Le cash en circulation dans l’économie marocaine a atteint 449,8 MMDH à fin juin 2025, en hausse annuelle de 7%, d’après les dernières statistiques monétaires de Bank Al‑Maghrib.

Si l’on regarde de près la tendance entre 2019 et 2024, le constat est évident avec une hausse marquée qu’on peut même appeler une véritable explosion du cash.

En cinq ans et demi, le volume de cash a augmenté de presque 80%, suivant une trajectoire qui s’est renforcée année après année.

Les chiffres parlent d’eux‑mêmes : +20% en 2020, +6% en 2021, +11% en 2022, +11% en 2023 et encore +10,4% à fin novembre 2024, et ce malgré la montée en puissance des cartes, des virements et du paiement mobile qui n’ont pas suffi à freiner la domination du cash.

Il faut préciser que la hausse annuelle du cash en 2024, limitée à +5% en décembre, est un chiffre biaisé. L’amnistie fiscale de fin d’année a poussé certains détenteurs de cash à le déposer temporairement en banque pour régulariser leur situation, ce qui a réduit artificiellement le niveau de circulation fiduciaire en toute fin d’année.

 

Partout dans le monde ou presque, le cash perd du terrain face aux paiements digitaux. Au Maroc, c’est l’inverse même si les cartes, les virements et le paiement mobile gagnent chaque année du terrain.

Les moyens de paiement au Maroc

Les paiements scripturaux avancent eux aussi à un rythme soutenu. En 2024, ils ont totalisé 625 millions d’opérations pour une valeur de 5.542 MMDH, en hausse de 26% en nombre et de 12% en valeur par rapport à 2023.

En 2019, on n’en comptait que 272 millions pour 3.597 MMDH, ce qui veut dire qu’en cinq ans le nombre d’opérations a plus que doublé et la valeur a progressé de plus de la moitié.

Source : Bank Al-Maghrib

Dans cette progression, ce sont d’abord les virements qui tirent la dynamique. Ils représentent désormais près de la moitié des transactions scripturales en nombre, soit 49% et plus de 61% de la valeur totale échangée.

En 2024, leur usage a atteint 322 millions d’opérations, contre 229 millions un an plus tôt, soit une progression spectaculaire de 41%.

En valeur, les virements ont dépassé 3.447 milliards de dirhams, en hausse de 18% par rapport à 2023. Si l’on revient à 2019, on mesurait à peine 115 millions d’opérations pour 1.806 milliards de dirhams, ce qui montre à quel point cet instrument a pris une dimension nouvelle en cinq ans, renforcé par l’arrivée des virements instantanés qui ont déjà franchi le cap des 62 MMDH en 2024.

Évolution du panorama des échanges scripturaux

Les cartes bancaires arrivent en deuxième position avec 33% du nombre de transactions, même si leur poids en valeur reste marginal à peine 1%. Le parc continue pourtant de croître, puisqu’on dénombrait 22,6 millions de cartes en circulation en 2024, contre 20,2 millions un an plus tôt.

L’usage s’intensifie également avec 637 millions d’opérations enregistrées (+5% sur un an) pour un montant de 513 milliards de dirhams (+3%). En 2019, on comptait 415 millions d’opérations pour 346 milliards, ce qui signifie qu’en cinq ans l’activité monétique a progressé de plus de 50% en volume et de 48% en valeur.

À côté de ces deux grands piliers, les autres moyens de paiement évoluent différemment. Les prélèvements reculent légèrement à 9% en nombre et 6% en valeur, tandis que les lettres de change normalisées se maintiennent autour de 1% en nombre et 7% en valeur.

Les virements instantanés représentent déjà 3% des opérations et 1% de la valeur et le paiement mobile commence à s’installer avec 3% du volume des transactions même si sa part en valeur reste encore insignifiante.

Reste le chèque, qui poursuit son inéluctable déclin. En 2024, il a enregistré 30,1 millions d’opérations pour un montant de 1.319 milliards de dirhams, contre 30,9 millions et 1.293 milliards en 2023.

Cela traduit un recul de 13% en nombre depuis 2019, où l’on en comptait encore 34,5 millions, alors que les montants échangés sont légèrement montés de 1.250 à 1.319 milliards (+6%).

Source : Bank Al-Maghrib

Autrement dit, le chèque est de moins en moins utilisé, mais il reste mobilisé pour des transactions importantes, ce qui explique pourquoi sa valeur progresse encore alors que le volume recule.

Même la crise sanitaire de 2020, qui avait fait plonger les chèques à 27,7 millions d’opérations et 1.009 MMDH, n’aura été qu’un épisode avant un léger rebond, sans modifier la tendance de fond. Le problème reste aussi qualitatif : en 2024, le taux de rejet atteignait 3,23%, quasiment au même niveau qu’en 2023, et plus de la moitié de ces rejets, soit 55,7%, s’expliquaient par une insuffisance de provision.

Le recul du chèque s’explique par un manque de confiance persistant. Malgré la mise en place de la Centrale des chèques irréguliers, cet instrument reste associé aux incidents de paiement, ce qui pousse de nombreux usagers à l’abandonner.

Le virement est venu combler ce vide, car il est jugé plus pratique, plus sûr et désormais plus rapide. Bank Al‑Maghrib a accompagné cette évolution en réduisant les délais de compensation puis en introduisant le virement instantané, ce qui a encouragé son adoption.

Le cash, lui, conserve une place singulière. Il reste le moyen le plus accessible, sans frais, pratique pour les petites transactions et très présent dans l’économie informelle. C’est pour cette raison qu’il continue de progresser malgré la montée en puissance des paiements digitaux.

Le Maroc se distingue ainsi du reste du monde : alors que la tendance internationale est à la diminution du cash, celui‑ci demeure omniprésent dans notre économie, au point de croître parallèlement à la digitalisation des paiements.

Une dynamique mondiale inversée

À l’international, le tableau est radicalement différent. Alors que le Maroc voit son stock de cash croître année après année, la tendance mondiale est à la diminution progressive des paiements en espèces.

Selon le Global Payments Report 2024 de McKinsey, l’usage du cash dans le monde a déjà reculé d’environ 20% par rapport à son niveau de 2019 et devrait encore baisser pour se situer à 60% de ce niveau d’ici 2028, soit un rythme de diminution d’environ 4% par an.

Les données de la Banque des règlements internationaux (BIS) confirment ce basculement : entre 2014 et 2021, les paiements sans numéraire ont bondi, à la fois en volume et en valeur, portés par l’essor des virements électroniques, des cartes et des solutions d’e‑money.

En Europe, l’évolution est également tangible. Selon la dernière enquête SPACE 2024 de la Banque centrale européenne (BCE), le cash représente encore 52% des paiements en nombre dans la zone euro, contre 59% en 2022, mais il n’arrive plus qu’en deuxième position en valeur derrière la carte.

Les paiements par carte pèsent désormais 45% de la valeur totale des transactions, contre 39% pour le cash, tandis que les applications mobiles ont vu leur part grimper de 4% à 7% en seulement deux ans.

Enfin, si l’on prend du recul à l’échelle mondiale, le dernier rapport de Worldpay et Clearly Payments (2024‑2025) donne une photographie claire des préférences des consommateurs : près de 50% des transactions sont aujourd’hui réalisées via des portefeuilles numériques, entre 20% et 30% via les cartes, 10% à 15% par virements instantanés, tandis que le cash ne représente plus qu’environ 16% et que les chèques tombent sous le seuil de 1%.

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