Le ton monte entre Paris et Alger. Dans une missive adressée à son premier ministre et publiée par Le Figaro ce mercredi 6 août, Emmanuel Macron somme son gouvernement d’agir « avec plus de fermeté et de détermination » envers l’Algérie. Le chef de l’État justifie ce tour de vis en mentionnant en premier lieu le « sort réservé » à deux personnalités : l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, condamné à cinq ans de prison ferme, et le journaliste français Christophe Gleizes, qui a écopé de sept ans d’emprisonnement en Algérie.

Au-delà de ces cas individuels, le président dénonce plus largement le « non-respect par l’Algérie de ses obligations » en matière migratoire et « la cessation de la coopération des 18 consulats algériens présents sur notre sol avec les services de l’État ». Pour Emmanuel Macron, la ligne est claire : « La France doit être forte et se faire respecter. Elle ne peut l’obtenir de ses partenaires que si elle-même leur témoigne le respect qu’elle exige d’eux. Cette règle de base vaut pour l’Algérie aussi ».

Des mesures concrètes et immédiates

Pour traduire cette fermeté en actes, le président exige des « décisions supplémentaires ». Il appelle son gouvernement dirigé par François Bayrou à suspendre « formellement » l’accord de 2013 avec Alger « concernant les exemptions de visa sur les passeports officiels et diplomatiques ».

Emmanuel Macron demande également d’utiliser « immédiatement » une nouvelle disposition de la loi immigration de 2024 : le « levier visa-réadmission (LVR) ». Cet outil « permet de refuser les visas de court séjour aux détenteurs de passeports de service et diplomatiques, tout comme les visas de long séjour à tous types de demandeurs ».

Une fermeté conditionnelle pour rétablir le dialogue

Malgré cette ligne dure, Emmanuel Macron assure que son objectif « reste de retrouver des relations efficaces et ambitieuses avec l’Algérie ». Conscient du « lien qui ne saurait être fragilisé par ces différends » qu’entretiennent de nombreux Français avec ce pays, il met la pression sur ses ministres. Il demande au Premier ministre « d’instruire le ministre de l’Intérieur », Bruno Retailleau, pour « trouver au plus vite les voies et moyens d’une coopération utile avec son homologue algérien ». Face à la délinquance, il attend que les services de l’État agissent « sans repos et sans répit ».

La balle est désormais dans le camp d’Alger. « La réponse des autorités algériennes à nos exigences en matière de coopération migratoire et consulaire déterminera la suite de nos démarches », prévient le chef de l’État. Il précise que si le dialogue reprend, d’autres « dossiers bilatéraux sensibles » devront être traités, citant « la dette hospitalière », « les menées de certains services de l’État algérien sur le territoire national, mais également les questions mémorielles en suspens ».