Tout le monde croyait l’affaire classée, mais voilà que le parquet de Nanterre a requis vendredi 2 août le renvoi d’Achraf Hakimi devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine. Cette réquisition surprenante intervient alors que l’enquête elle-même, révélée par le journal L’Équipe, a mis en lumière des éléments troublants suggérant un guet-apens. Et que les faits supposés remontent à plus de deux ans et demi, sans suite donnée jusqu’à présent.

Le récit de l’accusatrice : une version contredite par les faits

Dans la nuit du 24 au 25 février 2023, Achraf Hakimi a invité à son domicile une jeune femme de 24 ans rencontrée sur Instagram, lui commandant un Uber. Selon le récit de cette dernière, ils se seraient embrassés bien qu’elle n’en ait « pas envie ». Elle affirme avoir eu une « grande discussion » pour refuser des relations intimes avec lui, ce qui n’aurait pas empêché le joueur, dit-elle, d’insister à aller plus loin. Elle cite ses propres paroles : « Dans ma tête je me suis dit : c’est un cauchemar […] Je lui ai dit : je t’ai dit non donc c’est non ».

Cependant, ce récit est immédiatement affaibli par plusieurs éléments. D’abord, la jeune femme concède elle-même que l’international marocain n’a pas été violent. Ensuite, elle n’a jamais déposé de plainte formelle, se contentant d’une main courante déposée le 26 février pour, selon un enquêteur, ne « pas nuire à la notoriété du mis en cause ».

S’ajoute à cela l’incohérence d’une « grande discussion » en français, langue que le joueur maîtrisait mal à l’époque, alors que la plaignante ne parlait pas anglais.

Les SMS qui révèlent un guet-apens

Si la plaignante a montré à la police des messages de détresse envoyés à une amie (« Je t’en supplie, depeche toi, c tres grave, il me viole, la vie de ma mère »), elle a d’abord refusé de dévoiler les conversations précédant son arrivée, une manœuvre qualifiée par l’avocate de Hakimi, de « tentative de dissimuler la vérité ».

Et pour cause. Ce n’est qu’en auditionnant son amie que les enquêteurs ont découvert des messages qui dessinent les contours d’un plan prémédité. L’amie y recommande à la jeune femme de se présenter en « mode femme fatale » et écrit sans la moindre ambiguïté : « on va aller le dépouiller ». Les messages mentionnent également la nécessité de » choper les codes et tout », et l’amie prévient : « Il va descendre, il va pas te filer les codes ». Face à de tels éléments, l’avocate du joueur a logiquement conclu dès 2023 que « Monsieur Hakimi a, dans cette affaire, été l’objet d’une tentative de racket ». L’excuse tardive des deux jeunes femmes, plaidant un simple « humour noir », peine à masquer ce qui ressemble à une tentative d’extorsion. Le pire peut-être, c’est que ces sms ont été cachés à la police.

La version détaillée et cohérente de Hakimi

Face à ces accusations, Achraf Hakimi a livré une version des faits calme, détaillée et constante lors de son audition le 2 mars 2023. « Elle ment », a-t-il affirmé. Il a décrit une soirée consentie et légère, expliquant qu’ils se sont embrassés et qu’ils ont même ri parce que le gloss de la jeune femme piquait, ce qui l’a amené à aller se rincer la bouche dans la cuisine.

Selon son récit, ils se seraient embrassés de nouveau avant de retourner sur le canapé, où la jeune femme était très active sur son téléphone. Il précise : « Elle me dit qu’elle travaille, ce que je respecte. On a continué à s’embrasser, des bisous plus longs ». Elle m’a dit : le premier soir, il ne va rien se passer. J’ai respecté sa position. J’ai dit OK. On a continué à s’embrasser mais elle utilisait une nouvelle fois son téléphone ».

La posture respectueuse d’Achraf Hakimi est corroborée par un témoignage de premier plan, celui de son ami Kylian Mbappé. Entendu par les enquêteurs, le capitaine de l’équipe de France a offert un soutien sans faille : « Achraf Hakimi est respectueux avec les femmes. Même alcoolisé, je ne l’ai jamais vu avoir un comportement déplacé. Je n’ai jamais eu de retour d’amies qui me disaient qu’Achraf s’était mal comporté ou qu’il avait dépassé les limites ».

Bien qu’une expertise psychologique ait qualifié le discours de la jeune femme de « sincère », cette opinion se heurte à la réalité tangible des messages échangés. C’est désormais au juge d’instruction de trancher et de décider si les allégations d’une seule personne, non étayées par une plainte et lourdement contredites par des preuves écrites, sont suffisantes pour justifier un procès.

À la suite du réquisitoire du parquet de Nanterre en faveur d’un procès, l’avocate du joueur Fanny Colin avait déclaré: « J’ai la connaissance du dossier et peut affirmer qu’il existe de très nombreux éléments à décharge. Ce sera le rôle de la défense de les mettre en avant. Dans cette affaire, nous nous battrons jusqu’au bout pour que la vérité éclate et qu’il soit dit et entendu qu’Achraf Hakimi n’a absolument rien dit et rien fait, qu’il n’a rien à se reprocher ».

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