La grotte du Chameau a été inscrite au patrimoine national en 1953. Médias24 a rencontré son responsable, Mounir Hamdaoui, qui nous confie, non sans fierté, que le roi Mohammed VI a visité la grotte en 2003.
Mais comment cette merveille de la nature est-elle née ? Le professeur de géologie et d’archéologie Hassan Aouraghe nous explique que « le massif des Béni Znassen est formé essentiellement par des affleurements ou roches carbonatées, susceptibles d’abriter des grottes par le phénomène de dissolution chimique de ces calcaires ou dolomies, dénommé karstification ».
Le Pr Aouraghe souligne que la grotte du Chameau est bien plus qu’une cavité karstique naturelle : « C’est un patrimoine géologique, scientifique unique, c’est un musée naturel souterrain ».

Un musée naturel souterrain et des gravures rupestres vieilles de 12.000 ans
« Ce lieu abrite à lui seul les plus anciennes gravures rupestres et pariétales en Afrique du Nord, vieilles d’environ 12.000 ans ». Pour le Pr Aouraghe, cette grotte incarne le potentiel écotouristique de l’Oriental et renforce l’attractivité d’un « territoire riche mais encore sous-exploité ». Elle attire aussi bien les spéléologues que les archéologues, les randonneurs que les curieux de nature.
La force de l’eau est à l’origine de cette grotte. Elle s’est formée « il y a des milliers d’années dans les calcaires du Jurassique moyen. L’eau des rivières a creusé les galeries, des salles, des conduits souterrains, et les eaux de pluie, riches en gaz carbonique CO₂ qui se transforme en un acide carbonique s’infiltrant par les fissures de la roche, ont lentement dissous le calcaire, formant des draperies, des stalagmites ou des stalactites.
Le nom de la grotte provient d’une stalagmite à l’entrée qui rappelle la tête d’un chameau. Le Pr Aouraghe mentionne une autre explication : « La forme générale de la falaise de la montagne qui abrite la grotte ressemble vaguement à un chameau accroupi ».

Que voir dans la grotte du Chameau ?
Pour visiter les trois étages de la grotte du Chameau, il faut compter une heure approximativement. Petite particularité, l’entrée de la grotte se fait par la porte inférieure, et la sortie par la porte supérieure. Les chercheurs et scientifiques ont à leur disposition 2 à 3 kilomètres pour faire leurs recherches sous l’eau, précise Mounir Hamdaoui.
L’étage inférieur est le seul encore en activité. Il compte notamment une galerie de 40 mètres et une autre de 80 mètres. Le professeur de géologie à l’université Mohammed Ier à Oujda explique qu’à cet étage se forme un petit lac d’eau à 26 °C, à bord sableux, qui abrite une faune de poissons aveugles.
L’étage du milieu est formé de nombreuses galeries, dont l’une se prolonge sur 60 mètres. Ces galeries sont garnies de « concrétions (stalagmites et stalactites) en forme de dents de dragon », précise-t-il. Enfin, l’étage supérieur se compose d’une grande galerie presque rectiligne de 60 mètres de long.

La grotte du Chameau offre au visiteur une immersion dans un univers souterrain millénaire, encore à l’état brut. Il peut plonger dans un véritable musée naturel dans les entrailles montagneuses des Béni Znassen.
Les amateurs pourront admirer des formations géologiques spectaculaires où les stalactites et les stalagmites forment un rempart de colonnes. Sans oublier le lac souterrain qui abrite des poissons aveugles, et les chauves-souris très présentes dans la grotte.
Les températures sont fraîches l’été et tempérées en hiver. Mention spéciale pour la vue exceptionnelle sur la vallée de Zegzel depuis l’entrée.

Fermé aux visiteurs
Des travaux de réhabilitation de la grotte sont en cours depuis 2020. « Nous espérons qu’elle va bientôt ouvrir ses portes aux visiteurs », s’impatiente le gardien des lieux, un passionné qui a hérité du métier de son père.
Le défi majeur est d’achever les travaux d’aménagement engagés à l’extérieur de la grotte du Chameau. Des cafés, des restaurants et même des hébergements sont prévus. À l’intérieur, elle présente la particularité d’être la seule grotte illuminée au Maroc. Le Pr Aouraghe indique qu’elle est équipée de caméras de surveillance et d’un système de mesure du taux d’oxygène. Des escaliers donnant accès aux trois niveaux ont été aménagés.
La grotte du Chameau présente par ailleurs un intérêt pédagogique puisque des étudiants de l’université Mohammed Ier viennent y effectuer des stages de formation durant leur cursus universitaire.

Pour l’archéologue, le principal objectif dorénavant est de « voir ce patrimoine dont dispose cette région se transformer en un atout de développement durable au profit de la population locale ».
Le Pr Hassan Aouraghe insiste sur sa valeur scientifique et géologique. « La grotte du Chameau pourrait s’intégrer à un réseau de géosites en lien avec un projet de géoparc UNESCO, porté par les acteurs locaux », conclut-il.