Malgré les nombreuses sollicitations, le nouveau directeur sportif du Raja Club Athletic a tout de même accordé à Médias24 un entretien d’une vingtaine de minutes dans les bureaux de l’Académie du Raja à Bouskoura, ce vendredi 25 juillet.
Depuis quatre jours, Sébastien Sommacal est plongé dans une course contre la montre afin de lancer sur de bons rails un projet sportif dont l’ambition est de faire retrouver au Raja les sommets tant continentaux que nationaux.
Après 15 ans passés à former des jeunes talents au centre des Girondins de Bordeaux, puis plusieurs expériences en Tunisie et en France, Sébastien Sommacal rejoint aujourd’hui le Raja, un club chargé d’histoire et animé par une ferveur unique. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, ses premières impressions et les objectifs qu’il se fixe pour écrire un nouveau chapitre glorieux avec les supporters des Verts.
Médias24 : Pourriez-vous nous parler de vos expériences précédentes et comment elles vont vous aider à mener à bien votre mission au Raja ?
Sébastien Sommacal: Dans ma carrière, je distingue deux grandes phases. La première, c’était la formation. J’ai été entraîneur au centre de formation des jeunes des Girondins de Bordeaux pendant 15 ans.
Durant cette période, j’ai accompagné plus d’une centaine de joueurs qui ont ensuite évolué en Ligue 1, en Ligue 2, voire à l’international.
Parmi les plus connus, on peut citer Aurélien Tchouameni (Real Madrid), Jules Koundé (FC Barcelone), Pierre Lees Melou (Brest) ou encore Jonathan Gradit (RC Lens).
Pendant ces 15 années, j’ai également exercé le recrutement. J’étais très proche de Philippe Goubet, avec qui j’ai ensuite rejoint l’Étoile du Sahel. Par exemple, Jonathan Gradit et Pierre Lees Melou sont des joueurs que j’ai détectés lors de matchs. J’avais donc ces deux casquettes, entraîneur en formation et recruteur.
-Quid de votre expérience en Tunisie ?
-Ensuite, je suis parti à l’Étoile du Sahel, un très bon club. J’ai beaucoup apprécié cette expérience. L’équipe première disposait d’un fort potentiel, puisque nous avons été champions en 2016.
Parallèlement, j’avais une vision sur le développement des jeunes, qui a toujours accompagné mon parcours. Avec le temps, j’ai évolué vers des postes de direction, que ce soit à l’Étoile du Sahel, à Tours ou au Club Athlétique Bizertin, où j’ai eu des responsabilités élargies.
Je sais qu’un débat circule en ce moment concernant la distinction entre directeur technique et directeur sportif. En réalité, ce ne sont que des titres sur un contrat. Les fonctions attribuées dépendent vraiment du club. Être directeur sportif ou technique n’a pas tant de sens en soi, il ne faut pas s’attarder là-dessus.
-Donc, en Tunisie, vous avez aussi participé au recrutement et à la constitution de l’équipe première, pas seulement aux jeunes ?
-Exactement, en Tunisie comme à Tours. À Tours, le club venait de descendre en Ligue 2. Le président échangeait avec moi depuis un an environ, mais je n’ai été engagé que fin juillet, alors que le championnat commençait mi-août. J’ai donc eu environ 14 jours pour reconstruire une équipe, alors qu’il ne restait que six joueurs sous contrat.
J’ai réussi à monter un groupe de 22 joueurs. Nous avons terminé champions avec 10 points d’avance. Selon les retours du club, c’est un record historique. On parle souvent de la Tunisie, mais je suis aussi très fier de ce que nous avons accompli à Tours.
-Quel regard portez-vous sur le football africain et marocain en particulier ?
-Les footballeurs marocains sont très techniques, c’est indéniable. Il y a de grands talents, et c’est un réel plaisir de les voir évoluer. Toutefois, il reste une marge de progression, notamment tactiquement et au niveau du volume athlétique. Cela dit, le football marocain n’a rien à envier aux autres championnats. J’assiste à de très bons matchs et j’ai un regard très positif sur ce football.
-Qu’est-ce qui vous a motivé à rejoindre le Raja ?
-Le Raja est un immense club, avec une riche histoire et beaucoup de trophées. Honnêtement, je n’ai pas trop hésité. J’ai eu plusieurs propositions, mais le Raja est un club qui ne se refuse pas. C’est un club hors catégorie.
C’est l’un des meilleurs clubs d’Afrique, et surtout, la passion des supporters est exceptionnelle. Moi, étant d’Italie avec un père italien, je me reconnais dans ce côté méditerranéen, cette ferveur. C’est un vrai régal. Je ne suis là que depuis peu, mais je ressens déjà cette passion intense. J’adore ça, c’est formidable.
Ce niveau d’engouement est extrêmement positif et j’ai hâte d’en faire partie. Bien sûr, le Raja porte une certaine pression liée à son histoire, mais cela fait partie du défi. Le poste de directeur sportif n’est pas un poste comme les autres.
-Quel projet sportif souhaitez-vous mettre en place ? Quels sont les objectifs à court et moyen terme ?
-Le Raja a une très belle histoire que nous voulons continuer à écrire. À court terme, l’objectif principal est de gagner le prochain match, c’est une évidence. Si nous réussissons cela, nous pourrons viser plus haut.
Le court terme, c’est aborder chaque rencontre avec volonté, envie et détermination. Je sais que les joueurs partagent cet état d’esprit. À moyen terme, bien sûr, l’objectif est de ramener le Raja à sa place, tout en haut du classement.
Je viens également apporter mon exigence, ma vision et ma rigueur dans le travail
-Le Raja ne participe pas à une compétition continentale cette année. Est-ce un handicap pour lancer un nouveau cycle ?
-D’abord, il faut bien figurer en championnat, ce qui serait déjà une très belle chose. Ensuite, oui, retrouver la Coupe africaine sera un objectif clair. Mais nous prenons les saisons comme elles viennent. Ce qui s’est passé l’an dernier est derrière nous.
Aujourd’hui, il y a un nouveau comité qui travaille très bien et qui m’a très bien accueilli, ce dont je tiens à remercier. Avec ce nouveau projet, si ce n’est que le championnat, alors ce sera le championnat. Nous ferons tout pour représenter le club dignement. Je viens également apporter mon exigence, ma vision et ma rigueur dans le travail.—Vous avez été nommé quelques jours avant le début du championnat. Comment gérez-vous cette situation ?
L’effectif compte déjà de bons joueurs, et il faut en être conscient. Quelques ajustements sont possibles, mais globalement, le groupe est solide.
Il y a peut-être un ou deux postes à renforcer, mais dans l’ensemble, je suis satisfait. Je prends le relais d’un travail déjà entamé par la direction. J’y ajoute ma propre méthode et exigence.
-Quelles améliorations envisagez-vous en termes de méthode et d’organisation ?
-Il faut instaurer une rigueur régulière dans le travail et la méthodologie, ce qui est essentiel. Cela dit, comme nous sommes en Afrique, il faut aussi respecter les particularités locales, l’histoire du club, les gens et leurs coutumes. Cela me paraît très important.
Inutile d’avoir 40 ou 50 joueurs alors que seuls 11 jouent
-Combien de joueurs sont actuellement sous contrat et combien intègrent le projet sportif ?
-Les choses bougent en ce moment, je ne peux pas donner de chiffres précis car des négociations sont en cours. Il est préférable de rester discret pour l’instant.
À terme, nous visons un groupe qualitatif, offrant au coach suffisamment de choix pour composer son équipe chaque week-end. Nous privilégions les joueurs prometteurs, ce qui correspond aussi à la philosophie du club.
L’effectif ne sera pas pléthorique, inutile d’avoir 40 ou 50 joueurs alors que seuls 11 jouent chaque semaine. Ce sont des discussions en cours qui devraient aboutir bientôt.
-Avez-vous déjà identifié des postes ou secteurs à renforcer ?
-Oui, il y a sans doute quelques postes clés à améliorer. Quand on rejoint un projet, on aime y apporter sa touche et ses compétences. Cela dit, il faut aussi respecter les joueurs déjà en place. Nous entamons des discussions avec l’ensemble de l’effectif.
D’ailleurs, une recrue est arrivée récemment, et j’en suis très content. D’autres arrivées sont possibles.
-En parlant de Bilal Ould-Chikh, qu’apporte-t-il à l’équipe ?
-Bilal a réalisé la saison dernière 38 matchs, 20 passes décisives et 4 buts. Ce sont d’excellentes statistiques pour un joueur de ce niveau et il possède de grandes qualités. Je l’avais déjà vu évoluer aux Pays-Bas. Il a été un très bon espoir et est passé par Benfica.
C’est un joueur technique, avec un bon dribble et une bonne frappe de balle. Il saura éliminer ses adversaires et constituera une vraie plus-value. Je ne lui mets pas de pression. Il doit simplement s’intégrer au collectif. Le football est un sport d’équipe, ce n’est pas un seul joueur qui gagne les matchs
—Y a-t-il un grand avant-centre à venir pour le Raja ?
-C’est en cours de discussion. L’effectif va évoluer et se renforcer. Des joueurs pourraient arriver, oui.
-Cherchez-vous un équilibre entre joueurs expérimentés et jeunes talents ?
-Bien sûr. Il est essentiel d’avoir des joueurs d’expérience, avec du vécu, pour assurer un vestiaire sain. Il faut aussi des jeunes, qui ont de l’énergie, mais avec des cadres pour les guider. À 20-23 ans, on est souvent dans l’exubérance, donc les joueurs expérimentés sont indispensables.
-Travaillez-vous étroitement avec l’entraîneur pour définir les besoins de l’équipe ?
-Je suis là depuis seulement 4 jours, et le staff est actuellement à Agadir, ce qui limite nos échanges au téléphone. Je suis sur place et j’ai beaucoup à gérer, mais il y a toute une organisation derrière. Il n’y a pas qu’un entraîneur et un directeur sportif, il y a un président, un comité de direction… C’est un projet collectif. Je veux que ce soit une vision commune, une idée du Raja portée par tous.
Historiquement, le Raja a formé de nombreux joueurs, et nous devons poursuivre cette tradition.
-Prévoyez-vous de renforcer la cellule de recrutement avec des scouts ou des data analysts ?
-Oui, il y a déjà un analyste au sein de l’équipe première. D’autres besoins apparaîtront. Le scoutisme est indispensable. Il faut connaître parfaitement tous les joueurs du championnat marocain. J’ai aussi un réseau étendu grâce à mes expériences.
Je connais de nombreux recruteurs et agents, et il existe beaucoup d’outils de data. L’arrivée d’un directeur sportif, c’est aussi utiliser son réseau et être aidé. Mais surtout, il faut du temps. Je suis ici depuis 4 jours, on mettra ça en place bientôt.
-Des jeunes du centre de formation peuvent-ils espérer intégrer l’équipe première ?
-C’est l’objectif. J’ai constaté que les jeunes issus de la ville du club, ici Casablanca, ont une implication exceptionnelle. C’est leur club, ils mouillent le maillot. Historiquement, le Raja a formé de nombreux joueurs, et nous devons poursuivre cette tradition.
-Connaissiez-vous l’entraîneur avant de rejoindre le club ?
-Oui, je le connaissais. Il a travaillé dans le même championnat que moi, donc je l’avais croisé. Je suis dans le football depuis 25 ans, 15 ans en formation t’y, 10 ans en direction. Je connais beaucoup de monde.
C’est un entraîneur expérimenté, qui a accompli de belles choses. Nous avons un objectif commun. Celui de faire briller le Raja. Nous allons travailler main dans la main, dans un esprit collectif, vers ces objectifs.
-Le nouvel investisseur et l’apport de moyens financiers ont-ils influencé votre choix ?
-Ce n’était pas le facteur déclencheur. Le Raja m’a appelé, c’est un club avec un passé prestigieux. Bien sûr, disposer de moyens supplémentaires est un avantage. Mais ce qui m’intéresse, c’est l’histoire, les trophées, les supporters. Je cherchais un projet global, pas seulement une question d’argent. Cette société apporte des moyens, c’est un plus évident.
-Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux supporters ?
-Je suis très heureux d’être ici, impatient de vivre l’ambiance exceptionnelle du stade. Mon message sera simple et court : « Dima Raja ».