Les manuels scolaires destinés aux écoles pionnières seront proposés cette année à la vente en librairie, mais à des prix particulièrement bas, allant de 4 à 16 dirhams. Une tarification jugée « intenable » par les professionnels du secteur, qui dénoncent une absence de concertation et alertent sur les risques pesant sur la viabilité des librairies ainsi que sur l’émergence d’un marché parallèle.

Contacté par Médias24, El Hassan Moatassim, président de l’Association des libraires au Maroc, explique que cette situation résulte d’une « concurrence déloyale entre éditeurs, marquée par une forme de règlement de comptes commercial ». Selon lui, cette rivalité s’est directement répercutée sur les tarifs finaux des livres.

Le président de l’Association affirme que les libraires n’ont été associés à aucun moment du processus, que ce soit pour la préparation du cahier des charges ou pour la fixation des prix. « Aucune consultation n’a eu lieu avec notre réseau, alors que les libraires sont des maillons essentiels dans la chaîne du livre scolaire », regrette-t-il.

Des prix de manuels non viables pour les librairies

Selon El Hassan Moatassim, ces prix très bas ne permettent pas aux librairies de couvrir leurs frais, encore moins de dégager une marge de rentabilité. « Comme toute activité commerciale, une librairie doit pouvoir fonctionner sur un modèle durable. Quand on impose des prix déconnectés de la réalité économique, c’est toute une profession qu’on fragilise », souligne-t-il.

L’Association des libraires appelle aujourd’hui à un cadre de travail plus inclusif et équilibré, plaidant pour l’implication des libraires dans toutes les décisions relatives au manuel scolaire de l’enseignement public. Elle propose l’élaboration d’un cahier des charges concerté, garantissant un partage équitable des responsabilités et des bénéfices entre éditeurs, distributeurs et libraires.

Risques de dérives et d’un marché noir

Interrogé sur les perspectives de réaction, El Hassan Moatassim indique que l’Association ne prévoit pas pour l’instant d’appeler à la suspension de la vente de ces manuels. Un communiqué officiel est en cours de préparation pour clarifier la position de l’organisation.

Il met toutefois en garde contre les risques de dérives si la situation perdure. « Il existe une réelle inquiétude concernant le non-respect du cahier des charges de distribution, ce qui pourrait favoriser l’émergence d’un marché noir échappant au cadre légal, au détriment de tous les acteurs ».

Enfin, El Hassan Moatassim évoque un récent échange jugé positif avec la direction des programmes au sein du ministère de l’Éducation nationale. Cette réunion a permis d’aborder les problématiques liées à toute la chaîne de production et de commercialisation du livre scolaire. « Il a été convenu de renforcer la coordination entre l’Association et le ministère pour organiser le secteur de manière plus efficace », conclut-il.