Champion à deux reprises au tournant des années 2000, le Hassania Union Sport d’Agadir (HUSA) a connu une dernière saison bien moins reluisante. Le maintien du club dans l’élite s’est joué lors des barrages, à l’issue d’une double confrontation face au Raja de Béni Mellal.
Pour le prochain exercice, le HUSA affiche clairement son ambition de retrouver un standing plus en adéquation avec son glorieux passé et les attentes de ses supporters. En ce sens, plusieurs enseignements ont été tirés et des ajustements importants ont été opérés. Exit le stage de pré-saison aux Émirats arabes unis.
« Ce n’était pas du tout adapté », affirme à Médias24, Laurent Déchaux, directeur sportif du HUSA. « On sait très bien que dans ces pays-là, il fait très chaud à cette période de l’année. C’est compliqué d’avoir un niveau d’entraînement et d’exigence en relation avec nos ambitions. Donc, ce n’était pas forcément opportun de retourner là-bas », explique-t-il.
C’est d’ailleurs depuis la ville d’El Jadida, où l’équipe première poursuit sa préparation avant de rejoindre Mohamédia, que Laurent Déchaux nous a accordé un entretien téléphonique d’une trentaine de minutes. Il s’est réjoui du fait que le club pourra évoluer au stade Adrar devant son public, ce qui mettra fin aux longs déplacements qui pesaient sur les joueurs.
Fort d’une expérience de plus de 20 ans acquise notamment en Angleterre, en France et à Chypre, Laurent Déchaux nous explique sa méthodologie de travail et la dynamique qu’il entretient avec le nouveau coach, le Franco-Comorien Amir Abdou. Sans oublier le mercato et l’importance de la jeunesse dans le projet sportif du club.
Médias24 : La saison dernière, le club a frôlé la relégation. Est-ce que vous avez tiré des leçons pour éviter qu’un tel scénario se répète pour la saison prochaine ?
Laurent Déchaux : Vous savez, les saisons se suivent et ne se ressemblent pas. Cela fait partie du sport de haut niveau, pas uniquement du football. Mais on a tiré des leçons. La première a trait aux conditions de travail. L’année dernière, l’équipe a beaucoup souffert dans son fonctionnement au quotidien, avec des problématiques de terrain de match, de terrain d’entraînement.
Avec également beaucoup de kilomètres parcourus. Forcément, ça impacte la qualité des entraînements, la qualité de la récupération. Et in fine, les résultats et les performances de l’équipe en match. Le premier facteur qui a été identifié, ce sont les conditions de travail.
On a beaucoup travaillé là-dessus, en collaboration avec le coach, pour mettre en place des conditions optimales. Aujourd’hui, on a la chance que les dirigeants aient également pris ce dossier à bras-le-corps. On sait très bien que, cette saison, nous disposerons de garanties plus solides concernant nos conditions de travail.
-Surtout que vous allez pouvoir jouer à Agadir. Ça vous évitera de faire de longs déplacements.
-Exactement. On dispose désormais de terrains d’entraînement de très bonne qualité et le stade Adrar sera également utilisable. Avec le nouveau staff, nous avons aussi mis en place un certain nombre d’éléments logistiques autour de l’équipe, afin de travailler dans les meilleures conditions, que ce soit au niveau du matériel ou des équipements.
-Quels sont les objectifs pour l’exercice 2025-2026 ?
-Nous sommes des compétiteurs et très ambitieux, mais cette ambition n’empêche pas l’humilité, surtout après une saison délicate. Les objectifs, nous les avons définis clairement avec les dirigeants. Il s’agit de lutter avec les cinq ou six meilleures équipes du championnat. Viser le top 5 ou le top 6, c’est la cible que nous nous fixons pour replacer Agadir sous les projecteurs du championnat.
-Est-ce que la nomination d’un entraîneur à forte personnalité comme Amir Abdou, est une manière de poser un cadre plus exigeant au quotidien ?
-Tout à fait, c’est un choix mûrement réfléchi. C’est une personne qui, comme vous le dites, possède une forte personnalité, beaucoup d’ambition et un haut niveau d’exigence. Avec un effectif composé de jeunes joueurs, nous avions besoin d’intégrer cette dimension au poste de coach principal.
Clairement, il va nous apporter de la rigueur et cette recherche permanente de performance de très haut niveau. Pour relancer ce nouveau projet, il était indispensable d’avoir un coach de ce profil. C’est un entraîneur de haut standing, qui ne manquait pas de sollicitations.
Amir Abdou va nous apporter de la rigueur et cette recherche permanente de performance de très haut niveau
-Comment l’avez-vous convaincu de devenir l’entraîneur de l’équipe première ?
-Je pense sincèrement qu’Amir Abdou est un homme qui aime les challenges. Il a vu en Agadir un potentiel très intéressant et un défi motivant. Mais aussi la possibilité de construire quelque chose à son image, presque à partir d’une page blanche.
C’est vraiment ce qui l’a séduit dans ce projet. C’est aussi quelqu’un qui entretient des relations humaines fortes et qui travaille avec ses émotions. Tout cela, je crois, l’a profondément interpellé.
-Avec une moyenne d’âge de 25,4 ans, le HUSA est, pour l’instant, la deuxième plus jeune équipe des 16 clubs de la Botola. Cela dit, cette moyenne a légèrement augmenté par rapport à la saison précédente. Est-ce le signe d’un recentrage vers un peu plus d’expérience ?
-On a une stratégie de recrutement très claire. Après avoir fait l’état des lieux de l’effectif la saison passée, nous avons conservé une quinzaine de joueurs, principalement de jeunes talents issus du club, car nous disposons d’un véritable vivier.
L’idée, c’est de les encadrer avec des joueurs plus expérimentés, ayant évolué à l’étranger, capables de leur transmettre l’exigence du haut niveau. Nous cherchons à équilibrer l’effectif et à lui donner plus de maturité, tout en maintenant notre confiance aux jeunes, car nous voulons bâtir ce projet avec eux pour qu’ils deviennent, demain, les meilleurs joueurs du club.
-Quand vous dites que les jeunes font partie du projet, vont-ils occuper un rôle actif dans l’équipe première ou bien vous allez leur laisser le temps de s’aguerrir progressivement sans leur mettre trop de pression ?
-Ce qu’il faut comprendre, c’est que notre effectif manque encore un peu d’homogénéité. Certains joueurs sont plus avancés que d’autres, non pas en âge, mais en maturité sportive.
Nous avons identifié les axes de progression de chacun et nous allons travailler dessus. Chacun évoluera à son rythme, avec du temps de jeu et un rôle à jouer tout au long d’une saison longue et riche en compétitions.
Notre objectif est de développer ces joueurs sur deux à trois saisons, pas seulement sur l’exercice en cours. Certains progresseront plus vite que d’autres, c’est le jeu, mais dans tous les cas, tout le monde aura un rôle à jouer.
-Quel regard portez-vous sur l’adhésion du club au programme national de formation ?
-Le projet de centre de formation est au cœur de notre stratégie et se déploie en deux étapes. La première consiste à construire les infrastructures nécessaires, puisque nous n’en disposons pas encore. D’ici 12 à 18 mois, nous devrions bénéficier de deux nouveaux terrains, d’un bâtiment dédié, ainsi que d’un directeur technique, un poste indispensable.
La seconde étape sera d’intégrer le programme mené par Evosport en collaboration avec la Fédération royale marocaine de football. L’objectif est de structurer le centre, former les éducateurs, développer les jeunes talents et améliorer nos processus et méthodologies de travail.
Aujourd’hui, nous accusons un certain retard par rapport à d’autres clubs. Il est essentiel pour nous de structurer le centre et de recruter un directeur technique avant de rejoindre le programme d’Evosport.
-Donc l’entrée effective dans le programme n’est pas prévue pour cette saison, mais plutôt à partir de la saison prochaine.
-Exactement, d’abord les infrastructures, la base, les fondations, puis le programme. Je n’ai pas encore de visibilité sur les échéanciers, ce sont plutôt les dirigeants qui ont ces informations. En tout cas, les plans sont prêts et les architectes ont déjà travaillé dessus. Donc, dans les prochaines semaines ou mois, les travaux devraient débuter.
-La FRMF a décidé de relancer le championnat Espoir. Qu’est-ce que cela représente pour une équipe Espoir et comment prenez-vous cette décision ?
-Je pense que c’est une bonne décision parce qu’en fait, c’est important d’avoir un niveau de compétition élevé pour l’Espoir, pour les clubs, et ce pour deux raisons. La première, c’est que ça permet à ces jeunes-là d’être plus dans une capacité de travail et à intégrer rapidement l’équipe première, et donc de réduire le gap.
C’est aussi ce qu’il peut y avoir entre les jeunes et l’équipe première. Et puis, ça permet aussi de pouvoir alimenter les sélections. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, même si au Maroc, les sélections nationales sont de très bons niveaux, il est important de continuer à faire travailler ces jeunes-là dans les meilleures conditions, avec un niveau d’exigence et un niveau de championnat élevé pour qu’ils puissent être les plus performants possibles.
-Jusqu’à hier après-midi, il comptait 31 joueurs. Est-ce que c’est un nombre idéal pour aborder une saison complète, ou bien il y aura encore des ajustements ?
-Nous allons travailler avec un effectif un peu plus restreint, avec encore quelques ajustements à venir. Certains joueurs cherchent actuellement des solutions ou des portes de sortie.
Nous attendons peut-être une ou deux arrivées supplémentaires, mais l’objectif principal reste de réduire l’effectif en trouvant des solutions pour les joueurs qui ne s’inscrivent pas dans le projet et ne sont pas identifiés comme moteurs de cette équipe. Donc, nous sommes encore en phase d’ajustement de l’effectif.
-Quels secteurs de jeu sont ciblés pour la fin du mercato ?
-Vous savez, dans le recrutement, on est toujours en veille sur toutes les positions parce qu’il peut toujours se passer quelque chose. Il peut toujours y avoir un départ qu’on n’a pas vu venir. Il peut toujours y avoir des sollicitations de dernière minute. Ainsi, le recrutement, c’est vraiment un travail, je dirais, d’anticipation.
Donc on est en veille sur tous les postes. On a peut-être encore un ou deux renforts offensifs à aller chercher, si vraiment on veut définir des priorités. Mais l’idée, c’est vraiment d’être en veille sur toutes les positions parce que tout peut arriver. Il peut y avoir des blessures.
Il peut y avoir à un moment donné des joueurs qui n’ont aucune envie de voir ailleurs. Donc il faut être prêt à toutes les options possibles.


-Vous avez travaillé en Angleterre, à Chypre et dans plusieurs autres pays européens. C’est votre première expérience en Afrique. Quelle différence notable est-ce que vous percevez par rapport à l’Europe, que ce soit en termes de méthodologie, d’environnement de travail notamment ?
-Je pense que la vraie différence réside dans le niveau d’organisation. Quand je dis ça, ce n’est pas péjoratif. Globalement, en Europe, les méthodologies et les process sont plus établis, les organisations et les structures plus matures. C’est justement ce qui m’a motivé à venir ici.
C’est un vrai challenge pour moi comme pour le coach. Toutes mes expériences, que ce soit en France, en Angleterre, à Chypre, en Grèce ou ailleurs, me permettent aujourd’hui d’accompagner les dirigeants, de leur donner les clés pour mieux structurer et organiser le club. Et cela ne concerne pas seulement le sportif, mais aussi l’organisation administrative, qu’il faut renforcer.
On parlait notamment du centre de formation, un enjeu majeur à développer. La vraie différence, elle est là, dans la structuration globale de l’organisation. En termes d’approche et de volonté, que ce soit en France, en Angleterre ou au Maroc, un club de football reste un club de compétiteurs.
Je vois ici des gens professionnels, investis, qui veulent réussir. Nous avons des personnes très focalisées sur la performance, qui suivent rigoureusement les recommandations. Honnêtement, l’écart se situe principalement dans la manière d’organiser les choses.
Je vois au Hassania d’Agadir des gens professionnels, investis, qui veulent réussir
-En ce sens, avez-vous été obligé d’apporter des modifications sur votre méthodologie ?
-Vous savez, quand vous quittez un autre pays, que vous allez vous installer ailleurs, peu importe où vous allez, vous devez toujours vous adapter. Vous ne pouvez pas faire un copier-coller exact de ce que vous avez connu l’année précédente ou deux ans avant. Ainsi, il y a cette nécessité d’être flexible, de s’adapter.
Cependant, il faut quand même avoir une ligne directrice, s’y tenir, expliquer aussi pourquoi on veut faire telle ou telle chose, pourquoi on veut mettre en place tel ou tel type de méthodologie, de processus, d’organisation. L’idée, c’est aujourd’hui d’apporter une vraie organisation au club d’Agadir de façon à ce qu’on puisse derrière obtenir de la performance.
-Généralement, un mercato se prépare plusieurs mois à l’avance. Mais l’entraîneur est arrivé vers le mois de juillet. Comment vous êtes-vous organisé par rapport au mercato ?
-Même si on est arrivés tous les deux un peu sur le tard, il faut savoir qu’on a travaillé en amont sur de la vidéo, sur de l’analyse statistique. On a regardé beaucoup de matchs de la saison passée. Et on a réalisé un audit de l’équipe. Donc on avait déjà une idée bien précise des joueurs qu’on souhaitait conserver par rapport à son projet de jeu, sa philosophie de jeu.
Donc bien entendu, on a beaucoup échangé au départ sur ce qu’il voulait mettre en place, comment il voulait faire jouer cette équipe, quel était son projet de jeu. Ce sont des concertations qui sont au quotidien, on échange énormément. Bien sûr, lui définit des profils de joueurs qu’il souhaite avoir dans l’effectif.
Derrière, je propose des profils par rapport à mon travail de recherche, de prospection. On a mis également en place des outils statistiques qui nous permettent d’avoir des informations sur les statistiques de performance, sur les données physiques, les données GPS.
Donc on est assez avant-gardiste déjà dans l’approche de prospection, de recrutement de nouveaux joueurs. Mais bien sûr, c’est un travail au quotidien. Et à la fin, c’est le coach qui tranche. Il y a plusieurs opportunités, des options qui lui sont proposées par poste.
-Comment parvenez-vous à convaincre les joueurs de venir à Agadir ? C’est le cadre de travail ? la qualité de vie ? Quels sont vos arguments ?
-Les arguments sont quand même nombreux. Comme je le disais aujourd’hui, c’est un club qui a une histoire. C’est une ville avec une vraie qualité de vie. C’est aussi l’opportunité pour des nouveaux joueurs d’être dans un nouveau projet, d’être au début d’une nouvelle histoire, de travailler avec un staff francophone. Avec, comme je le disais tout à l’heure, un niveau d’exigence élevé, un savoir-faire, une expertise.
Tous les joueurs qu’on contacte sont vraiment attirés, motivés par le projet du Hassania d’Agadir. Ils savent qu’il y a un changement. Ils savent qu’on est à la croisée des chemins. Et qu’ils vont pouvoir travailler dans des conditions qui n’ont pas été jusqu’ici réunies. Je dirais que c’est une alchimie. C’est à la fois la volonté des dirigeants, c’est un nouveau staff, un nouveau projet.
-Au-delà des statistiques et des données de performance, comptez-vous développer la cellule de recrutement ?
-Aujourd’hui, j’ai un réseau qui est étendu, parce que ça fait quand même 25 ans que je fais ce métier-là. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de scouts salariés au sein du club qu’on ne travaille pas avec des réseaux. Moi, j’ai un réseau en Europe, j’ai un réseau en Afrique.
J’ai aussi des connaissances au Maroc, parce que c’est un championnat que j’ai suivi ces 3-4 dernières années pour mes précédents clubs. Donc, j’ai un réseau que je peux déjà utiliser.
Mais bien entendu, au-delà des logiciels, des plateformes de scouting qu’on utilise, il y a une deuxième étape qui va être, après le mercato, de réfléchir à constituer une cellule de recrutement qui sera composée à la fois de scouts locaux et de scouts internationaux.
Il faut se structurer sur cet aspect-là, de façon à ce que le club ait aussi une habitude de travail dans le recrutement basée sur l’anticipation. Vous savez, on ne prépare pas un mercato un mois ou deux mois avant. Ça peut être entre 6 et 8 mois avant qu’on prépare une fourchette de transfert.
Donc, il faut qu’on bâtisse une cellule qui puisse travailler tout au long de l’année, être prêt sur toutes les opportunités possibles, toutes les options possibles, de façon à ce que le club puisse être armé pour bâtir à chaque fois une équipe la plus performante possible.
-Justement, concernant le mercato, on sait qu’en cette période, il y a parfois des nuisances et beaucoup de sollicitations extérieures. Comment est-ce que vous faites pour protéger votre travail et le groupe qui peut être perturbé par des rumeurs, que ce soit de départ ou d’arrivée ?
-Vous savez, c’est quelque chose qu’on rencontre partout, c’est dans tous les pays. Donc, on a l’habitude de faire avec. Il y a toujours des rumeurs, il y a les médias, il y a les agents, il y a les intermédiaires.
On sait que les joueurs peuvent être sollicités à tout moment. Ça fait partie, entre guillemets, du jeu. Mais l’idée, c’est de prendre du recul, c’est d’être focus sur ses cibles.
C’est pour ça que je disais que la constitution d’une cellule de recrutement et le travail sur des plateformes permettent d’avoir justement cette autonomie de travail, permettent de rester focalisés sur nos objectifs, sur nos besoins spécifiques au poste. Et ensuite, lorsqu’on a identifié les bons profils, on a la maîtrise parce qu’on sait aller chercher l’agent qui représente tel ou tel joueur.
On essaie de maîtriser notre travail et de rester avec une certaine distance par rapport à ce qui se dit autour.