Lancé le 1ᵉʳ juin 2023, le service des virements instantanés marque une avancée importante dans la modernisation des paiements au Maroc.
Deux ans après sa mise en service, il s’est progressivement ancré dans les usages, permettant des transferts de fonds en quelques secondes, 24 h/24 et 7 j/7.
Ce virage technologique, mené sous la supervision de Bank Al-Maghrib, repose sur l’infrastructure mise en place par le Groupement pour un système interbancaire marocain de télécompensation (GSIMT), acteur clé de l’écosystème national des paiements.
Contacté par LeBoursier de Médias24, Nordine Ajmi, directeur général du GSIMT, dresse un bilan de ce service, tout en évoquant les axes de développement à venir et les grandes priorités de la période actuelle.
« Nous avons constaté avec une grande satisfaction la dynamique des virements instantanés », souligne Nordine Ajmi.
Selon les statistiques du GSMIT, en 2024, le système a traité un volume total d’opérations instantanées de 61 milliards de dirhams à travers 16,1 millions d’opérations.
La tendance s’est nettement accélérée en 2025. « Rien que sur la période allant du 1ᵉʳ janvier au 23 juillet 2025, nous avons déjà dépassé 14,3 millions d’opérations, pour un montant de plus de 52,5 MMDH », précise-t-il. Ces chiffres traduisent, selon lui, « une adoption en forte accélération ».
L’évolution se reflète aussi dans les moyennes quotidiennes : « Nous sommes passés d’une moyenne d’environ 60.000 opérations par jour en 2024 à près de 94.000 en 2025, soit une hausse de l’ordre de 57% », explique le directeur général du GSIMT.
Le pic d’opérations traitées en une journée a également fortement augmenté entre l’année passée et 2025.
« Cette année, nous avons enregistré un record journalier de 286.000 opérations, contre 226.571 l’an dernier. Cela confirme la robustesse du système face à des pics de demande », ajoute-t-il. Pour rappel, le pic d’opérations traitées en 2023 correspond à 110.000 opérations.
Concernant les usages, Nordine Ajmi relève que « toutes les catégories utilisent aujourd’hui le virement instantané, qu’il s’agisse de transferts entre particuliers ou d’entreprises vers des particuliers ».
Et d’ajouter : « Nous avons remarqué qu’au fil des périodes, une part importante des opérations ressemble davantage à des paiements qu’à de simples virements. Beaucoup d’opérations locales semblent en réalité correspondre à des paiements de transaction. C’est une interprétation à mon sens ».

Vers une révision du plafond de 20.000 DH
Le service du virement instantané est destiné à évoluer dans le temps, à commencer par la limite fixée aux transactions.
« Depuis le lancement des virements instantanés, nous avions défini avec la Banque centrale un plafond de 20.000 DH », rappelle Nordine Ajmi.
« Ce plafond est appelé à évoluer progressivement ». Une première révision est d’ailleurs prévue prochainement, mais « elle concernera uniquement les opérations initiées depuis les agences. Nous avons constaté qu’il fallait faire évoluer ce plafond à partir des agences afin de mieux satisfaire les besoins des clients ».
Nordine Ajmi indique par ailleurs que l’accès au service devrait s’élargir. « Il y a aujourd’hui des établissements de paiement qui sont en cours d’homologation et qui pourront offrir le virement instantané à leur clientèle très prochainement ».
De nouveaux services en préparation : QR Code, Request to Pay et paiements transfrontaliers
Plusieurs projets sont déjà sur la table pour enrichir le virement instantané. « Parmi eux, la mise en place d’un QR Code, parce qu’on croit qu’il va simplifier un peu l’expérience payante. Donc, il va, en fait, augmenter l’usage des virements instantanés », souligne Nordine Ajmi.
Le GSIMT travaille également sur le service Request to Pay, déjà développé à l’international. « Pour l’instant, nous en sommes à la phase d’études de faisabilité afin d’évaluer l’opportunité de son lancement au Maroc ».
Le GSIMT prépare une extension du service aux entreprises
« Après les particuliers, nous travaillons actuellement sur une offre dédiée aux entreprises afin de leur permettre d’adopter elles aussi le temps réel. Des communications officielles seront faites à ce sujet au début de l’année 2026″.
« Pour les paiements transfrontaliers, nous avons noté que les instances internationales encouragent la connexion entre les plateformes de virements instantanés, et notre régulateur partage également cette orientation. Grâce à l’adoption de la norme ISO 20022, nous sommes techniquement prêts à nous connecter à des plateformes internationales. Bien sûr, il reste beaucoup de réglementations à mettre en place, notamment en matière de change, et ce sont des sujets à discuter avec notre régulateur », explique Nordine Ajmi.
Pour rappel, un paiement transfrontalier désigne tout transfert d’argent entre deux pays différents, qu’il s’agisse d’envois de fonds entre particuliers, de règlements commerciaux entre entreprises ou de paiements en ligne à des fournisseurs étrangers.