Dans un contexte marqué par la raréfaction de l’eau et la multiplication des aléas climatiques, le développement de cultures résilientes constitue une réponse stratégique pour renforcer la sécurité alimentaire et soutenir les revenus agricoles au Maroc. Parmi ces cultures, le quinoa se démarque par sa capacité d’adaptation, sa faible exigence en intrants et sa richesse nutritionnelle.
Al Moutmir : un déploiement national pour promouvoir le quinoa
Depuis les trois dernières campagnes agricoles (2022-2025), l’initiative Al Moutmir accompagne l’introduction progressive du quinoa à travers un réseau de plus de 106 plateformes de démonstration réparties sur 60 sites, couvrant 12 provinces (Azilal, Béni Mellal, Berrechid, El Jadida, Khénifra, Khouribga, Kénitra, Larache, Meknès, Ouezzane, Tanger-Assilah, Youssoufia). Plusieurs zones agroclimatiques ont ainsi été mises en place. Ces plateformes ont permis de promouvoir un programme intégré des cultures (ICP) dédié au quinoa, intégrant toutes les opérations et bonnes pratiques nécessaires à sa réussite.
Les agriculteurs engagés bénéficient d’un accompagnement couvrant l’ensemble du cycle de production : analyse des sols, sélection variétale, fertilisation raisonnée, lutte intégrée contre les maladies, et techniques de récolte. Les premiers résultats enregistrent des rendements allant jusqu’à 20 quintaux/hectare, témoignant du potentiel de cette culture dans divers contextes agro-climatiques.
Les résultats observés sur la plateforme de démonstration de quinoa à Rissana Chamalia (province de Larache) confirment le potentiel agronomique et économique de cette culture. La variété Puno a atteint un rendement de 25,9 q/ha, contre 14 q/ha pour la parcelle témoin, soit une amélioration de 86%.
Ce gain de 11,9 q/ha représente une amélioration de la rentabilité estimée à 35.000 DH/ha, sur la base d’un prix moyen de 30 DH/kg. Les résultats montrent également une bonne maturité des plants, une réponse positive à la fertilisation raisonnée par variété, ainsi qu’une adaptation confirmée aux conditions climatiques locales à travers les essais variétaux menés sur le site.

Ce dispositif est complété par un programme de renforcement des capacités : formations théoriques, écoles aux champs, capsules pédagogiques diffusées via les médias et les réseaux sociaux, ainsi que des sessions d’accompagnement post-récolte. L’approche vise à assurer une appropriation progressive de la culture par les agriculteurs.
UM6P : la recherche au service de la valorisation du quinoa
L’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), via l’équipe dirigée par le Pr Manal Mhada, a développé un programme de recherche dédié au quinoa, allant de la caractérisation variétale à la valorisation commerciale. Depuis 2018, plus de 300 accessions ont été testées pour identifier les variétés les plus adaptées aux conditions marocaines, notamment en matière de résistance à la sécheresse, à la salinité et à la chaleur.
Cette démarche couvre l’ensemble de la chaîne de valeur : production locale de semences, accompagnement technique, transformation agroalimentaire (couscous, pain sans gluten), et évaluation sensorielle auprès de consommateurs. L’approche adoptée combine recherche, innovation et transfert de technologies pour faire du quinoa une culture économiquement viable.

Le projet s’appuie sur une collaboration avec le ministère de l’Agriculture, des établissements académiques (IAV Hassan II, ENA de Meknès, INRA) et des partenaires industriels. Ces derniers contribuent notamment à l’approvisionnement en intrants adaptés grâce aux solutions de fertilisation proposées via les points de vente « smart blender« .
Forte de l’expérience acquise avec le quinoa, l’équipe de recherche élargit cette méthodologie à d’autres cultures résilientes, comme le sorgho, le mil ou les légumineuses à graines. Ce travail s’inscrit dans une vision à l’horizon 2030 visant à construire des systèmes agricoles plus diversifiés, adaptés aux contraintes climatiques et économiquement durables.