La tournée de Boulos s’inscrit dans le cadre d’une stratégie américaine visant à relancer un dialogue entre les deux parties libyennes et le conflit autour du Sahara marocain. Son passage en Tunisie et en Libye, et l’hypothétique prolongation vers l’Algérie et le Maroc, témoignent de cette logique diplomatique. Washington chercherait à exploiter cet itinéraire pour encourager un apaisement entre les différents acteurs de la région.

Après sa visite en Tunisie, premier arrêt de sa tournée, Massad Boulos avait qualifié son entretien avec le président tunisien Kaïs Saïed, qui s’est tenu le mardi 22 juillet 2025 au palais de Carthage, de « constructif ».

« Aujourd’hui, j’ai eu une rencontre constructive avec le président Saïed, au cours de laquelle nous avons réaffirmé les liens historiques entre les États-Unis et la Tunisie et discuté des efforts visant à résoudre les conflits régionaux », a-t-il écrit.

Le message ne fait toutefois aucune allusion aux propos très critiques tenus par le chef de l’État tunisien à propos des massacres en Palestine, de l’impunité israélienne ou encore de la légitimité internationale – des déclarations visibles dans la vidéo officielle diffusée par la présidence tunisienne.

L’ambassade des États-Unis à Tunis n’a émis pour sa part aucun commentaire public, ni publié de communiqué au sujet de cette rencontre.

Deux jours plus tard, Massad Boulos a réagi aux controverses suscitées par cette visite. Dans une déclaration publiée sur le réseau X, il dénonce ce qu’il considère comme une mauvaise interprétation de ses échanges avec les autorités tunisiennes.

« Je déplore la diffusion d’une propagande déplacée au sujet des échanges bilatéraux exhaustifs que j’ai menés avec le gouvernement tunisien cette semaine », affirme le conseiller.

Boulos précise que sa venue à Tunis s’inscrit dans un cadre plus large. « Mon déplacement à Tunis s’inscrivait dans le cadre d’une tournée régionale visant à nous concerter sur des intérêts partagés, à savoir : parvenir à la paix, sécuriser nos frontières, vaincre le terrorisme et restaurer un commerce juste et réciproque », souligne-t-il.

Si la présidence tunisienne a largement relayé les déclarations critiques du chef de l’État sur la situation au Proche-Orient, Massad Boulos semble vouloir recentrer le discours sur les objectifs globaux de sa tournée.

« Ce fut l’occasion de mettre en lumière les succès du président Trump et de son administration dans la promotion de la paix à travers le monde, et de réaffirmer que nous continuerons, avec nos partenaires, à œuvrer pour un monde plus stable et plus prospère », a-t-il fait observer.

Une tournée « fructueuse » en Libye

Après la controverse en Tunisie, la visite de Massad Boulos en Libye s’est révélée particulièrement fructueuse sur le plan économique. Le responsable américain s’est rendu à Tripoli le 23 juillet 2025, où il a rencontré le Premier ministre du gouvernement de l’unité libyen reconnu à l’international, Abdul Hamid Dbeibah.

Dbeibah a, selon la plateforme gouvernementale libyenne Houkoumitna, proposé un pacte économique ambitieux avec les États-Unis : un partenariat évalué à environ 70 milliards de dollars, couvrant les secteurs de l’énergie, des mines, des infrastructures, de la santé et des télécommunications.

« L’objectif est d’attirer les grandes entreprises américaines dans les projets de développement en Libye ».

Les analystes considèrent cette proposition comme une tentative de longue haleine de Dbeibah d’attirer l’attention de l’administration Trump et de convaincre les décideurs américains que Tripoli pourrait être un allié fiable dans la région.

De son côté, le conseiller Massad Boulos a exprimé le soutien de l’administration américaine aux efforts de stabilisation en Libye, affirmant l’intérêt de Washington à poursuivre la coordination et à élargir les domaines de coopération avec le gouvernement d’union nationale.

Le conseiller principal américain pour l’Afrique a également présidé l’officialisation d’un accord d’infrastructure majeur d’une valeur de 235 millions de dollars entre la Compagnie nationale libyenne de pétrole (NOC) et la firme américaine Hill International.

Selon les informations partagées par le responsable américain, ce partenariat est destiné à « soutenir les efforts de modernisation de la NOC ». L’objectif est d’accroître de manière significative la production et les exportations de gaz du pays, un secteur vital pour l’économie libyenne.

L’émissaire américain s’est ensuite entretenu à Tripoli avec le président du Conseil présidentiel, Mohamed al-Menfi. Selon le conseiller, la discussion a porté sur « le processus politique et les efforts visant à garantir la paix et la stabilité à Tripoli et dans toute la Libye ». Il a souligné avoir « réaffirmé le soutien des États-Unis à l’unité libyenne, ainsi qu’à une voie politique basée sur le consensus et le dialogue entre Libyens », ajoutant que le « renforcement de la stabilité est essentiel à l’élargissement de la coopération et à la prospérité mutuelle » entre les deux pays.

Concluant sa tournée, le conseiller s’est rendu ce jeudi 24 juillet à Benghazi pour y rencontrer le maréchal Khalifa Haftar, commandant en chef de l’Armée nationale libyenne (ANL) qui contrôle l’Est. Ce dernier est jugé particulièrement proche de la Russie. L’échange a porté sur « le soutien américain aux efforts libyens pour unifier les institutions, renforcer la souveraineté et tracer un chemin vers la stabilité et la prospérité par le dialogue politique ».

Malgré les attentes, aucune date ni confirmation officielle n’a pour l’instant été annoncée pour l’Algérie ou le Maroc. Le suspense demeure quant à la suite de sa tournée et à ses véritables objectifs diplomatiques.