le Maroc.
Les détails de l’exercice sont en eux-mêmes révélateurs. La France a engagé cinq de ses chasseurs Rafale B, fleuron de son industrie aéronautique, provenant de la 4ᵉ escadre de chasse. Ces appareils, opérant aux côtés des F-16 marocains, ont été soutenus par un avion ravitailleur A330 MRTT. Ensemble, ils ont multiplié les missions complexes de ravitaillement en vol et d’appui aérien rapproché, des scénarios qui testent au plus haut niveau les performances et l’interopérabilité d’un avion de combat.
Le déploiement d’un tel dispositif n’est jamais anodin. Même si des Rafale ont déjà survolé le territoire du Maroc, c’est la première fois qu’ils réalisent des manœuvres conjointes avec nos F-16.
Le Rafale B étant biplace, nos pilotes ont également pu embarquer à bord des engins aux côtés de leurs homologues français, leur offrant une immersion dans les procédures opérationnelles du chasseur lors des différentes missions exécutées durant l’exercice.
La doctrine aérienne marocaine à la croisée des chemins : entre modernisation et enjeux de souveraineté
La doctrine historique des Forces royales air (FRA) reposait traditionnellement sur un « double vecteur de chasse », articulé autour de deux flottes complémentaires, telles que le Mirage F1 et le Northrop F-5. Selon Abdelhamid Harifi, consultant militaire, cette approche visait à garantir « une flexibilité opérationnelle et une autonomie stratégique ».
Cependant, « l’évolution récente de la flotte a modifié cette dynamique ». L’arrivée des F-16 Block 52+ a relégué les F-5 à un rôle essentiellement d’appui au sol (close air support), tandis que l’acquisition des F-16 Block 72 a pour but de remplacer les Mirage F1. Les F-5, eux, sont arrivés en fin de vie sans aucune possibilité de modernisation ou de prolongation de leur vie opérationnelle.
Cette transformation entraîne une homogénéisation de la flotte : « une flotte de chasse centrée sur deux variantes très proches du même appareil : les F-16 Block 52+ modernisés au standard Viper et les nouveaux F-16 Block 72+ ».
Les options à considérer
D’un point de vue purement opérationnel, le Maroc pourrait opter pour des chasseurs américains, tels que le F-15, pour la supériorité aérienne, ou le F-35, pour sa furtivité et sa capacité de dissuasion. Ce choix présenterait l’avantage d’une mutualisation des moyens en matière de formation, de maintenance et d’armement avec la flotte F-16 existante. Toutefois, selon Harifi, « une telle décision reviendrait à mettre tous ses œufs dans le même panier », aggravant la dépendance stratégique et les risques pour la souveraineté nationale.
Il rappelle que dans des contextes de conflit, des livraisons d’armes, de munitions ou de pièces de rechange ont déjà été suspendues. Ainsi, la « diversification des fournisseurs est une nécessité stratégique pour garantir l’autonomie de décision ».
C’est dans ce contexte que le Rafale de Dassault apparaît comme une « option privilégiée, voire unique ». Ce choix permettrait de « restaurer la doctrine du double vecteur« , en s’appuyant sur les relations solides avec la France et l’historique de collaboration fructueuse avec Dassault. Le Rafale offrirait également un « gain substantiel en matière de supériorité aérienne » grâce à sa polyvalence.
Si la logique de flotte penche vers une solution américaine, la logique de souveraineté donne, selon Abdelhamid Harifi, « un avantage décisif au Rafale ». Il rappelle toutefois que face à la montée en puissance de l’armée de l’air algérienne, l’équipement en chasseurs performants doit s’accompagner d’une réflexion stratégique plus large. Notamment, « l’acquisition de systèmes de détection et de commandement aéroporté (AEW&C) est indispensable pour démultiplier l’efficacité de toute flotte de combat ».