En 2024, les banques participatives ont enfin atteint l’équilibre et, sept ans après leur lancement, elles affichent un résultat net agrégé positif de 97 MDH.

Ce retour à l’équilibre semble signaler la fin d’une phase d’installation et pose la question de l’entrée dans une nouvelle étape de leur trajectoire. Comment expliquer ce basculement ? Quels en ont été les principaux moteurs ? Et surtout, que révèlent-ils sur le potentiel de cette industrie encore jeune ?

« L’atteinte de l’équilibre pour tout le secteur de manière quasi concomitante intervient sept ans après le début de l’activité, ce qui est un délai tout à fait normal si l’on considère les investissements importants qui ont été nécessaires à la création des banques participatives », explique Adnane El Guiddari, directeur général d’Umnia Bank, filiale participative de CIH.

« Mais cela n’a été possible que grâce à l’engouement du grand public pour cette nouvelle industrie, ce qui démontre encore plus qu’il y avait une demande latente du marché ».

Aujourd’hui plus de 90% des clients ayant eu recours au financement participatif n’ont jamais contracté de crédit auparavant

« Cela prouve que les banques participatives contribuent à l’inclusion financière et viennent comme un complément indispensable au système conventionnel qui ne couvrait pas toutes les attentes ».

Des indicateurs financiers en nette amélioration

Au-delà du retour à l’équilibre, 2024 se distingue aussi par une nette amélioration des principaux indicateurs financiers du secteur.

Le produit net bancaire a franchi le seuil du milliard de dirhams, en hausse de 22% sur un an

Il atteint même 1,3 MMDH si l’on inclut la rémunération des dépôts d’investissement. Le résultat brut d’exploitation a plus que doublé, passant de 69 MDH à 172 MDH, tandis que le coût du risque s’est stabilisé autour de 28 MDH.

Ces évolutions se voient aussi dans les ratios de rentabilité : le ROA s’est hissé de 0,02% à 0,25% et le ROE de 0,22% à 3,7%. Dans le même temps, le coefficient d’exploitation s’est allégé, revenant de 94% à 83%.

Sur le plan bilanciel, les créances sur la clientèle représentent près de 87,5% du total actif, confirmant la place centrale des financements dans le modèle participatif. La liquidité reste, elle, largement confortable, avec un ratio LCR de 195%, bien supérieur au minimum réglementaire de 100%.

« Les résultats de 2024 sont très encourageants et préfigurent une belle dynamique en perspective. Il faut voir à travers cela que l’essentiel des investissements initiaux a été amorti et que les banques atteignent aujourd’hui une vitesse de croisière qui leur permettra de progresser plus sereinement. Après avoir mis en place les infrastructures nécessaires à leur activité, elles peuvent désormais se consacrer à apporter encore plus de valeur ajoutée à leurs clients à travers des produits toujours plus innovants », ajoute Adnane El Guiddari.

Un modèle longtemps centré sur l’immobilier, désormais en voie de diversification

En 2024, l’encours global des financements participatifs a atteint 33,8 MMDH, en hausse de près de 20% sur un an.

La Mourabaha immobilière continue de dominer, représentant près de 79% des encours, contre 15,4% pour les financements d’équipement et 5,9% pour la consommation et la trésorerie.

« Le financement immobilier a été en effet le premier volet que les banques ont investi en premier. Mais il faut dire aussi que les attentes de la clientèle étaient prioritairement orientées vers l’achat de leur maison principale ».

« La plupart étaient encore en location et attendaient l’émergence de la finance participative pour acquérir leur logement. D’ailleurs les banques participatives ont contribué de manière très importante au développement de l’immobilier au Maroc dès leur création ».

Avec le temps, le marché s’est élargi et de nouvelles offres ont vu le jour. « Après il a fallu que le marché soit plus familiarisé avec les nouvelles offres, mais aussi que la communication des banques joue son rôle pour que les clients s’orientent vers le système participatif pour l’ensemble de leurs besoins tant en banque au quotidien, qu’en épargne ou en financement ».

« Il faut dire aussi que l’écosystème de la finance participative a vu le jour progressivement, sachant que les contrats ont tous été validés par le Conseil supérieur des oulémas au fil du temps ».

Sur le plan financier, les données de Bank Al‑Maghrib confirment la diversification progressive de l’activité. Les dépôts de la clientèle ont atteint 15,8 MMDH en 2024, dont 3,7 MMDH en dépôts d’investissement, preuve d’un élargissement au‑delà du seul immobilier.

« Aujourd’hui la croissance soutenue des encours de financement de l’équipement pour les particuliers et pour les entreprises est un indicateur de diversification de l’activité des banques participatives, qui augmente leur résilience pour les années à venir. N’oublions pas aussi le développement des produits pour l’épargne et l’investissement qui constituent une part importante aujourd’hui des bilans des banques ».

À noter que la diversification reste encore limitée : la Mourabaha représente près de 99% des encours. Seul 1% des financements est de type Salam, principalement assimilé à des financements de trésorerie, dont l’encours s’est établi à 254,5 MDH en 2024, contre 187,7 MDH un an plus tôt et 104,8 MDH en 2022.

Les leviers pour aller plus loin

Le secteur a donc besoin d’élargir sa palette de produits s’il veut consolider sa croissance et mieux répondre aux attentes des entreprises comme des particuliers.

« La finance participative dispose aujourd’hui d’une assise importante qui lui permet de se développer sereinement. En revanche, il existe encore des leviers que l’on peut actionner pour soutenir davantage cette croissance portée par une demande importante du marché ».

Parmi ces leviers figure en premier lieu l’Ijara, un instrument appelé à occuper une place centrale dans le financement des entreprises.

« Côté financement, le produit Ijara est un incontournable, car c’est à travers lui que les banques participatives pourront accompagner de manière plus importante les entreprises. Dans le même ordre d’idée, il y a aussi le financement des services qui est indispensable tant pour les particuliers que pour les entreprises ».

« N’oublions pas enfin des produits comme la moucharaka, mais aussi les dépôts d’investissement restreints qui peuvent jouer un rôle essentiel dans le soutien que peuvent apporter les banques participatives à l’économie du pays », ajoute Adnane El Guiddari.

« Enfin pour terminer, je dirais que pour poursuivre dans cette dynamique, les banques ont un besoin vital de refinancement et les sukuks représentent à ce titre une réponse appropriée qu’il faudra impérativement mettre en œuvre rapidement ».

Perspectives 2025 : digitalisation et ouverture vers les entreprises

« Les chiffres pour le premier semestre ne sont pas encore publiés, mais l’évolution des encours de financement et des dépôts montre une forte dynamique du secteur participatif, peut-être même au-delà de la croissance du marché. C’est un point très positif qui rassure sur l’intérêt grandissant que les clients manifestent pour les banques participatives ».

Désormais, l’enjeu est de passer à une autre échelle. « Le challenge actuellement est de pouvoir industrialiser la distribution pour les banques participatives en profitant des nouvelles technologies, notamment le digital, mais aussi l’IA », insiste le directeur général d’Umnia Bank.

« Bien sûr, il est primordial aussi d’élargir l’offre de produits et services afin de répondre à la forte demande des entreprises qui ne cesse de grandir, conclut-il.