Positif et humble, Tarik Sektioui, sélectionneur de l’équipe nationale des joueurs locaux, n’en oublie pas d’être ambitieux, à l’heure d’entrée en lice dans le groupe A contre l’Angola, dimanche 3 août à Nairobi, dans le cadre du Championnat d’Afrique des nations (CHAN) 2024.

« Notre premier objectif est de passer le premier tour. Ensuite, nous n’aurons qu’une seule idée en tête, c’est de ramener le trophée à la maison et faire la fierté des supporters marocains », a affirmé le technicien marocain en conférence de presse d’avant-match, samedi 2 août.

Pourtant, Sektioui avait sous le coude plusieurs raisons de se morfondre sur les difficultés qui ont rythmé la préparation d’un groupe constitué à la hâte.

« Après plusieurs mois de préparation, nous avons atteint un niveau de perfection élevé en juin avec les joueurs de moins de 25 ans. Mais au moment de constituer la dernière liste, plus d’une dizaine ont été transférés à l’étranger et n’étaient donc plus éligibles à la compétition », a expliqué Tarik Sektioui.

Le natif de Fès n’est pas dupe. Il s’attendait à un mercato mouvementé pour les jeunes talents du championnat marocain. Mais pas dans ces proportions. « On avait prévu qu’un ou deux, voire trois joueurs soient transférés dans d’autres ligues. Mais difficile de prévoir qu’il y en aurait autant », a-t-il souligné.

L’entraîneur Sektioui a eu des difficultés pour constituer son groupe définitif en raison du transfert à l’étranger et à la dernière minute, d’une dizaine de joueurs.

Ainsi, le staff de l’équipe nationale a-t-il revu ses plans en l’espace de 48 h. Un laps de temps trop court pour faire des choix tout en faisant attention aux désidératas de certains supporters, qui n’ont pas apprécié que leur club perde plusieurs de ses meilleurs joueurs au cœur de la préparation de la prochaine saison.

Ce qui est somme toute compréhensible lorsque l’intérêt de la nation prime. Au fond, les clubs concernés, notamment le Raja Club Athletic, n’ont pas tenu rigueur au staff de l’EN. Bien au contraire, ils affichent sur les réseaux sociaux leur fierté que leurs protégés soient sollicités pour défendre les couleurs de leur pays.

Un état d’esprit qui anime également les 28 Lions de l’Atlas convoqués pour cette compétition dont ils sont logiquement favoris, au regard du palmarès de l’équipe nationale dans le CHAN. Doublement sacré (2018-2020), le Maroc sera bien évidemment l’une des équipes à battre.

Le défi maroc-Angola

« Mais nous sommes prêts pour relever le défi », assure le capitaine de l’équipe nationale, Mohamed Rabie Hrimate. Le milieu défensif de l’Association sportive des Forces Armées Royales (ASFAR). Défis parmi lesquels la période pendant laquelle le CHAN a été programmé ou plutôt reprogrammé pour être plus précis.

Car initialement, cette édition devait se tenir en février 2025. Toutefois, « les experts techniques et en infrastructure de la CAF, dont certains basés au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, ont requis un temps supplémentaire pour s’assurer que les infrastructures et les installations soient au niveau nécessaire pour accueillir avec succès le Championnat d’Afrique des nations », pouvait-on lire dans le communiqué de la CAF.

Des rencontres éprouvantes à plus de 1.700 m d’altitude

Sur le plan athlétique, ce n’est pas le moment idéal pour des joueurs qui viennent de commencer leur préparation et dont les performances physiques risquent d’être hétérogènes au sein du groupe. Or, ce sera un élément important à prendre en considération, d’autant que l’altitude risque de peser sur les performances.

Le Maroc disputera ses quatre rencontres à Nairobi. La capitale du Kenya est nichée à près de 1.800 mètres au-dessus de la mer. En effet, de nombreuses études scientifiques confirment qu’à partir de 1.500 mètres, la baisse de la pression atmosphérique entraîne une réduction significative de la quantité d’oxygène disponible pour l’organisme.

En conséquence, les joueurs peuvent ressentir une fatigue prématurée, un essoufflement rapide, ce qui influe négativement sur la capacité à répéter les efforts et sprints à haute intensité.

Sans parler des difficultés en termes de récupération. Raison pour laquelle la délégation marocaine a pris ses quartiers au Kenya une semaine avant le match face à l’Angola lors duquel il ne faudra pas s’attendre à une opposition sur un rythme effréné.

En revanche, Tarik Sektioui prévoit une rencontre serrée, contre « une équipe qui dispose d’une stabilité technique avec un sélectionneur qui est en poste depuis longtemps. Leur cohésion est perceptible à travers leur manière de jouer et de défendre qui est rodée ».

À la tête des Palancas Negras depuis six ans, Pedro Gonçalves se montre justement confiant quant à la capacité de son groupe à se montrer à la hauteur dans cette compétition. « Nos progrès depuis 2019 sont considérables, et ce sera le deuxième CHAN consécutif pour lequel je suis fier d’avoir qualifié l’Angola », s’est réjoui le technicien portugais dans un entretien accordé à la CAF.

« Nous sommes clairement dans le groupe le plus compétitif. Parmi les cinq équipes du groupe, seules deux ont remporté le CHAN à deux reprises : le Maroc et la RDC, et elles sont clairement favorites », a ajouté le technicien portugais dont l’objectif affiché est de passer en quart de finale.

Maroc-Angola, une chance pour les joueurs talentueux

Mais le Maroc ne compte pas se laisser faire lors de l’opposition de ce dimanche. Au-delà des considérations financières, avec une prime pour le vainqueur en hausse de 32 %, atteignant 3,5 millions de dollars, le CHAN est une véritable vitrine pour les joueurs en devenir, à l’image de Younes El Kaabi, petit frère de l’international Ayoub.

« Tout comme ce fut le cas pour Soufiane Rahimi ou encore Ayoub El Kaabi, le CHAN permettra aux joueurs qui le méritent de toquer à la porte des A », espère Tarik Sektioui. Un schéma gagnant-gagnant où un troisième sacre sera bénéfique aussi bien pour la nation que pour les joueurs.

D’autant que ce serait une véritable revanche sur l’histoire de cette compétition que le Maroc récupère un titre qu’il n’a pas pu défendre lors de la dernière édition organisée en Algérie. Mais avant d’en arriver là, il faudra d’abord finir parmi les deux premiers du groupe pour accéder au tour suivant.

Les 19 équipes sont réparties en 4 groupes. Les poules A, B et C comprennent 5 équipes tandis que la poule D n’est composée que de trois nations. Les deux premiers de chaque groupe valideront leurs billets pour les quarts. Par ailleurs, la Tanzanie, pays coorganisateur avec le Kenya et l’Ouganda, a donné le coup d’envoi de la compétition ce samedi 2 août en battant le Burkina Faso (2-0).