Une introduction en bourse de Saham Bank dans un horizon de deux à trois ans est tout à fait envisageable, selon nos informations.

Lorsqu’on interroge les dirigeants de la banque, ils opposent un démenti. C’est légitime. Aucune décision définitive n’est prise. Mais l’idée est dans les esprits et nos sources nous signalent que des options de moyen terme sont examinées.

Aujourd’hui, le secteur bancaire marocain est représenté en bourse par sept établissements cotés : Attijariwafa bank, BCP, BOA, CIH Bank, Crédit du Maroc, BMCI et CFG Bank.

Dans ce paysage, Saham Bank fait figure d’exception, en étant la seule banque de la place non cotée.

Or, ce statut devient de moins en moins tenable, tant le positionnement de la banque évolue rapidement.

L’établissement connaît une profonde transformation depuis son rachat par le groupe Saham, avec une refonte de son identité, de ses ambitions et de son modèle de gouvernance.

Surtout, il est désormais présidé par Moulay Hafid Elalamy, homme d’affaires de premier plan et ancien ministre de l’Industrie et du commerce, connu pour son sens stratégique et sa capacité à structurer des groupes d’envergure.

Dès lors, une entrée en bourse de Saham Bank ne relèverait pas d’un simple choix opportuniste, mais d’une suite logique, tant sur le plan institutionnel que stratégique.

MHE connaît parfaitement les rouages de la finance et du marché boursier. Ce ne serait pas la première fois qu’il accompagnerait une entreprise vers la cotation.

L’une des premières étapes marquantes de son parcours remonte à 1995, lorsqu’il prend le contrôle du cabinet de courtage Agma Lahlou Tazi, après avoir convaincu les dirigeants de l’ONA de lui en céder les rênesEn deux ans à peine, il redresse l’entreprise, qui passe d’une valorisation de 60 millions de dirhams à 170 MDH. En octobre 1998, Agma fait son entrée à la Bourse de Casablanca. L’épisode reste, encore aujourd’hui, un cas d’école de repositionnement réussi.

Quelques années plus tard, c’est avec Saham Assurance qu’il marque durablement le paysage économique marocain. Il développe l’entreprise, multiplie les acquisitions, bâtit un groupe d’assurance panafricain, avant d’en céder le contrôle au sud-africain Sanlam en 2018, dans le cadre d’une opération dépassant le milliard de dollars.

Pourquoi une IPO de Saham Bank 

Ce que l’on peut dire aujourd’hui, c’est que Saham Bank, ex-Société générale marocaine de banques (SGMB), a entamé une véritable transformation depuis son rachat par le groupe Saham en avril 2024. Cette mutation s’est traduite, ces dernières semaines, par un changement d’identité.

Le 18 juin 2025, la banque a présenté son nouveau nom, son logo et sa charte visuelle lors d’un événement organisé à son siège. Ce lancement marque une étape importante. La promesse affichée est claire : faire de Saham Bank un « accélérateur d’ambitions », en misant sur une expérience client repensée, des outils modernisés et une approche plus fluide.

Ce repositionnement se voit déjà dans les faits. L’application mobile a évolué, les parcours de financement ont été revus, et l’organisation interne commence à se mettre en place. « Ce changement n’est pas seulement esthétique. Il touche à la manière de penser la relation bancaire, au fonctionnement même de l’institution« , a affirmé Ahmed El Yacoubi, président du directoire, lors de la conférence de rebranding.

Ce virage trouve son origine directe dans l’opération de reprise conclue en avril 2024. Le groupe Saham avait alors déboursé 745 millions d’euros pour racheter 57,67% du capital et des droits de vote de SGMB. Depuis, une nouvelle gouvernance a été mise en place, les équipes sont en mouvement, et une vision renouvelée se déploie progressivement.

Alors, entrer en bourse ? La question se pose, mais pas dans l’immédiat

Avant d’ouvrir son capital, la banque devra d’abord aller au bout de sa transformation. Car si le rebranding est acté, il ne représente qu’une première étape.

Ce type de mutation demande du temps, aussi bien pour stabiliser les nouveaux process internes que pour installer durablement la nouvelle culture d’entreprise.

Il faut aussi que la stratégie commerciale produise ses effets, que les résultats financiers s’inscrivent dans une trajectoire lisible, et que la banque puisse démontrer sa capacité à créer de la valeur de manière récurrente.

C’est pour cela que l’échéance d’une introduction en bourse est évoquée à un horizon de deux à trois ans au minimum. Ce délai laisserait à la banque le temps de consolider son repositionnement, de renforcer ses fondamentaux, et d’instaurer une gouvernance conforme aux exigences des marchés. En clair, il s’agit de ne pas brûler les étapes, mais de préparer le terrain pour que, le moment venu, l’IPO soit perçue comme une suite logique, et non comme un saut dans l’inconnu.

Une trajectoire financière qui se redresse

Sur le plan financier, les derniers résultats confirment que la banque amorce un redressement solide après une année 2024 marquée par des charges exceptionnelles liées à sa transition. En 2024, le résultat net consolidé avait reculé à 795 MDH, en baisse de plus de 40% par rapport à l’année précédente, sous l’effet combiné d’un programme d’autonomisation et d’un redressement fiscal. Hors ces éléments, le résultat aurait atteint près de 1,4 MMDH.

Le premier trimestre 2025 montre un net rebond. Le produit net bancaire consolidé progresse de 3,4% à 1,467 MMDH, soutenu par la bonne tenue des activités commerciales. Le résultat d’exploitation bondit de 21,7% à 677 MDH, porté par la maîtrise des charges et un recul marqué du coût du risque (-61%). Le résultat net consolidé atteint 420 MDH, en hausse de près de 17% sur un an, ce qui traduit une dynamique de normalisation progressive.

En social, la banque réalise un résultat net trimestriel de 416 MDH, équivalent à la totalité du résultat net 2024 après retraitement des éléments exceptionnels. Le produit net bancaire social s’établit à 1,314 MMDH, en progression continue.

Les fondamentaux restent solides. Les crédits à la clientèle, quasi stables à 93,4 MMDH, et les dépôts, légèrement en baisse à 79 MMDH (contre 80,1 MMDH fin 2024), traduisent une structure de bilan équilibrée. Les ratios prudentiels demeurent robustes avec un ratio de solvabilité global de 14,68% et un ratio Tier 1 de 13,08%, au-dessus des seuils réglementaires.

En parallèle, la banque poursuit son programme de déconnexion des systèmes hérités du groupe Société Générale, avec une attention portée sur la continuité de service et l’amélioration des parcours clients. Ce chantier, à la fois technique et stratégique, constitue une étape clé dans le processus de transformation engagé depuis l’entrée du groupe Saham.